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David Fincher - "L'Etrange Histoire de Benjamin Button"

Sorties salles
Posté par Isabelle Mayault le 2009-01-15



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“Hope you join my clock” Cʼest lʼhistoire dʼune horloge montée à lʼenvers, objet fou réalisé par un homme inconsolable après la mort de son fils à la guerre, dans lʼespoir que le temps lʼinverse, et que son fils revienne. En fait, non, cʼest surtout lʼhistoire dʼun homme dont la vie pourrait être symbolisée par cette horloge détraquée. Nourrisson fripé comme un homme de 80 ans, astreint à se déplacer en fauteuil roulant jusquʼà lʼâge de sept ans, Benjamin Button est condamné à traverser la vie en rajeunissant. Les marques du temps se traduisent chez lui par lʼaugmentation de sa masse capillaire et musculaire et la perte progressive de ses rides. En somme, un gain discret mais constant de vitalité et de fraîcheur défiant les lois élémentaires du corps humain. Adapté dʼune nouvelle de Francis Scott Fitzgerald du même nom, extraite du recueil The curious case of Benjamin Button and other jazz stories (1922), cette nouvelle réalisation de David Fincher (Fight club, Se7en, Panic Room, Zodiac) met littéralement en scène la citation suivante de Mark Twain : “La vie serait bien plus heureuse si nous naissions à 80 ans et approchions graduellement de nos 18 ans”. Là où Fitzgerald décrivait avec ironie les affres dʼun couple en déliquescence, lʼune aigrie par la jeunesse surnaturelle de lʼautre, Fincher (et Eric Roth, le scénariste) y ont vu au contraire le potentiel dʼune grande histoire dʼamour tragique. Ils en ont fait un long métrage de 2h45, qui ressemble autant à une fresque historique quʼà une fable métaphysique. Dans le film, Benjamin Button se retrouve abandonné par son père sur les marches dʼun hospice de vieillards à La Nouvelle Orléans - choix intelligent qui donne immédiatement au film une forte identité visuelle et musicale (dans la nouvelle, il était élevé par son père quelque part dans le Minnesota - ou peut-être était-ce le Missouri ?). Né en 1918, le jour de lʼarmistice de la Première guerre mondiale (et non en 1860, comme le personnage de la nouvelle), sa vie couvre tout le siècle, le scénario joignant ainsi grande et petite histoire. Son enfance se déroule parmi les curieux locataires de lʼhospice sans que quiconque ne soupçonne son âge véritable. Il rencontre Daisy, alors enfant, qui comprend (et accepte, et aime) sa différence sans encore en saisir les enjeux. Sʼengage alors un ballet de chassés-croisés entre les longues absences de Benjamin qui prend la mer pour découvrir le monde sans dévoiler son secret, et les retours occasionnels de Daisy, elle-même devenue une danseuse de renom à New York. Benjamin Button constitue une performance dʼacteurs, Brad Pitt comme Cate Blanchett étant amenés à jouer pendant les deux tiers du film un personnage de vingt ans de plus ou de moins que leur âge réel. Les rôles secondaires sont tous sans exception incarnés avec justesse et profondeur - de la mère adoptive de Benjamin, jouée par Taraji P. Henson à lʼhorloger (Elias Koteas) en passant par Tilda Swinton (amante de Benjamin). Les costumes, qui balisent la remontée du vingtième siècle par Button, sont portés avec aisance par un Brad Pitt rajeunissant, tantôt dans la panoplie de Marlon Brando, tantôt sous les traits de James Dean, avec ce même charisme nonchalant qui les caractérisaient. Cate Blanchett, qui sʼest remise à la danse à lʼoccasion du tournage, parvient à être aussi convaincante en fringante ballerine quʼen prof de danse sur le déclin ou en vieille dame. Les scènes dʼintérieur sont absolument sublimes : tant la grande maison de la Nouvelle Orléans qui fait office de maison de retraite que lʼhôtel anciennement de luxe, mais quasi désert, de Mourmansk dégagent une atmosphère magique. Lʼune sent le cajun, la naphtaline et la moiteur du Sud; lʼautre la poussière, la vodka et les vents dʼExtrême Orient. “A generation grown up to find all Gods dead, all wars fought, all faiths in man shaken” Fitzgerald avait dédié sa nouvelle à la génération perdue des années 1880; Fincher situe son film dans une réflexion beaucoup plus globale sur le temps, la façon dont nous nous inscrivons dans celui-ci, les uns avec les autres, les uns sans les autres. Le propos nʼest pas de montrer la race humaine dans son absurdité ou ses limites. Ni cynisme ni noirceur, contrairement au personnage de Dorian Gray dʼOscar Wilde, qui, lui, vend son âme pour que son portrait capture les marques du temps à la place de son visage. Pas de jeunesse éternelle non plus, comme dans LʼHomme sans âge (2007) de Francis Ford Coppola - lʼhistoire dʼun homme de 70 ans qui, après avoir été frappé par la foudre, redevient jeune pendant que la femme quʼil aime vieillit en accéléré. Paradoxalement, Lʼétrange histoire de Benjamin Button met en lumière ce qui ressort de positif dans la brièveté de nos relations, et dans cette inexorable course contre le temps quʼest la condition humaine. Lʼaccent est mis en effet sur la notion de transmission, dʼhéritage au sens large. Du savoir, de lʼamour, des repères : quʼimporte la donnée, quʼimporte la valeur de lʼéchange. Lʼhomme possède cette capacité unique de don de soi - un peu, beaucoup, à la folie - et ce nʼest pas sombrer dans les bons sentiments que de le rappeler. Dʼautant que lʼintensité de nos rapports - et même tout lʼamour du monde - ne vaut que par la conscience de la perte inéluctable qui lʼaccompagne. Benjamin Button constitue donc une leçon, le récit initiatique dʼun homme et de sa solitude écrasante, toute sa vie en décalage avec les gens quʼil aime. Une métaphore aussi, des âges extrêmes de la vie, qui montre avec stoïcisme que quelque soit le sens dans lequel on se dirige, la fin du chemin apparaît marquée par le désapprentissage, et la perte progressive de ce qui a fondé notre identité. Qui montre également - surtout ?- que, selon les mots du scénariste Eric Roth, “lʼimportance nʼest pas tellement dans quel sens vous vivez votre vie, mais comment vous la vivez”. Cʼest enfin un sujet que seul le cinéma peut traiter de façon aussi magistrale. Nʼest-ce pas dʼailleurs lʼobjet même de la création cinématographique ? Se moquer du temps, le pétrir, lʼinverser, le découper, lʼaccélérer, le ralentir, lʼarrêter. Se jouer de son poids, et cesser de lʼappréhender de façon linéaire. Un long film, un grand film, qui se veut à la fois saga, épopée et drame romantique. Un film-monde, un film témoin. Témoin de lʼhistoire, des guerres, des hommes. Témoin des cycles de la vie - naissances, rencontres, disparitions. Témoin, enfin, dʼune histoire dʼamour à tiroirs, rappelant avec insolence lʼaffirmation suivante de Barthes : “Je ne crois pas en Dieu car je ne pense pas quʼun être omniscient aurait inventé en même temps lʼamour, et la mort”.




