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Dark Horse - Todd Solondz
Sorties salles
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Dès son premier film, Bienvenue dans l’âge ingrat (1996), Todd Solondz se démarque de ses pairs avec son univers très personnel décrivant sans fard la souffrance d’exister à travers les yeux d’une adolescente. Ses œuvres suivantes confirment son talent particulier pour explorer les voies tortueuses de la condition humaine, n’hésitant pas à mettre en scènes des sujets aussi forts que le viol ou l’inceste. Pour ce Dark Horse, Solondz s’éloigne un peu de l’aspect souvent sordide et déliquescent de ses climats pour dépeindre une histoire d’amour plus douloureuse qu’il n’y paraît.
Abe est un jeune homme d’une trentaine d’années qui vit encore chez ses parents. il il travaille pour son père qui le considère comme un loser tandis que sa mère continue de le materner comme s’il était encore un enfant. Sa rencontre avec Miranda, une trentenaire en pleine dépression, va bouleverser son existence, lui faire reprendre foi en l’avenir. Prisonnier du manque de confiance en lui-même façonné ainsi par son éducation et poursuivi comme une malédiction, Abe entrevoit dans cette femme perdue son propre miroir et sa planche de salut prendre conscience que son état à elle n’est peut-être que transitoire. Au fur et à mesure de l’avancée de leur relation, Solondz brouille progressivement la frontière entre rêve et réel en faisant matérialisant les peurs et les doutes d’Abe sous forme de visions de ses proches. Lorsque père, mère et frère lui apparaissent lorsqu’il est seul le plus souvent, l’écrasant sous les paroles négatives, le cinéaste dresse la métaphore acide d’un cocon familial anxiogène où l’espérance d’un refuge idéal devient une prison.
Solondz confirme avec Dark Horse son sens du casting peu glamour qui fuit régulièrement la beauté physique pour disséquer ce qui s’y dissimule, tout comme il préfère les visages peu connus à ceux des célébrités. Malgré les recommandations du producteur Ted Hope qui désirait une star pour protagoniste principal, le choix de Solondz s’est porté sur Jordan Gelbe, acteur essentiellement de télé, qui porte littéralement le film sur ses épaules. Son physique rondouillard contraste avec la beauté subtile et mince de Selma Blair (Hellboy 2) qui offre ses traits à la dépressive Miranda. Face à lui, la dépressive Miranda est jouée par Selma Blair. Toute la beauté de Dark Horse tient à cette dichotomie dans laquelle leurs âmes meurtries se reconnaissent. Chacun est renfermé dans une souffrance morale qui lui est propre, déformant la réalité, les poussant à agir selon leurs désirs et leurs fantasmes au lieu d’agir avec lucidité.
![]() Christopher Walken et Mia Farrow incarnent à merveille les parents vaincus. Walken a insisté auprès de Solondz pour obtenir ce rôle à contre emploi, et le fait est que celui qui avait l’habitude d’accumuler les personnages décalés et insaisissables endosse de manière surprenante l’habit de la normalité, celui du père déçu de son fils, amer et résigné devant les incapacités d’Abe qui témoignent de ses propres failles parentales. Quel plaisir également de revoir Mia Farrow, qui avait mis sa carrière de côté (pour se consacrer à son travail pour les droits de l’homme) et qui sur les conseils d’un de ses fils, grand fan de Solondz, accepta le rôle de cette mère douce et sensible dont le seul tort est de trop aimer son fils.
D’après Solondz, « Il faut pénétrer dans l'esprit des personnages, être au plus proche de leur réalité et de l'histoire qui se construit. » Toute la force de son cinéma tient à cette sensibilité à fleur de peau qui lui permet d’aborder des sujets universels auxquels il est difficile de ne pas s’identifier. La famille d’Abe n’est pas plus dysfonctionnelle qu’une autre – presque banale - et son désir de s’affranchir de son emprise est propre à n’importe quel adolescent. Pourtant ici, nul ne l’a encouragé à s’enfuir. Les années ont passé, laissant Abe pétrifié dans une vie qu’il aurait du quitter dix ans auparavant, au point de garder sa chambre d’adolescent intacte. A la fois drôle, acerbe et triste, Solondz dresse dans Dark Horse un portrait d’homme-enfant brusquement confronté à la réalité de son existence par ce catalyseur qui nous réveille tous, l’amour. Mais difficile au sentiment de s’épanouir dans un univers de fantasmes et de besoins irréalistes. Et en dépit de la sympathie qu’éveille Abe chez le spectateur, sa manière de penser, ses agissements induisent un profond malaise, tant il semble n’avoir aucune conscience de ses actes. Pourtant, qui peut lui en vouloir de tenter tout son possible face à celle qu’il estime être son âme sœur ?
![]() Soldondz a le tact de ne jamais prendre parti, d’offrir de réponse toute faite ou de conclusion moralisatrice. Il dresse un constat désabusé de monde contemporain où tout contribue à nous maintenir dans un état végétatif de dépendance sans chercher à nous en libérer. Prisonnier des technologies modernes qui lui apportent réconfort et sécurité telles de nouvelles mères, l’homme s’endort dans ce confort sans voir le temps passer, renonçant à quitter le cocon et à voler de ses propres ailes. L’emploi d’Abe dans l’entreprise familiale ne poussant pas à prendre son élan. Se cotoyant au quotidien, père et fils mêlent soucis professionnels aux ressentiments quotidiens, jusqu’à l’étouffement. Il se dégage de Dark Horse un sentiment de claustrophobie émotionnelle que seuls quelques touches d’humour noir viennent soulager. Le cinéma de Solondz nous partage entre le rire et les larmes, questionne plus qu’il ne dit, ne définit jamais clairement le bien ou le mal. Comme dans la vie. Ses personnages avançant malgré eux dans le brouillard de leurs sentiments et de leurs fissures n’ont peut-être jamais été aussi émouvants que dans Dark Horse.
DARK HORSE : BANDE-ANNONCE TRAILER VOST Full HD par baryla Retrouvez d'autres articles sur Todd Solondz : Todd Solondz - "Life During Wartime" (avant-première) [Pour ou contre]
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