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Coffret Koji Wakamatsu, vol.3

Sorties DVD
Posté par Marion Oddon le 2010-12-12



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Pour ceux qui n’auraient pas encore compris que Wakamatsu n’est pas un réalisateur de pinku, « Naked Bullet » en apporte la preuve, confirmant le talent d’un auteur à la filmographie libre et singulière. Ici à l’encontre des stéréotypes machistes du japon des années 70’ (et notamment des Pinkus), l’homme est montré comme un être faible et lâche, et les rares séquences érotiques sont éludées rapidement, comme c’est également le cas pour les trois autres films de ce coffret.

Un coffret moins charnel mais pas moins capital que le premier volet, et qui permet d’apprécier la constance avec laquelle Wakamatsu travaille ses thèmes de prédilection, arrivant avec peu de moyens à créer une œuvre d’une grande cohérence et d’une inventivité visuelle régénérante. Loin de la nouvelle vague européenne sage et policée, il apporte un souffle contestataire, témoin d’une jeunesse japonaise désillusionnée et sauvage.

Utilisant comme à son habitude des bouts de pellicules trouvées et collant quelques morceaux de films en couleur, l’image de Wakamatsu tranche avec celle de ses contemporains, se rapprochant de la photographie, adoptant un grain destiné généralement au cinéma d’auteur pour des films pourtant voués au circuit commercial des cinémas pornographiques. La bande son, toujours incroyablement entraînante et jazzy (à quand une B.O. complète ?) colle à des anti-héros sans avenir et transcende la ville et ses bas fonds.
 

 
Chaque film de Wakamatsu s’attache généralement à une trame narrative épurée autour de laquelle est observée la vacuité des personnages et de leur existence. « Shinjuku Mad » en est ici l’exemple le plus représentatif, qui sous couvert d’une quête d’un père pour connaître les causes de l’assassinat de son fils se confrontera à une génération hippie dégénérée, mods japonais débonnaires, sans envie ni scrupule. Film évoluant au rythme d’une mélodie urbaine mélancolique, mettant en exergue le choc des cultures entre campagne, encore influencée par l’ère Meiji, et les villes, vendues au grand capitalisme occidental. Un film où le père finira par adopter le point de vue des bourreaux, car l’honneur et le clan reste des valeurs fondamentales reliant le fossé des générations. La première scène est une pure merveille, et le film est un objet étonnant tant au niveau des cadrages que de la langueur qui s’en dégage.

Encore une fois, Wakamatsu ose se moquer de sa génération et de lui-même. Parlant de lui, « Naked Bullet » pourrait se voir comme l’allégorie désuète de la courte carrière de Wakamatsu chez les Yakuzas, qu’il décline sous l’angle du pathétique et du grotesque. Ce film assez mineur est pourtant touchant, faisant apparaître un rapport enfin plus complice entre son héros et les femmes, nous offrons au passage une scène érotique dans les bains troublante et sensuelle. Un film qui cache quelques surprises et notamment un final des plus réussit.

« Violence sans raison » est une traduction juste et suffisante du troisième film de ce coffret, poussant à l’extrême l’incongruité des actes d’une jeunesse sans passion. Enfin la véritable pépite de ce coffret est un film s’ouvrant vers le mystique et faisant découvrir une part quelque peu dadaïste chez Wakamatsu. « La Vierge Violente » reprend les thématiques de la jeunesse perdue mais leur donne cette fois-ci un gourou mi Dieu mi animal, dont l’identité est inconnue de tous mais dont la folie abreuve les actes de violence de ses adeptes. Hochi, ce maître sanguinaire à la queue de chien, qui tue ses amantes après les avoir violées, et qui jamais ne se repaît. D’une perversion impeccable et d’une beauté troublante, voguant entre symbolisme surréaliste et exutoire tribal, voici un chef d’œuvre à découvrir sans hésitation.
 

Et pour parfaire ce coffret, toujours gainé d’un blanc élégant, quatre réalisateurs se sont prétés à l’exercice de la préface, dont Luc Moullet, toujours aussi décalé et pertinent, et Jean-Pierre Bouyxou, certainement le plus connaisseur de la carrière de Wakamatsu, et qui nous livre l’analyse la plus intéressante et riche.


Sortie Blaq Out.




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