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Danny Boyle - "127 heures"

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Posté par Marija Nielsen le 2011-02-23



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Seul face à soi-même
 
« Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort ». Cette citation de Nietzsche pourrait parfaitement s’appliquer parfaitement au dernier film de Danny Boyle qui relate la mésaventure d’Aron Ralston, ce jeune aventurier des temps modernes parti faire de l’escalade au fin fond des canyons de l’Utah, avant de glisser et de tomber au fond d’un gouffre, entraînant un gros rocher qui lui bloquera la main. 127 heures, c’est le temps que passera Aron dans sa prison naturelle avant de pouvoir s’en libérer grâce à un acte de courage inhabituel.

 
 
Le réalisateur anglais Danny Boyle s’était fait remarquer avec le plus opportuniste que réellement subversif Trainspotting (1996) après le petit bijou d’humour noir qu’était Petits Meurtres Entre Amis (1994). Créatif et versatile, Boyle ne s’est jamais cantonné dans un seul genre et l’on se plait régulièrement à lui tomber dessus à bras raccourcis pour évoquer son style tape-à-l’œil. Pourtant, Boyle, avec Sunshine ou 28 jours plus tard, sait se révéler parfois réellement inventif et imposer un regard de cinéaste qui dépasse souvent son qualificatif de petit malin ou de cinéaste superficiel.
 
Bien que Boyle ne recule jamais devant des choix de mise en scène clinquants (filtres, effets de style, surdécoupage…), la forme choisie ici est en parfaite adéquation avec le développement de l’histoire. La première partie où nous faisons connaissance avec Aron, adopte un rythme rapide et heurté entre split-screen et montage ultra cut : préparatifs du jeune homme avant de rejoindre sa Nature adorée en voiture puis de remplacer le véhicule encombrant par un vélo tout-terrain. Nous l’observons dévorer les kilomètres à une vitesse folle, dérapant par-ci, sautant par-là sans oublier les chutes où il se filme lui-même en riant aux éclats. On est tout de suite épris de ce solitaire à part du monde civilisé qui ne trouve son plaisir que dans la liberté que lui offre les paysages sublimes d’une nature encore préservée des ravages de l’Homme. L’injection d’adrénaline qu’il ressent en dévalant pistes et rochers est directement transmise au spectateur qui se sentirait presque pousser des ailes. Mais en dépit de cette présentation dans le feu de l’action, Ralston ne fait pas que se lancer des défis personnels sous forme d’exploits sportifs extrêmes. Son vrai bonheur est d’être proche de la nature, de la sentir sous ses mains, la contempler de son regard et l’absorber de toute son âme.
 
La cadence ralentit ensuit nettement lorsqu’Aron croise avec deux jeunes filles perdues (Megan et Kristi, interprétées respectivement par Amber Tamblyn et Kate Mara) avec qui il va faire un petit bout de chemin. Boyle nous laisse alors l’occasion de souffler et d’admirer davantage les éléments naturels dans toute leur splendeur, octroyant même à ses personnages quelques instants de frissons et de jeux lorsqu’ils s’amusent à plonger dans un lac souterrain en glissant entre deux parois rocheuses dont l’espace est à peine plus large que leurs corps. Le calme avant la tempête et le dernier contact humain qu’ait Ralston avant de rencontrer son destin au fond d’un gouffre.
 
Sans jamais tomber dans le piège de la démesure, l’acteur James Franco porte le film sur ses épaules tout le long, jouant avec une maîtrise parfaite sur tous les registres d’émotion par lesquels passe son personnage de la colère, au désespoir, de la résignation au combat. Franco s’est beaucoup préparé pour le rôle en faisant des randonnées avec le vrai Aron Ralston, mais il s’imprègne du personnage plus qu’il ne l’imite et reste crédible jusqu’au bout.
 
