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Colette Burson & Dmitry Lipkin - "Hung", saison 1
Hors Actu
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La diffusion de la saison 1 de Hung est terminée (comment ça, cette information vous avait échappé ??!!!). Allons droit au but : les questions cruciales que nous posions avant sa diffusion ont-elles trouvé des réponses ? La réponse est simple : oui et non. Commençons par la réponse à la dernière question que nous posions, incontestablement la plus importante : non les filles, on ne voit pas la grosse B. Pas le moindre petit morceau de grosse B à l’horizon. Avouez que c’est un peu se foutre de notre gueule. Voilà donc les choses telles qu’elles sont : la CHOSE, qui est le cœur même de la série, l’OBJET de toutes les convoitises est désespérément absent de l’écran : voilà un parti pris étonnant, lâche certes, mais étonnant et disons le, finalement intéressant. Hung fonctionne entièrement sur cette absence, ce trou (!), comme le point de fuite insaisissable vers lequel converge tous les regards. Au passage, les auteurs pointent là (involontairement ?) une réalité : la grosse B n’existe pas (1), ou à tout le moins, elle est un leurre, une figure du discours sur la sexualité, un pur fantasme, un objet écran qui cache ce qu’il veut montrer. Vlan. Voilà qui est dit, une bonne fois pour toutes. Passons maintenant aux choses sérieuses : Hung tient agréablement ses autres promesses, sans casser la baraque. Passé son générique (enlevé, entraînant, drôle et réussi parce qu’en quelques plans il résume l’état contemporain de l’homo erectus dans un monde de crise : à poil !), la série installe une sorte de faux rythme assez agréable, basé sur le décalage permanent entre l’humeur des scènes successives et la bande son (en gros, quand ça va pas fort pour nos héros, la musique se fait guillerette et vice versa). Chaque épisode, dont le format est court, proche de celui de la sitcom, prend classiquement à sa charge un morceau de l’histoire qui nous est racontée mais contient en même temps des temps suspendus, des moments de "rien" ou presque : ces faux plats procurent un plaisir certain. Ils permettent de déstabiliser le spectateur bien installé dans une réalisation confortable, qui ne comporte pas d’innovation formelle, hormis cette subtile distorsion, que l’on retrouve dans le jeu des acteurs. Ce décalage subtil est-il obtenu par une légère prolongation d’une scène pourtant a priori terminée ? Par un plan coupé plus tôt qu’attendu ? Il nous semble bien en tout cas que le montage et le rythme des dialogues (la valse du montage et des dialogues) sont l’atout principal de Hung : sa capacité à être, malgré tout, juste (mais juste) à côté des clichés, comme, disons, Sex and the City (autre série du discours sur le sexe), à la différence que la série sus nommée finissait par s’y noyer. ![]() Jane Adams et Thomas Jane
Pas Hung. L’attention portée aux deux héros (Ray et Tanya, le pute et sa proxénète) et à leur relation inversée y est pour beaucoup : il s’agit bien d’un couple d’un genre original (post moderne ?) qui mêle désir sexuel, amitié, intérêt financier, respect, jalousie, tout ça ensemble et successivement, dans une absence de dramatisation qui fait du bien. Autour d’eux gravitent des personnages (majoritairement des femmes) beaucoup plus caricaturaux, comme il est logique dans ce qui est avant tout une comédie. L’autre couple de la série, celui des jumeaux, fille et fils de Ray, fonctionne également parfaitement. Le membre masculin de ce binôme, avec son physique ingrat, qu’il partage d’ailleurs avec sa sœur (voilà une bonne idée pour mettre en scène la dysmorphie inhérente à l’adolescence) fait utilement contrepoids à la perfection de son père, et prend une place intéressante qui contrebalance le discours hétéro dominant de la série. A part ça ? Et bien à part ça, on reste sur sa faim. Pas de réponse à nos questions sur le business sexuel : la prostitution masculine est un parti pris de comédie, point final. On avait en effet bêtement l’espoir de voir une série qui mettrait au premier plan la question de la sexualité, de sa place, voire même de sa fonction dans la société capitaliste occidentale, celle qui a fait de nous, et de nos corps, des objets d’échange sur des marchés spéculatifs du toujours plus (d’où la grosse B). Se dessine vaguement l’idée que le sexe, ou l’obsession du sexe, c’est bien beau, mais que, bon, c’est pas tout ça. Comme on l’a dit d’emblée, la question de la place même du sexe à l’écran, de la mise en scène de la sexualité et du désir est assez rapidement évacuée : si certaines scènes font preuve d’une audace certaine, par rapport à la TV française s’entend, la série n’est pas érotique, et ne cherche visiblement pas à l’être. Tout ça pour ça ? Oui, tout ça pour ça. Ce qui ne nous empêchera pas de continuer à penser qu’il y dans le pitch de Hung un symbole sociétal à creuser : quand il n’y a plus que la grosse B, c’est bien la débandade. (1) Désolée. Retrouvez d'autres articles sur Colette & Lipkin Burson : "Hung" démarre sur Orange Cinéma Séries
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