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Clint Eastwood – "Au-delà"
Sorties salles
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En Asie, une journaliste française fait une NDE (Near Death Experience) lors d’un tsunami et s’en trouve totalement bouleversée. A San Francisco, un homme vit son don de médium comme une malédiction. A Londres, un jeune garçon est inconsolable de la mort de son jumeau inséparable et cherche à renouer le contact avec lui. Non, il ne s’agit pas du pitch du prochain film du spécialiste des separate life stories Alejandro González Iñárritu, mais bien, comme vous ne l’ignoreriez probablement pas de celui du dernier film de Clint Eastwood, Au-delà (Hereafter). L’analogie avec le cinéma du Mexicain est ici rendue encore plus forte par ce personnage de médium, de "traducteur" entre les vivants et les morts, qui était aussi la figure centrale du récent Biutiful. Evidemment, comme chez Iñárritu, ces trois destins parallèles illustrant trois rapports différents à un supposé au-delà (j’y suis allée et j’en suis revenue ; je le vois par personnes interposées ; je veux m’y connecter), vont finir par converger. Mais comme tout ceci est laborieux et paresseusement écrit… On vous en laisse le "suspense" mais cette convergence constitue le point final d’un film incroyablement scolaire, que l’énoncé des rapports à la mort des trois personnages principaux peut aisément laisser imaginer. Le montage d’Eastwood n’arrange rien au scénario de Peter Morgan (qu’on a connu plus inspiré, par exemple pour Stephen Frears – The Queen), qui fait consciencieusement alterner, toujours dans le même ordre, scènes parisiennes, californiennes et londoniennes. Avec un détour suisse chez un médecin spécialiste de la "fin de la vie" (Marthe Keller), apportant la caution scientifique à notre vaillante journaliste (Cécile de France) et la convainquant de briser la "conspiration du silence" de nos sociétés rationalistes sur la vie après la mort. "Guy Darbois, après la diffusion de ce film très fort en ouverture de ces Dossiers de l’écran "L’au-delà : et si c’était vrai ?", avons-nous déjà des questions au standard de SVP ?...". Pas très charitable de se moquer ainsi d’un aussi vénérable (et souvent admirable) cinéaste que Clint Eastwood (et puis on va se faire traiter de godelureaux par Michel Ciment…), mais on reste un peu confondu par la maladresse de son entreprise, tout en lui étant gré d’en écarter à peu près toute trace de religiosité ou même de spiritualisme sur un sujet qui ne demandait pourtant que ça (écueil qu’Iñárritu n’avait pas tout à fait évité mais son film propose une expérience cinématographique bien plus stimulante qu’Au-delà). Puisque Hereafter propose pratiquement trois films en un, la comparaison entre les trois est presque inévitable et trop tentante pour y résister. Elle donne d’ailleurs quelques regrets… ![]() Cécile de France se noie, mais Eastwood aussi...
Pas grand-chose à dire de la partie britannique, à peu près correcte malgré une scène choc d’attentat dans le métro londonien qui ne brille pas par sa subtilité. Cette partie commence un peu comme du Ken Loach (le contexte familial des deux jumeaux est très chargé, avec leur mère célibataire alcoolique et toxico, à qui les services sociaux menacent de retirer la garde de ses garçons) pour virer au quasi clin d’œil à Shyamalan ("Je veux voir des gens qui sont morts, en tout cas mon frère"). Eastwood n’y évite pas le pathos (certaines scènes peuvent être émotionnellement difficiles à supporter pour les parents, vous voilà prévenus) mais fait preuve d’une certaine sécheresse de ton et d’une frontalité assez culottées (la mort d’un enfant étant l’un des plus grands tabous du cinéma américain, mais L’Echange nous avait déjà prouvé qu’il ne lui faisait pas peur). Le déséquilibre vient surtout des deux autres parties ; et puisque le montage alterné du film est immuable, chaque intermède parisien nous fait attendre le suivant (l’américain, si vous avez bien suivi) avec impatience. Tout sonne faux dans le "Cécile de France movie", sans que l’on puisse dire si c’est le fait de le tourner en français (autre choix courageux) qui en est la cause. Ou celui de voir Clint investir le siège de Francetélévisions pour y tourner quelques scènes, puisque Marie Lelay s’avère être l’une des journalistes stars de France 2 (Lelay, France 2… on ignorait Eastwood assez friand de notre PAF – Paysage Audiovisuel Français – pour s’amuser de ce genre de facétie). C’est une réaction totalement stupide mais comment cacher que, tournées dans les locaux de CNN ou ABC, les mêmes scènes auraient moins prêté à sourire ?... Le reste baigne dans un luxe parisien factice, quand bien même notre simili Laurence Ferrari ne serait supposée fréquenter que des lieux upper class, mais c’est surtout beaucoup trop démonstratif. Cette partie "à thèse" plombe terriblement le reste du film. ![]() Bryce Dallas Howard et Matt Damon
C’est d'autant plus regrettable qu'il y avait certainement le germe d’un très bon film dans Au-delà. Comme par hasard, c’est sa partie américaine ; comme par hasard, Matt Damon en est l’interprète ; et, comme par hasard, c’est aussi la plus "prolétaire" du lot. Il y a belle lurette que l’existence de Clint Eastwood n’a plus rien de commun avec la classe ouvrière américaine ni même sa classe moyenne, mais il sait toujours les filmer de façon aussi juste et Matt Damon sait apporter les nuances nécessaires à son personnage de médium repenti, que la trop grande fréquentation des morts a empêché de vivre sa vie à lui. Engagée sous des auspices assez artificielles, même sa romance cruellement avortée avec la charmante Bryce Dallas Howard s’avère réellement touchante, renouant même, le temps d’un cours de cuisine, avec la sensualité subtilement érotique de Sur la route de Madison. Dommage que le film ne se cantonne pas à la seule destinée de George Lonegan (Damon) même si, l’espace du morceau de bravoure d’ouverture du tsunami * (comparable à la scène du débarquement d’Il faut sauver le soldat Ryan – Spielberg est d’ailleurs l’un des coproducteurs d’Au-delà), Eastwood nous démontre qu’il n’a pas de leçon à recevoir des nouveaux wonderboys hollywoodiens du cinéma d’action. * A condition d’accepter, comme ce cher Joseph Staline, que la presque mort d’une jeune et jolie Française soit une tragédie mais la mort de centaines de milliers d’Asiatiques (et d’autres anonymes touristes occidentaux), une statistique… Sortie nationale le 19 janvier 2011
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Commentaires
De : Florence "comme par hasard Matt Damon en est l'interprète" : comme cette phrase résonne agréablement à mes oreilles ! Pour être juste, Matt Damon était déjà l'interprète du assez nul Invictus.... Vive Gran Torino ! Insérer un commentaire : |
