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Décembre 2011 à la Cinémathèque française : c’est Noël tous les jours ! |
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C’est un véritable feu d’artifice que les programmateurs de la Cinémathèque française nous ont concocté pour cette fin d’année, avec le début, dès cette semaine, de deux rétrospectives très attendues. ![]() Clint Eastwood dans "Honkytonk Man"
La première est consacrée à celui que beaucoup considèrent comme le dernier des géants hollywoodiens, Clint Eastwood. Avant la sortie de son biopic du très controversé patron du FBI, J. Edgar (le 11 janvier 2012 sur les écrans), qui marque sa première rencontre avec Leonardo DiCaprio, nous aurons ainsi l’occasion de voir et/ou revoir la totalité des films qu’il a réalisés, ses grandes œuvres (Breezy, Honkytonk Man, Impitoyable, Million Dollar Baby, Sur la route de Madison…) comme les moins grandes (on ne citera pas de noms…). On peut d’ailleurs regretter que cet hommage se limite aux seuls films qu’Eastwood a officiellement réalisés, sans présenter aussi, par exemple, son "diptyque de l’orange-outang" (Doux, dur et dingue et Ça va cogner), qui n’ajoute certes rien à sa gloire mais qu’il a plus que supervisé (et fait signer par deux de ses grands potes et collaborateurs James Fargo et Buddy Van Horn). Idem d’ailleurs de films comme La Corde raide (Richard Tuggle) ou La Dernière cible (Van Horn, encore), dernière apparition à l’écran de l’inspecteur Harry Callahan. En revanche, elle mettra à l’honneur les deux mentors d’Eastwood, à travers deux des films fondateurs de son mythe de comédien (puis de réalisateur) : Sergio Leone avec Le Bon, la brute et le truand, et Don Siegel avec L’Inspecteur Harry. Auteur d’un petit opuscule sur le cinéaste en 2008, Bernard Beloliel consacrera une conférence à Clint Eastwood comme "grand réparateur" le 12 décembre, à 19h00, et Jean Douchet présentera deux de ses films parmi les plus récents (L’Echange et Lettres d’Iwo Jima) dans son fameux ciné-club. Du 9 décembre 2011 au 12 janvier 2012. ![]() Meiko Kaji dans "Boulevard des chattes sauvages"
La seconde, mais la première par ordre chronologique (puisqu’elle commence dès le 7 décembre), célèbre, avec un tout petit peu d’avance, le centenaire, en 2012, du célèbre studio japonais Nikkatsu. Studio vénéré des érotomanes puisque "inventeur" du roman porno, qui, au début des années 70, sauva littéralement la société de la faillite en rencontrant un succès commercial d’une ampleur inespérée. Très logiquement, ce cycle d’une trentaine de films fait donc la part assez belle au genre du pinku eiga (ce n’est pas nous qui nous en plaindrons), avec L’Enfer des femmes, forêt humide (quel titre !) du grand Tatsumi Kumashiro, Le Jardin secret des ménagères perverses (pas mal non plus) de Shōgorō Nishimura, un Masaru Konuma (ce qui ne se refuse jamais), Sasurai no kobito : memai, ou un pinku plus tardif, Love Hotel de Shinji Somai. Mais aussi l’intéressant documentaire d’Yves Montmayeur, Inside the Pleasure Dome of Japanese Erotic Cinema, dont nous vous avions déjà parlé à l’occasion du festival Paris Cinéma . Mais le cinéma érotique est loin d’être le seul genre dans lequel la Nikkatsu s’est illustrée. Même si son histoire et sa filmographie sont moins riches et prestigieuses que la Shōchiku ou la Tōhō, la Nikkatsu a aussi, surtout jusqu’aux années 50, produit des cinéastes parfaitement "honorables", dont plusieurs des films seront présentés, tels que Kenji Mizoguchi (Terre natale), Masahiro Makino (Singing Love Birds), Daisuke Itô (Carnets de voyage de Chuji, Le Chevalier voleur) ou Tomu Uchida (La Terre). La Nikkatsu n’attendit cependant pas l’explosion des mœurs de la fin des années 60 pour commencer à flirter avec l’érotisme, comme en témoigneront Passions juvéniles (1956), de Yûjirô Ishihara, ou surtout The Woman from the Sea (1959), de Koreyoshi Kurahara. Elle abrita d’ailleurs en son sein deux des principaux "dynamiteurs" du cinéma japonais des années 60, aux esthétiques pourtant radicalement différentes : Shôhei Imamura d’un côté (Cochons et cuirassés et le remarquable Désir meurtrier, peut-être le plus beau film du seul cinéaste japonais doublement palmé à Cannes), et Seijun Suzuki de l’autre (La Jeunesse de la bête, Le Vagabond de Tokyo). Suzuki, maître absolu (avec Fukasaku) du polar urbain et violent, dont la Nikkatsu se fit une autre spécialité, notamment avec la sublime Meiko Kaji, que l’on verra ici dans Boulevard des chattes sauvages (cette science des titres du cinéma japonais, quand même !), de Yasuharu Hasebe. La Nikkatsu est évidemment le studio japonais rêvé pour nourrir les fameuses séances Cinéma bis du vendredi soir de la Cinémathèque. Il y en aura donc quatre : une consacrée au kaiju eiga (film de monstres) avec Gappa, le descendant de Godzilla et Godzilla contre Mecanik Monster (20 janvier), et quand même pas moins de trois pour le pinku eiga, avec du roman