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Décès du réalisateur Tony Scott


Posté par Thomas Roland le 2012-08-20



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Le 19 août 2012 est un coup de tonnerre pour l’industrie hollywoodienne qui perd l’un de ses réalisateurs parmi les meilleurs et les plus originaux en la personne de Tony Scott. Ce jour-là, vers 13H30, heure locale, le cadet de Ridley Scott se suicide en se jetant du pont Vincent-Thomas situé au sud de Los Angeles. La violence de l’acte renforce le sentiment de tristesse.

D’abord affilié au style maniéré de Ridley, Tony Scott a pourtant su en trouver un bien à lui, entre expérimentations visuelles et actions spectaculaires et violentes pour, souvent, soutenir des fonds politiques et sociaux. Au fil de ses différentes réalisations pas si formatées que ça, par ses choix de mise en scène tranchés et audacieux, Tony Scott élabore un discours sur le tout image et les médias en mettant en avant les dernières avancées technologiques en la matière.
 

Né le 21 juillet 1944 à Stockton-on-Tees, petite ville portuaire du nord-est de l’Angleterre, Tony Scott fait ses premiers pas dans le cinéma à l’âge de 21 ans. Le jeune garçon de  Boy and bicycle, premier court métrage que réalise son aîné en 1965, c’est lui. En sortant de la Sunderland Art School et du Royal College of Art, Tony Scott est d’abord diplômé en art graphique avant de se passionner pour le cinéma lors d'études complémentaires au Leeds College of Arts. En 1973, les deux frères fondent leur propre compagnie de production publicitaire, RSA. Durant plus de dix ans, ils réalisent des centaines de publicités et développeront, chacun de leur côté, un style propre avec, cependant, quelques similitudes. Avant de réaliser des longs métrages, Tony Scott fait ses premières armes sur des films courts en portant les différentes casquettes de réalisateur, monteur et directeur de la photographie.

C’est en 1983 que Tony Scott réalise son premier long métrage en adaptant un roman de Whitley Strieber, Les prédateurs (1). Avec ce film de vampires modernes, Tony Scott reste dans l’ombre de son frère à cause d’une mise en scène analogue à celles de films comme Blade runner : style maniéré, rythme contemplatif et photographie diffuse… Pourtant, Tony Scott y ajoute quelque chose de plus, assez éloigné de la supposée froideur des films de son aîné : une certaine langueur et un zeste d’érotisme torride, ingrédients essentiels à une histoire d’amour désespérée. En effet, dès son premier long métrage, le cinéaste pose des thématiques et des motifs qui surgiront tout au long de sa filmographie. Malgré les apparences, Les prédateurs est bien la première œuvre personnelle de son auteur. Véritable bide aussi bien auprès de la critique que du public, le film est maintenant considéré comme culte par de nombreux cinéphiles. Il connaît même, en 1997, une extension sous forme de série télévisée pour laquelle Tony Scott en est le producteur exécutif et le réalisateur de certains épisodes.
 

Après cet échec, Tony Scott ne réalise rien pendant trois ans avant de rejoindre le tandem Don Simpson/Jerry Bruckheimer pour qui il met en boîte Top gun, Le flic de Berverly Hills 2 et Jours de tonnerre. Entre les rugissements des réacteurs des F-16, le grondement des bolides automobiles et les blagues d’Eddie Murphy, le réalisateur a bien du mal à imposer un style qui lui est propre. Filtres orangés et rayons de lumière reflètent bien plus la patte des deux producteurs que celle de Tony Scott. Même si ces productions restent des oeuvres mineures, il ne reniera pourtant pas ce style dans ses films suivants, jouant toujours avec les filtres de couleurs tout en ajoutant ses propres effets, en particulier de montage.

Au milieu de plaisirs coupables et autres suspenses sous-marin tels Le dernier samaritain  et USS Alabama, Tony Scott développe une thématique plus personnelle, l’histoire d’amour dans un monde de bruits et de fureur, à travers deux films emblématiques. En 1990, Kevin Costner, producteur et acteur du projet, lui donne l’occasion d’adapter la novella Une vengeance (2) de Jim Harrison dans une co-production entre les USA et le Mexique, Revenge (dont le director’s cut est disponible en DVD Z1). Kevin Costner y joue un pilote de l’US Air Force qui entretient une liaison avec la femme d’un parrain de la pègre. Comme souvent chez Tony Scott, les histoires d’amour évoluent dans un environnement violent et ne finissent pas toujours bien. Un thème qu’il remet en scène dans True romance sur un scénario de Quentin Tarantino et Roger Avary. Chez Tony Scott, il y a un mélange de naïveté et de violence stylisée. Dans True romance, un rêveur cinéphile et une jeune ingénue aux prises avec des proxénètes forment un couple pur qui veut rester loin de ce monde de brutes. Man on fire décrit la relation privilégiée entre une petite fille et son garde du corps dans une cité la violence, les enlèvements et la corruption sont de mise. Ces trois films esquissent le portrait d’un monde cruel où les règles sont régies par la loi du plus fort, mais auquel il existe une échappatoire, celle de l’innocence d’un lien profond entre deux êtres.
 