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Commentaires
De : noodles

j'ai lu la nouvelle, c'est puissant !

nous dans le genre parabole aux accents fantastiques, on adapte Lévy et Musso

les ricains tapent dans Fitzgerald ...

chacun son style!

De : noodles

FUCKY je viens d'écrire une connerie (encore une!) même les ricains ont adapté Lévy, le machin avec rise viterspoune

De : gee wee

le film est nominé pour 13 oscars!.. dont meilleur film, réa, acteur, photo, montage, etc...
Ralala, vivement qu'il sorte !! dans 13 jours

De : Ishmael

Pour ma part je trouve que le film noie dans le décoratif l'essentiel de son sujet, exploitant mal la tentative d'en faire une fresque ça m'a fait lissé une grosse impression d'ennui et de convenu. Les deux acteurs sont également assez moyens je trouve. Enfin je crois que moi et David Fincher ça ne va plus être l'attente fébrile...

De : Infernalia

N'étant pas un fan de Fincher à la base, après le choc Zodiac qui reste pour moi un des grands films de ces dernières années, j'attendais Benjamin Button avec impatience et j'ai trouve ça magnifique. Passionnant de bout en bout, l'aspect décoratif n'est pour moi qu'une feinte qui nous rattache sans arrêt aux teintes de l'enfance pour mieux plonger dans les affres du temps qui passe. C'est passionnant de voir un cinéaste qui se construit autour d'une thématique : déjà Zodiac traitait formidablement du temps, à travers une enquête sur trente ans, une enquêtre comme une vie. Ici encore Fincher nous parle de temps individuel et collectif, le temps de la narration également : une nuit pour mourir qui est une nuit pour raconter une histoire. Le film m'a parlé de bout en bout comme rarement. J'ai pensé à pas mal d'autres films. Evidemment à "L'homme sans âge" mais également à Dracula pour cette façon de vouloir mettre en abime toute la forme du cinéma, sa gestion de la durée, son Histoire (cinématographe, sépia, muet...) et de le mettre en rapport malédiction du temps qui passe.

De : Ishmael

Je trouve ça superficiel chez Fincher justement cette intégration de l'imagerie, les références me semblent stéréotypées, voir gardent un zest de récupération clipesque avec ses grattages sur pellicules du début. Par rapport aux deux coppola dont tu parles, malgré leurs défauts je les trouve infiniment plus passionnant, sans doute parce que Fincher ne reste lui qu'en surface des clichés et représentations, dans une reconstitution glacée et figée souvent accentué par son utilisation du numérique...quand Coppola lui les revisitent de l'intérieur, les triturent. Je dois dire que ce "Benjamin Button" fait en particulier encore grandir "Youth without youth" dans mon esprit. Enfin comme dans "Zodiac" je n'aime pas du tout sa gestion du temps long , et encore moins ici celle des va et viens avec une photographie très caricaturale. Je ne veux pas dire, mais quand on remonte à des films comme "Lola Montès" en la matière ça fait assez mal.

De : Infernalia

Pas du tout d'accord, évidemment... je pense qu'il recherche constamment une forme qui épouse son sujet, tout en restant dans une certaine forme de classicisme. C'est aussi pour cela qu'à mon sens il a enfin abandonné l'esbrouffe visuelle qui faisait un peu sa marque de fabrique avant Zodiac. C'est un peu ça qui me plait, on sent le type qui expérimente mais réellement au service de son thème. Pas d'accord pour les clichés, évidemment. C'est surtout un étrange regard enfantin qui persiste durant toute une vie d'homme et qui donne à l'existence l'allure d'un conte de fée mélancolique. Autre chose qui me plait beaucoup, c'est cette espèce de mise à distance de l'émotion qui fait que nous ne sommes à aucun moment dans le pathos, et que tout se passe en toute simplicité, au fil de la vie, avec la limpidité de l'inéluctable. J'aime son rythme flottant. Pour moi c'est vraiment la jonction parfaite de l'intime et du grand spectacle. Bon visiblement les derniers Fincher c'est vraiment l'un ou l'autre. Pas de juste milieu !

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