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Claire Denis - "White Material"

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Posté par Guillaume Bryon le 2010-03-27



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Mention assez rare sur les affiches de cinéma, « un film écrit par » remplace au dessus du titre de White Matérial  la mention « un film de ». Avec son prix Goncourt, on se doute bien que le distributeur avait très envie de mettre particulièrement en valeur le nom de Marie NDiaye. Mais étrangement cet affichage reflète aussi bien ce que s’avère au final cette œuvre : c’est moins un film qui soit pleinement de Claire Denis qu’une collaboration,  à la fois avec cet écrivain mais aussi avec son actrice principale Isabelle Huppert qui vampirise ici une nouvelle fois un auteur et un long métrage.
 
L’une des premières déceptions du film est de voir Claire Denis sombrer dans la fascination pour son actrice principale,  y consacrant un zèle un peu vain avec lequel seul un Benoît Jacquot pourrait rivaliser. Pourtant la réalisatrice avait très bien réussi à intégrer deux stars à son univers dans Vendredi Soir… Mais il faut bien avouer qu’Huppert se prête beaucoup moins à la construction très volatile et essentiellement sensitive des personnages chez Denis, et qu’elle peut difficilement être appréhendée comme un Grégoire Colin, Isaach De Bankolé, Alex Descas, Michel Subor ou Denis Lavant. C’est d’ailleurs la première fois peut-être que Claire Denis suit à ce degré d’importance le parcours d’une femme, intègre la présence d’une actrice, hormis pour Béatrice Dalle qui n’a cependant jamais eu droit chez elle à un tel aspect central.
 
 
Maria Vial est un personnage très terrien, Denis le suggère à tout bout de champs en fondant les cheveux d’Huppert et sa silhouette avec l’ocre ambiant… Plastiquement  intéressant au départ mais vite lassant. Maria est une héroïne un peu trop campée sur ses certitudes, concrète et sans ambiguïté  pour que la caméra  sensible et très directe de Claire Denis (même quand elle est aérienne) soit véritablement à l’aise : elle se contente souvent d’enchaînements éculés de plans lumières/vents/mèches/nuques où l’actrice déambule dans ce qui vire un peu trop parfois à la pose. On attend un peu d’autres types d'images de la part de Claire Denis que de montrer Isabelle Huppert sur une moto lever ses bras au ciel… A contrario il est un peu décevant de ne pas voir Maria Vial plus directement dans son contexte de travail, dans sa plantation, moments à peine esquissés par la réalisatrice et qui auraient pu amener quelque chose de plus fort certainement au niveau formel.
 
Prisonnière d’un récit à l’architecture très différente de ce qu’elle écrit depuis quelques années avec Jean-Paul Fargeau, la respiration de sa mise en scène cherche à s’insérer dans une construction éclatée à base de flash-forward et de flash-back très symboliques pour appuyer le délitement, construction sans doute trop littéraire ici d’ailleurs. C’est là que la coscénariste, dont l’univers n’est pas foncièrement à mettre en cause, n’est sans doute pas la partenaire la plus adéquate pour Claire Denis qui travaille le rapport du corps à l’espace avec moins de bornes narratives et structurelles (certes Denis avait eu une collaboration réussie sur U.S Go Home avec la romancière Anne Wiazemsky, mais cette dernière avait plus tâtée du cinéma). Sans doute NDiaye et Denis travaillent-elles toute deux l’allégorique, mais Denis le laisse s’exprimer plus dans un sensitif brut et infime, emprunt d’une douceur où la violence prend toujours son envol sans crier gare. Ici tout est beaucoup plus raide et démonstratif.
 
 
Dommage car White Matérial part de postulats passionnant sur un colonialisme qui peine à s’éteindre, devenant progressivement un monde fantôme voir néo-mythologique… le tout associé ou complétant des thèmes stimulant sur le rapport entre la politique et le chaos en terre africaine, où Denis est nettement (mais trop rarement)  plus à l’aise à filmer des prises de pouvoir toute passagères, ou des intrusions d'enfants soldats ... Mais tout comme dans son film des mondes ne se comprennent pas, en cohabitant dans une disharmonie sourde, elle échoue à élargir son cinéma à un horizon plus classique. Sans doute ne s’y prête t’il pas. La conséquence : ce qui portait purement la marque de son univers fonctionne ici dans une forme rigidifiée  et caricaturale (la contamination accélérée du personnage de Duvauchelle, Michel Subor et Bankolé errant comme des fantômes égarés,  le geste de violence final d’Huppert…), tandis que le reste, fantasme lointain d’un récit narratif complexe et un tantinet nostalgique en cinémascope, est condamné à boiter. L’ancienne première assistante de Wim Wenders devrait prendre garde, son cinéma pourrait bien commencer à souffrir des mêmes maux que ceux dans lesquels ont sombré les derniers films de son ancien mentor…

Réalisé par Claire Denis. Scénario: Claire Denis et Marie NDiaye. Photo: Yves Cape. Montage: Guy Lecorne. Musique: Tindersticks. Avec: Isabelle Huppert; Christophe Lambert, Nicolas Duvauchelle, William Nadylam, Michel Subor, Issach de Bankolé... 102 minutes. 2;35:1



Retrouvez d'autres articles sur Claire Denis :

Claire Denis - "35 rhums"


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Commentaires
De : Noodles

Le premier Christophe Lambert chroniqué sur Culturopoing,champagne!

De : noodles

je n'ai pas écrit ce qui précède ..

De : noodles

je n'ai pas écrit ce qui précède ..

De : Ishmael

Un usurpateur! avec une majuscule en plus Rassure toi je crois savoir qui a écrit ce commentaire :D

De : Infernalia

Oui, l'homme aux multiples personnalités... :)

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