porno "violent" le 23 décembre (joyeux Noël, les enfants !) avec Assault ! Jack the Ripper (qui, non, n’est pas une version de Jack l’éventreur filmée par Carpenter) et White Rose Campus : Then, Everybody Gets Raped / I Spit on your Bus, du roman porno "pervers" le 6 janvier (et bonne année !) avec Rape and Death of a Housewife et Star of David : Beautiful Girl Hunter (deux films signés par des stars du pinku, respectivement Noboru Tanaka et Norifumi Suzuki), et enfin une soirée spéciale Chûsei Sone, cinéaste plus tardif du genre, le 30 décembre avec Delinquent Girl : Alley Cat in Heat (tout est dit…) et Shinjuku midaregai : Ikumade matte. Un programme bien roboratif et parfois réservé aux âmes bien accrochées, à suivre du 7 décembre au 20 janvier et détaillé sur le site de la Cinémathèque. ![]() Stomy Bugsy dans "Aliker"
Dans un troisième genre encore très différent, le 14 décembre débutera un autre cycle, consacré aux Images des Outre-mer. Il s’agit cette fois de films soit réalisés par des cinéastes français issus de l’outre-mer (Antilles, Guyane, etc.), parfois tournés localement, soit de films illustrant des communautés trop peu souvent à l’honneur. On y verra évidemment les quelques (rares) grands succès de ce "cinéma de l’outre-mer" que sont Rue Cases-Nègres (1983), d’Euzhan Palcy, et La Première étoile (2009), de Lucien Jean-Baptiste. Mais ce sera surtout l’occasion de découvrir des films beaucoup plus secrets et qui pourraient bien révéler de très belles surprises aux cinéphiles métropolitains, comme O Madiana (1979), de Constant Gros-Dubois, Coco la fleur, candidat (1978), de Christian Lara ou Un désert pour Constance (1979), de Sarah Maldoror. Ainsi que de réviser quelques classiques plus ou moins "exotiques" : Ombres blanches (1928), de W.S. Van Dyke, et Tabou (1931), le dernier film réalisé par F.W. Murnau (avec la collaboration de Robert Flaherty), qui portaient tous les deux un regard bien différent sur la Polynésie française de l’entre-deux guerres. Toute la programmation de ce cycle, qui s’achèvera le 31 décembre, sur le site de la Cinémathèque. Retrouvez d'autres articles sur Clint Eastwood : Clint Eastwood - "Invictus" Clint Eastwood réalisera un biopic de J. Edgar Hoover, légendaire directeur du FBI Clint Eastwood – "Au-delà" Un remake d’"Une étoile est née" avec Beyoncé et réalisé par… Clint Eastwood ? Clint Eastwood - "J.Edgar"
Commentaires
De : robert Pour ma part, je reste sceptique sur l'opportunité de programmer une rétrospective Eastwood dans un cadre voué à la diffusion du patrimoine cinématographique quel que soit l'ancienneté ou la contemporanéité du patrimoine en question (en parallèle avec l'autre mastodonte non mentionné dans l'article Spielberg). Je n'émets pas de jugement de valeurs sur l'oeuvre d'Eastwood, qui a ses très hauts, associés à une production plus courante et convenue, et témoigne d'une habileté peu courante pour embrasser des styles aussi divers qu'éclectiques. Je suis un admirateur zélé de "Honkytonk Man", beau film sur une filiation contrariée, qui évoque avant Bird d'autres figures mythiques de la musique américaine, Hank Williams & co. Mais l'oeuvre de Eastwood est tellement visible et diffusée qu'on peut se demander : à quoi bon ?, à moins d'être un inconditionnel du bonhomme. Je n'entre pas dans cette catégorie car malgré tout sa filmo de réalisateur reste inégale. Revoir une belle copie de "Dirty Harry", ça ne fait pas de mal aux yeux ni aux oreilles mais bon... Je ne peux m'empêcher de penser que cette partie de la prog, pas inintéressante mais pas fondamentale pour autant, est destinée à asseoir la viabilité financière de la saison. Effectivement, la contrepartie Spielberg-Eastwood (qui dit mieux ? Lucas-Coppola-Scorcesse), c'est la Nikkatsu pour les aficionados, la prog outre-mer, Cavalier à venir, j'en oublie ? L'autre péché mignon de la cinem nouvelle mouture, c'est la démultiplication des cycles en simultané qui permet de satisfaire les goûts les plus divers mais s'avère souvent frustrante du fait de la rotation très rapide des films, avec des redifs trop rapprochées (à côté des bastos Blake Edwards-Lang (je ne critique pas, c'était bien), il y a les petits qui passent vite, parfois trop vite (Moretti etc.). Cela reste quand même une énorme chance pour les parisiens De : Cyril C. Pas tout à fait faux, robert ;-) On peut en effet supposer que la Cinémathèque a régulièrement besoin de quelques rétros "blockbusters" pour en financer d'autres. Pas forcément de mal à ça, après tout, car si tous les films d'Eastwood réalisateurs sont probablement disponibles en France en DVD (j'avoue ne pas avoir vérifié), comme vous le dites, ils ne sont pas tous régulièrement visibles sur grand écran pour autant. Mais c'est aussi pourquoi je regrettais que ce cycle s'arrête à Eastwood réalisateur et ne présente pas aussi les films qu'il a juste produits et/ou interprétés, parfois un peu plus rares. Insérer un commentaire : |