Quant à la gestion du temps, Boyle a recours au procédé très simple de notre protagoniste qui parle à sa caméra numérique, relatant le nombre d’heures ou de jours qu’il est coincé. Un travail supplémentaire est fait sur la mise en scène qui glisse progressivement vers le délire visuel déjà vu dans ses autres œuvres et qui ont le don d’agacer plus que d’être attrayants. Mais Boyle arrive aussi à jouer de façon subtile sur le glissement du réel dans le fantasme pour mieux nous imprégner du calvaire d’Aron, de ses sensations proches de l’évanouissement où la raison défaille et brouille les repères, tout en tentant de saisir les moindres souvenirs personnels comme ultimes moyens de conscience de se raccrocher à la vie.
 
Mais la bande son joue également une importance capitale à travers la musique choisie mais aussi les effets sonores, l’exemple le plus impressionnant reste sans aucun doute celui de l’éprouvante scène d’amputation, des bruits stridents nous déchirent les tympans lorsqu’Aron tente de sectionner les nerfs qui résistent. Ici, la douleur physique inimaginable qui emplit le corps d’Aron jusque dans ses moindres recoins résonne au plus profond du spectacteur, et bien que cette scène soit filmée de façon très graphique qui ne laisse rien à l’imagination, le résultat final relève autant de la libération morale que physique.
 
Bien que le fond du film repose sur le dépassement de soi dans une situation extrême, Boyle rend surtout compte d’une expérience brute et qui met tous les en sens éveil. Là où d’autres auraient choisi un style purement réflexif, le réalisateur anglais livre un très joli exemple de cinéma de sensations.


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Commentaires
De : noodles

j'ai autant envie de voir ce film que de passer mes prochaines vacances d'été à la Motte Beuvron. Le sous-genre du film de mec coincé dans un trou ne donnera jamais de chef d'oeuvre ou alors il faudrait Beckett comme scénariste (trop tard) et Duras à la réal (retrop tard).

De : Infernalia

Faut pas être coincé comme ça, Noodles ... :-) Buried récemment, c'était quand même une belle réussite. Et puis dans le style "nous sommes coincées à plusieurs", The descent est quand même superbe !

De : noodles

le sous genre de filles coincées dans un trou est infiniment plus intéressant que le sous genre de mec coincé dans un trou..... Buried c'est un sous sous genre, celui du mec coincé dans un trou avec un mobile... c'est une autre histoire....

De : noodles

d"ailleurs puisque tu parles de the descent, à propos duquel je partage ton avis , j'ai une question : Doomsday, c'est pour rire ou pas ?

De : Infernalia

Moi je pense que "Doomsday" est une blague, oui, une belle pochade qui recycle tout le post apocalyptique de "New York ne répond plus" à Bruno Mattéi. Pur film de fan. J'aime bien Centurion d'ailleurs, pur film d'aventures à l'ancienne, survival caché derrière un peplum. Mais j'aimerais bien qu'il reviennne à un projet de la trempe de The descent quand même.

De : noodles

ok dac.merci. Et the descent 2? c'est ptet pas la peine que je foute en l'air l'une de mes précieuses soirées pour voir ça ....... ?

De : Infernalia

Non tu vas te faire du mal, Descent 2 est à Descent ce que Vincent Delerme est au métal

De : Ishmael

C'est clairement le meilleur film de Danny Boyle à mon sens, son esbrouffe est ici une parfaite contrepartie au caractère étroit du sujet. Les images et le montage que portent Boyle correspondent si bien au personnage principal et la prestation de Franco, sa malice et sa prétention, que le film épouse parfaitement son affrontement mental et baroque avec une situation sèche et à priorie crânement sans issue. Les dix dernières minutes et la chanson de Dido sont néanmoins de trop... le film ne peut s'empècher d'en rajouter une couche niveau moralisme et sur son aspect "histoire vraie".

De : noodles

ishmael ta probité anéantit en 2 mots l'éloge qui précède : "dido" et "moralisme" ! c'est dommage.... enfin, c'est courageux.

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