bandeau

 





 Luigi Comencini - "Les aventures de Pinocchio" (1972)

 Carlos Reygadas - "Post Tenebras Lux"

 Janko Anwar - "Modus Anomali"

 Ted Kotcheff - "La grande cuisine"

 Juan Antonio Bayona - "The impossible" (Blu-Ray)

 Andy Muschietti - "Mama"

 - Regards sur courts VIII - Europa Film Treasures -

 Entretien avec Ken Loach autour de "L'Esprit de 45"

 "L'Esprit de 45"- Ken Loach

 Danny Boyle - "Trance"

 Mark Ruffalo - "Sympathy for Delicious"

 Léonardo Di Costanzo - "L'Intervallo"

 Jeff Nichols - "Mud"

 Park Chan-wook - "Stoker"

 Robert Aldrich - "L'ultimatum des trois mercenaires"(1977)

 Bernard Rose - "Paperhouse" (Blu-ray, DVD)

 Shane Black - "Iron Man 3"

 William Vegas - "La sirga"

 Regards sur courts VII - Repentir de Quentin Rigot.

 Wong Kar-wai - "The Grandmaster"

Tous les articles Cinema

Cinema

Davy Chou – "Le Sommeil d’or"

Sorties salles
Posté par Cyril Cossardeaux le 2012-09-17



Image principale
Ouvrir
 
Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Davy Chou avoue qu’à la genèse de son premier long-métrage, Le Sommeil d’or, il ne s’est pas posé la question de la viabilité d’un projet aussi fou que celui de consacrer un film à un cinéma non seulement inconnu de 95 % de ses futurs spectateurs (et de pas loin de 100 % de ses spectateurs occidentaux) mais dont toutes les traces tangibles ont pratiquement disparu ! Ce cinéma, c’est le cinéma cambodgien d’avant l’épouvantable dictature khmère rouge, celui qui a fleuri dans les années 1960 et 1970 dans un pays certes sous un régime pro-américain terriblement corrompu mais en pleine effervescence culturelle. A propos de l’excellent groupe américano-khmer Dengue Fever, nous avons déjà eu l’occasion de vous parler de la scène musicale de l’époque, sous haute influence occidentale dans ses accents les plus rock. Tant bien que mal, cette musique a réussi à traverser les décennies et ses plus grands tubes continuent à être connus de tous les Cambodgiens, comme l’hymne de Ros Serey Sothear, Chnam Oun Dop-Pramp Muy (J’ai 16 ans). Pour le cinéma de la même époque, il en va hélas tout autrement. Après avoir décidé de partir sur ses traces pour remonter le fil de son histoire familiale (son grand-père, Van Chann, en était l’un des producteurs les plus en vue de Phnom Penh), Davy Chou s’est vite rendu à une cruelle évidence : pratiquement tous les films réalisés au Cambodge avant la prise du pouvoir par les Khmers rouges en 1975 ont disparu. Effet du temps qui passe dans un pays qui n’a pas les infrastructures pour conserver des objets aussi fragiles que des bobines de films, mais surtout volonté délibérée des partisans de Pol Pot d’effacer le passé du pays.

Dy Saveth dans "Le Sommeil d'or"
Dy Saveth

Dès lors, on comprend bien que Le Sommeil d’or est bien davantage qu’une quête cinéphile un peu fétichiste (et plutôt pointue dans son objet) mais plus globalement un film sur la mémoire, sur les traces laissées par des visages tant aimés, des chansons, des histoires, auxquels on a été arraché par la force et la folie d’une époque (guerre, totalitarisme, massacres…). Vers la fin du film, l’un des deux incroyables cinéphiles cambodgiens rencontrés par Davy Chou sur place, mémoires vivantes (au sens le plus littéral du terme !) d’un continent disparu, a cet aveu troublant, qui fait mesurer à quel point le sujet du Sommeil d’or n’a rien d’anecdotique ou d’artificiel : alors qu’il se souvient avec une précision assez maniaque de tous les comédiens de l’"âge d’or" du cinéma cambodgien, il a presque oublié celui de ses propres parents, disparus sous les Khmers rouges… C’est à la fois le plus bel hommage que l’on peut rendre à la puissance d’évocation du cinéma et une phrase terrible dans ce qu’elle révèle de ce que cet homme a dû investir dans sa passion des films pour surmonter l’horreur de son histoire familiale.
Cet aveu résume assez bien le film de Davy Chou et valide pleinement son projet.