Réalisés peu après Spy game, Beat the devil, un court métrage promotionnel, et le remake de Man on fire en 2004 marquent le véritable tournant stylitique de son auteur. Les couleurs sont toujours saturées et la caméra très mobile, mais le montage alterne des cuts et des fondus enchaînés qui font se superposer plusieurs plans. Ainsi, le réalisateur rend palpable le chaos à l’oeuvre dans ses films, l’état de confusion de ses personnages. Avec Man on fire, Tony Scott prend définitivement ses distances avec le style froid et maniéré de son frère, ses mises en scène se révélant bien plus brutes et alertes.

Un an plus tard, il adopte le même genre de réalisation pour Domino, film dans lequel Keira Knightley endosse la panoplie de la chasseuse de prime, Domino Harvey. Fille de l’acteur Laurence Harvey, la jeune femme fascine Tony Scott qui admirait son esprit libre. Peu avant l’aboutissement de ce projet de dix ans, Domino Harvey décède et Tony Scott lui dédie son film. Dans le thriller paranoïaque de 1998, Ennemi d’état, il met déjà l’accent sur le tout sécuritaire et sa propension à s’immiscer dans l’intimité des individus à travers la vidéo-surveillance. Domino va encore plus loin et, sous ses allures de film d’action survitaminé et ultra-violent, se dissimule une réflexion sur le pouvoir de l’image, son influence et sa tendance à fabriquer des icônes. Sa mise en scène et son montage s’accordent parfaitement à la thématique, participant ainsi à la déconstruction de ses nouvelles idoles.

Déjà, dans Les prédateurs, le personnage qu’interprète Catherine Deneuve, obsédé par sa beauté, se soucie de son image et est prêt à tout pour conserver son éternelle jeunesse. Le fan dissèque les relations qu’entretient un admirateur avec son joueur de baseball fétiche et les méfaits de sa médiatisation à outrance. Jusqu’à Unstoppable, ses films les plus récents sont remplis des derniers prodiges de la technologie : des caméras de surveillance aux écrans de contrôle, en passant par les mobiles, Tony Scott invite le spectateur à réfléchir sur cette société de la représentation, du tout à l’image, de l’information en direct, reçue à chaud et sans analyse, faisant ainsi du moindre événement un spectacle. Oui, le cinéma de Tony Scott est engagé dans une voix plus réflexive que ce qui est communément admis. Les derniers films de Tony Scott font de l’éducation à l’image et n’ont rien à envier, dans leurs démarches, à une oeuvre comme le Starship troopers de Paul Verhoeven.

 

Unstoppable, dorénavant son ultime film, est aussi sa cinquième et dernière collaboration avec l’acteur Denzel Washington. Avec sa complicité, il avait su mettre en avant des héros issus de la vie de tous les jours, comme le contrôleur de voies de L’attaque du métro 123. Au sein de ces grosses productions, Tony Scott réussissait à mettre en avant le côté humain de ses personnages principaux en les présentant comme des Monsieur Tout-le-monde pris dans le tourment d’aventures rocambolesques. Pour toutes ces raisons, son œuvre demande à être réhabilitée.

Également producteur, en 1995, Tony Scott s’associe une nouvelle fois à son frère, Ridley, pour fonder Scott Free Productions. Il est ainsi producteur exécutif sur plusieurs prestigieuses réalisations comme, entre autres, L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik et Le territoire des loups de Joe Carnahan.

Sous son éternelle casquette, la bouille ronde de Tony Scott n’aura plus jamais l’occasion de se pencher sur l’œilleton d’une caméra pour nous offrir d’autres plaisirs plus ou moins coupables. Parmi ses projets à venir, un Top gun 2 ne pouvait que susciter la curiosité des cinéphiles les plus déviants. Curiosité qui ne sera malheureusement jamais satisfaite. Sur le pont Vincent-Thomas, les policiers ont retrouvé, dans la voiture du cinéaste, une note écrite de sa main expliquant sa volonté d’en finir. Son geste aura été aussi spectaculaire que ses films, mais bien plus fatal et moins réjouissant...


(1) Les prédateurs, de Whitley Strieber, éditions J’ai lu, collection Épouvante. Réédition au Fleuve noir, collection Thriller fantastique. Épuisés tous les deux.
(2) Légendes d’automne, de Jim Harrison, éditions 10-18, collection Domaine étranger.

 




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Commentaires
De : Elysia

Sortie du monde courageuse voire même ce me semble poétique. Rien que pour True Romance, viva Tony!!!

NB: Au passage bel article Thomas ;)

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