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David Cronenberg - "Les promesses de l'ombre"

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Posté par Menear le 2007-11-16



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Réglons de suite la question : je ne connais pas les films de Cronenberg. Aucun. Les promesses de l'ombre, c'est le premier film de lui qui me motive suffisamment pour me déplacer jusqu'au ciné ; en règle général, je ne suis pas vraiment attiré par ses productions (allez savoir pourquoi). Cette chronique vaut donc ce qu'elle vaut, c'est à dire pas grand chose, c'est à dire l'opinion d'un type qui est allé voir un film par défaut et qui n'a aucune idée du background artistique du réalisateur. Bien, c'est dit.

Les premières images, d'entrée, nous plonge dans la communauté russe de Londres qu'on ne quittera plus jusqu'au générique de fin. Les premières images, d'entrée, nous plonge dans une ambiance glaciale, glauque au possible, gore, parfois (la scène d'introduction est particulièrement forte à ce niveau là). Les premières images, donc, donnent le ton d'un film sombre, dur, sanglant.

Le rayon de soleil du film, c'est Anna (Naomi Watts), cette sage-femme tout ce qu'il y a de plus normale, qui accouche « un beau jour » une prostituée/droguée russe de quatorze ans. Elle meurt, pas sa fille. Se sentant responsable du bébé, Anna récupère le journal intime de sa mère et part à la recherche de sa famille, à la recherche d'un foyer pour l'enfant. Elle tombe bien vite sur le milieu mafieux russe qui s'articule autour de Semyon, vieux chef de gang, son fils Kirill (Vincent Cassel, un poil agaçant) et Nikolaï (Viggo roi de la pomme de terre Mortensen), le « chauffeur » : celui qui s'occupe d'anonymer et de se débarrasser des cadavres (cf. la vidéo, ci dessous, en VO non sous-titré, je sais, mais on fait ce qu'on peut, hein). Voilà pour les grandes lignes.



Les premières minutes sont très bonnes : incisives comme il le faut, des ellipses bien placées. Le décor peu à peu se met en place via quelques petites scènes qui posent un décor, une ambiance. Les personnages se détachent tous grâce à des personnalités variés : Semyon et ses allures de vieux sage, Kirill, complètement allumé, Anna, la gentille pas trop cruche mais un peu naïve quand même parce qu'il le faut bien et surtout, surtout, Nikolaï, le chauffeur-homme à tout faire de Kirill (« I'm just the driver », qu'il dit avec l'accent russe, mais en fait, il est un peu plus que ça). Pourquoi surtout ? Parce que clairement, le film tourne autour de ce personnage clé et de la performance d'acteur de Viggo Mortensen pour l'incarner. Froid, secret, mystérieux, calme, pro. Tout ce qu'il faut pour intriguer l'oeil du spectateur. Et ça marche. L'équilibre du film repose là dessus : sur ce personnage dont, au fond, on ne sait rien, et qui pourtant rempli l'écran de sa simple présence. Du coup, petit problème, petit déséquilibre : les autres personnages passent au second plan. Mais ce n'est qu'un détail.

Car le véritable problème du film est ailleurs. Plus d'une heure durant, une atmosphère se déploie, s'impose sur la pellicule, une atmosphère réussie, prenante, dense, et tant pis si parfois le côté redite des films de gangster se fait sentir, cette ambiance là est bonne, point barre. Mais au trois quarts du film environ, un twist scénaristique fait chavirer le film. Et d'agréables, Les promesses de l'ombre deviennent l'un de ces films banales qu'on apprécie vaguement, du coin de l'oeil, en oubliant instantanément les grandes lignes tellement les ficelles scénaristiques sont énormes. D'autant plus dommage que la base était là, bien ancrée, prête à accueillir un dénouement plus percutant.
Et d'un coup tout s'enchaîne : cette énorme maladresse en révèle d'autres qui, bien que plus discrètes, ressortent d'autant plus. Les personnages principaux, parfois, ne survivent pas aux quelques lignes qui servent à les définir (c'est le cas du personnage de Naomi Watts, agréable au début, mais qui devient bien rapidement inutile, malheureusement) et certaines astuces narratologiques sont naïves (le parallèle entre l'image et la voix de la jeune mère du début qui raconte avec son bel accent russe les horreurs de son journal intime : l'effet est souvent moyen, la narration parfois ratée).



Dommage, car les possibilités qui se dégageaient de la première heure semblaient énormes. Le personnage monstrueux développé pour et par Viggo Mortensen est fascinant, et quelle scène superbe, la scène centrale, celle de « l'adoubement » où Nikolaï, au corps parfait, plongé dans une cave à la luminosité étrange, reçoit les « insignes », les marques qui ancrent dans sa chair les symboles de son nouveau grade.
Dommage, donc, car loin d'être un mauvais film Les promesses de l'ombre déçoivent au moment même où elles promettent le plus : c'est au sommet du crescendo apparent que se défait l'intrigue. De quoi se renseigner sur Cronenberg, du coup, et peut-être mieux apprécier ses précédents films.



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Commentaires
De : Ishmael

Cronenberg et le scénariste ont très envie d'une suite et seraient actuellement en train de plancher dessus... encore un projet de plus pour le cinéaste.

De : noodles

mais y vont qd même pas sortir la suite alors que j'ai pas vu le premier.... le mois prochain il passe au centre culturel en exclu.... respectez les rythmes ruraux...MERDE !!!!

De : mr_kenyatta

Bon film mais dommage que Cronenberg ait (définitivement ?) abandonné son baroque d'antan pour un classicisme élégant mais plus banal. Quelques scènes échappent à la règle, quelques trouées gore filmées toujours aussi frontalement, et, bien entendu, la fameuse scène du bain turc, d'une brutalité réellement impressionnante.
Le problème, comme déjà relevé ci-dessus, provient surtout des personnages et/ou de leur interprétation. Cassel, bah, c'est Cassel, quoi, embarrassant... La belle Naomi fait ce qu'elle peut mais elle n'a pas grand chose à défendre. Son rôle (et celui de sa mère et de son père) semble là pour éviter les représailles de la communauté "ex-soviétique" londonienne (faut dire que, bon, ça se comprend aussi à la vue du film...), "non, non, on n'a pas dit que tous les Russes étaient soit des putes à peine pubères, soit des mafieux sanguinaires, hein !" (mais ils ont sérieux problème avec l'alcool quand même...).
Ces personnages font pale figure face à Armin Mueller-Stahl, assez glaçant en patriarche, mais évidemment surtout face à Viggo Mortensen, d'autant plus admirable qu'il reprend finalement un rôle très similaire à celui de "A History of Violence", en inversé, mais pour en faire tout à fait autre chose au niveau de la composition. Le film existe surtout grâce à lui et à son personnage, qui, je trouve, ne sort pas du tout affaibli du twist scénaristique de la dernière partie.

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