Ly Bun Yim (fois quatre) dans "Le Sommeil d'or"
Ly Bun Yim (fois quatre)

Car pendant quinze ans, le cinéma fut une affaire très sérieuse, au Cambodge, probablement le pays du Sud-Est asiatique à la production cinématographique la plus riche durant cette période. Une particularité s’expliquant en partie par l’influence d’un film tourné par le Français Marcel Camus au Cambodge en 1963 (L’Oiseau de Paradis, dont on peut voir un extrait dans Le Sommeil d’or), mais aussi par l’implication personnelle du premier des Cambodgiens, le roi Norodom Sihanouk lui-même, réalisateur d’une demi-douzaine de films dans la seconde moitié des années 60 ! Une situation probablement unique au monde mais que Davy Chou n’aborde pas dans son film, ayant clairement fait le choix du risque des erreurs de la mémoire humaine au détriment de la froide rigueur historique, mais aussi celui de ne consacrer son film qu’au véritable cinéma populaire cambodgien, comme il s’en explique dans l’entretien précité. C’est un choix qui frustre parfois le spectateur occidental qui découvre cette histoire mais qui s’avère probablement plus riche en émotion et permet à Davy Chou de donner davantage libre cours à son propre talent de cinéaste.

Yvon Hem et sa femme dans "Le Sommeil d'or"
Yvon Hem et sa femme

Car si la majeure partie du Sommeil d’or est constituée d’entretiens avec quelques survivants de cette époque (sa tante, Sohong Stehlin, la grande star féminine Dy Saveth, les deux cinéphiles déjà évoqués et surtout trois des réalisateurs phares de l’âge d’or, Ly Bun Yim, Ly You Sreang et Yvon Hem, ce dernier malheureusement décédé au mois d’août dernier), jamais Davy Chou ne sacrifie la forme au fond. Au contraire, Le Sommeil d’or est souvent d’une grande beauté plastique, comme ces scènes tournées dans l’ancien grand cinéma désaffecté de Phnom Penh, Hemakcheat, transformé en squat où des dizaines de familles ont trouvé refuge dans des conditions extrêmes d’insalubrité et sur les murs en briques duquel Davy Chou a cette idée génialement poétique de projeter les quelques extraits restants des films de l’époque, faisant de l’Hemakcheat une sorte de caverne platonicienne du 21ème siècle. Malicieusement, il redonne également au cinéaste-magicien (le "Méliès du cinéma khmer") Li Bun Yim toute sa dimension de formidable inventeur de formes (pour autant que l’on puisse aujourd’hui en juger), en le faisant apparaître et disparaître ou en le multiplilant à l’image par la grâce de quelques effets spéciaux.
C’est ce même Li Bun Yim qui, à la fin du film, apporte peut-être la meilleure preuve que ce choix de Davy Chou de faire confiance à la seule puissance du verbe était le bon lorsqu’il se lance (comme il l’a sans doute déjà fait des dizaines de fois) dans le récit de son plus grand film disparu, dont l’arrivée des Khmers rouges à Phnom Penh a empêché à jamais (?) la diffusion, L’Hippocampe. Raconté avec force détails par son auteur, on est presque sûr  que ce "plus grand film disparu" de l’histoire du cinéma cambodgien est encore plus fou et plus beau que projeté sur un écran…


Sortie nationale le 19 septembre 2012, en partenariat avec Culturopoing




Retrouvez d'autres articles sur Davy Chou :

Davy Chou a besoin de quelques milliers d’euros pour boucler la coproduction du "Sommeil d’or"
Concours Bodega Films / Culturopoing "Le Sommeil d’or"
Entretien avec Davy Chou à propos du "Sommeil d’or"
Concours Bodega Films / Culturopoing : des DVD du “Sommeil d’or” à gagner


Share/Save/Bookmark 






Commentaires
Pas de commentaires pour le moment
Insérer un commentaire :
Nom ou pseudo :


Commentaire :


Veuillez entrer le mot la dans la case ci-dessous:


 

 

Recherche sur le site

 

         Sorties salles
         Sorties DVD
         Hors Actu
         Entretiens
         Dossiers/Hommages





FERMER