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Claudia Llosa – "Fausta"

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Posté par Marion Oddon le 2009-06-26



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Il existe au Pérou un lien sacré qui traverse à la fois le temps et les âmes. Ces croyances ancestrales qui nourrissent les campagnes péruviennes ont également servi d’engrais aux films de Claudia Llosa. L’action de son premier long-métrage « Madeinusa », sortie en 2005, se déroulait durant la semaine sainte, lui donnant l’occasion de confronter les croyances d’un pays à sa réalité concrète. Avec « Fausta », La réalisatrice continue la monographie de sa terre natale sur un terrain plus engagé, rapprochant autochtones et riches héritiers blancs dans une histoire familiale sur fond de peur séculaire.

Si l’on comprend aisément toutes les raisons qui animent l’enthousiasme critique sur le film, on conçoit moins cette phrase introductive lancé par le distributeur français « Un film léger sur un sujet grave ». Pour ce qui est du sujet, effectivement la tonale est grave. Lancée dès les premières secondes sur fond noir, la mémoire plaintive d’une vieille femme que l’on devine mourante chante son histoire tragique, et son visage invisible s’amalgame à ceux de toutes les femmes victimes de viol de guerre.
 
 
Fausta, fille d’un père assassiné et d’une mère violée a contracté « la teta asustada », le lait de la peur. Elle est devenue une jeune femme qui, à l’image de son village perché sur une colline inaccessible, dresse des murs entre elle et la civilisation. Le film débute à la mort de sa mère, forçant la jeune Fausta à devenir adulte. Mais la mélancolie qui l’habite est sans borne, et semble presque hémorragique, drainant tous les malheurs possibles autour de la personne qui la porte en son sein.
 
Doit-on voir de la légèreté dans l’épure des dialogues et le quasi silence de Fausta ? Ou dans la naïveté enfantine du personnage, magnifiquement incarné par Magali Solier ? Ces mécanismes narratifs amplifient au contraire le regard sévère de l’actrice, qui n’est pas celui du jugement mais d’une incompréhension profonde et sans compromis à l’égard de ses semblables. Ces éléments renforcent le tragique de la situation, qui a défaut d’être légère ne tombe cependant jamais dans le mélo pathétique.
 
Le dispositif simple adopté par la réalisatrice, dont la caméra capture le grain et la couleur à merveille, permet d’assister à cette chronique avec une empathie exclue de voyeurisme, tout en décrivant de manière subtile les travers d’une société, où les différences de classe semblent accepter dans une apathie dérangeante.
 
Un film souvent cruel avec ses personnages, se rapprochant parfois de l’esprit cinglant de Kusturica, qui révèle justement ainsi leur vrai beauté au détour d’une image volée…
 
 
 
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Commentaires
De : Ishmael

Je m'attendais à quelque chose de plus surréaliste sans doute berné par cette belle affiche et la promo du distributeur effectivement! Du coup j'ai eu du mal à rentrer dedans avant d'être peu à peu touché par ce "lait de la douleur. J'ai trouvé qu'il y avait un peu un deux en un, entre les scènes dans le village qui sont assez âpres et lâches formellement, et celles dans la maison qui offrent une belle continuation esthétique de l'enfermement du personnage. Je ne sais pas si c'est l'actrice qui chante elle-même sinon, mais c'est une voix incroyable.

De : Ishmael

L'actrice Magaly Solier chante en effet aussi à côté:

http://www.youtube.com/watch?v=xNPazTCi5f0

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