La dernière maison sur la gauche version 2009 c’est d’abord une mise à jour avec les conventions de l’horreur d’aujourd’hui : les filles y sont plus coriaces et les dialogues et situations contaminés par l’ironie. Plutôt que de jouer dans un sadisme vengeur dérangeant, le film du réalisateur grec Dennis Iliadis verse plutôt dans un transgressif un peu bouffon, visant à confronter l’upper class à sa brutalité refoulée. Le caractère vériste et direct de l’original est réorienté dans un jeu sadomasochiste grisant, plus sophistiqué mais moins trash. C’est même en lieu et place un curieux miroir de
Funny Games qui nous est proposé. L’unité de temps, la maison chic, l’intrusion faussement polie, l’échappée finale en bateau... Tout est là sauf que tout ce qu’Haneke a voulu dénoncer et attaquer en mécanisme cinématographique et bourgeoisie triomphante se retrouve presque intégralement retourné comme un gant. La bonne surprise de cet énième remake seventies tient surtout à sa photo (signée de la chef op de
Mean Creek) et sa mise en scène équilibrant la farce et surpassant sans peine celle de Craven. Même si elle sacrifie beaucoup aux gros plans ces derniers sont souvent pleins de petites intuitions percutantes et poétiques. Les personnages évoluent dans une grande opacité spatiale, mentale, voir physique, où réveil brutal et paralysie prennent tout leur sens. De beaux cadres serrés comme ces alignements de visages dans le motel ou les très gros plans de peau dans la dernière scène révèlent un réel potentiel esthétique à suivre chez ce jeune réalisateur (auteur de l’inédit grec
Hardcore). Jouant en prime très habilement sur la dilatation du temps, le film affiche des rebondissements et des mises à morts limités mais bien gérés. Une ambiance de rêve éveillée misant plus sur la violence des profondeurs comme pour ce long premier meurtre perpétré par le couple, qui rappelle celui de l’espion Gromek dans
Le Rideau Déchiré. Par sa forme le film sort des chantiers battus MTV des remakes orchestrés par Michael Bay ; il se confirme ainsi après
La colline a des yeux que Wes Craven gère plutôt bien son fond de commerce en allant dénicher des talents prometteurs à l’étranger plutôt que des clipeurs et pubeurs à la mode.
La dernière maison sur la gauche. Réalisé par Dennis Iliadis, avec Monica Potter, Tony Goldwin, Sara Paxton... Musique: John Murphy. Scénario de Carl Ellsworth et Adam Alleca. Photo: Sharon Meir. 100min