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Coffret Koji Wakamatsu vol. II
Sorties DVD
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Avec Koji Wakamatsu, Black Out se dote d’une image forte et d’un catalogue toujours plus intéressant. Après un premier coffret recoupant quatre des œuvres de jeunesse les plus emblématiques et poétiques du réalisateur, le second coffret s’attache aux quatre de ses œuvres les plus politiques et pragmatiques sur la période 1969-1972.
Koji Wakamatsu, réalisateur japonais prolifique, à l’origine des pinku-politiques dans les années 60, se défie depuis ses débuts par l’utilisation de la machinante productiviste à des fins contestataires. Le sexe est un moyen pour lui de faire passer ses idées et un outil pour gagner facilement l’argent avec lequel il s’adonnera à ses expérimentations cinématographiques. Dans cet opus, la recherche visuelle se fait plus discrète, les mouvements de caméra moins audacieux, mais les films n’en sont pas pour autant plus classiques, car la narration garde cette fantaisie déstructurée qu’affectionnait Wakamatsu à l’époque. Le sexe est moins violent et moins symbolique, plus cru, plus mécanique, devenant un instrument de pouvoir ou un dérivatif à l’ennui du quotidien.
![]() Une vision désenchantée et pessimiste, où la violence fait place au cynisme et à des huit clos malsains et apathiques. Les quatre films tournent tous autour du désenchantement révolutionnaire, adoptant des styles différents mais conservant des intérêts communs, dont le modernisme et l’occidentalisation du japon, qui rythment les séquences et devient un enjeu fondamental de la lutte filmée. Parmi les autres récurrences, citons l’intérêt de Wakamatsu pour les médias, et la reprise du style journalistique dans la monstration des actes terroristes, pour mieux souligner la dichotomie des situations et le fossé existant entre la pensée dominante et le mal-être de cette jeunesse à la dérive. Citons enfin cette singulière manière d’alterner entre noir et blanc et couleur, parfois à dessein, souvent par défaut (souhaitant tourner coûte que coûte Wakamatsu utilisait ce qu’il pouvait récupérer en fonction de son budget du moment).
Même les œuvres les plus simples et les plus plates en apparence sont un défi à l’ordre public. « La Saison de la Terreur » décrit la planque de deux policiers dans une cité moderne du Japon, où ils sont chargés de surveiller un terroriste présumé. À sa place, ils devront supporter le train de vie velléitaire d’un jeune bourgeois décadent, un « fainéant » qui ne pense qu’à boire et faire l’amour pendant que ses deux femmes travaillent pour payer son loyer. Un film délibérément lent, suivant la cadence de cet être vide. Un film miroir, où les épieurs – policiers comme spectateurs - sont acculés à l’agacement de cette attente stérile et de ces gémissements incessants. Une œuvre qui sous son vernis de film porno décervelé et en fait d’une radicalité totale.
![]() L’attentisme, c’est aussi le sujet du film « Sex Jack », qui conserve une certaine poésie grâce à la figure du jeune étudiant utopiste, et dénonce les dérives de cette forme particulière du combat voué semble-il à l’autodestruction. Des militants terroristes sont contraints de se cacher dans une vieille maison à loyer populaire située en dehors de la ville, et n’ont pour seule occupation de faire revivre la cellule « rose », qui légitime ouvertement le viol et l’utilisation de la femme pour la satisfaction des hommes - car « la révolution doit balayer la démocratie »… Une réflexion acerbe sur les chemins de la révolution et sa possibilité de s’imposer dans une société où la pensée est en friche. Un superbe film qui confronte matérialisme et utopie, qui rend hommage au cinéma japonais traditionnel dans sa construction formelle, et montre l’innovation comme un appareil de destruction des consciences.
Mais l’œuvre la plus marquante de ce coffret reste l’ « extase des anges », magnifique conte futuriste marqué d’un psychédélisme sixties et d’un anarchisme jazzie enthousiasmants. Je parle de conte, mais il s’agit en fait d’allégorie. L’histoire, celle de la dislocation d’une cellule révolutionnaire déviant vers l’anarchisme, est véridique, mais la mise en scène est une splendide métaphore surréaliste mêlant cycle du temps et perte des illusions. Ouvrant à l’Automne, représenté par la figure charnelle de la femme, dans l’ambiance moite d’un cabaret désert et sur fond de chanson révolutionnaire, le film se poursuit avec la prise de pouvoir de la faction Hiver, où Février, mâle dominant proche du Yakusa sans scrupule, vole le butin d’Octobre, ancien leader du groupe d’Automne (son seul amour aussi). Une lutte des saisons et une révolte du chef déchu qui décidera de tout faire sauter (un aveuglement de haine qui se traduira au sens propre comme au figuré). C’est ici que les scènes érotiques sont sans doute les plus intéressantes, donnant corps à cette passion enivrante sans la contrainte malsaine souvent présente chez Wakamatsu. Très certainement ce film tenait à cœur au réalisateur qui a soigné plus que de coutume ses décors – habituellement dépouillés – faisant ressortir cette « orient empreint d’occident » avec plus de force encore.
![]() Enfin, « Running into madness » s’inscrit singulièrement parmi cette sélection, mais également dans l’œuvre de l’auteur. Car ici pour une fois le politique n’est qu’un prétexte, et l’amour au cœur du film. Une romance forcément singulière, rappelant pour beaucoup le film de Marco Ferreri « La semence de l’homme » datant également de 1969, où deux naufragés d’une peste inconnue doivent survivre, et se poser la question de la suite après eux… Chez Wakamatsu, le paysage est tout aussi apocalyptique mais les sentiments moins noirs, la question de la civilisation, elle, est là tel un fardeau annihilant.
Voici donc encore une belle réussite pour Black Out qui permet de faire reconnaître cet auteur majeur du cinéma des années soixante – soixante dix, dont la majeur partie des œuvres n’avaient jusqu’alors été diffusées qu’au Japon. Sur ces quatre films, seul l’ »Extase des anges » était disponible dans une version non définitive dans une édition dvd américaine. C’est donc là à la fois un objet rare et utile que nous recommandons vivement à la rédaction. Comme pour le volume I, Blaq Out donne la parole à quatre personnalités pour introduire chaque film, et cette fois ci, c’est un sans faute. On attend donc avec impatience le volume III qui recoupera encore quelques pépites.
![]() Editeur : Blaq out, sortie : juillet 2010. Coffret Koji Wakamatsu, volume 2. Quatre films. 45 €.
Suppléments : _ Jean-Pierre Bouyxou préface La saison de la terreur
_ Danielle Arbid préface Running in Madness, Dying in Love
_ Gaspar Noé préface Sex Jack
_ André S. Labarthe préface L'Extase des Anges
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