
|
Christophe Honoré - "Homme au bain"
Sorties salles
|
![]() ![]() |
|
Ce n’est pas encore avec Homme au bain (interdit aux moins de 16 ans parce qu’on y voit des sexes en érection) que l’on aura la réponse artistique à cette question qui nous taraude : est-il possible, hors la pornographie (un genre sexuel et cinématographique en soi, une quasi esthétique, envahissante, à vrai dire) de représenter le désir, la sexualité, le plaisir au cinéma ? Les récents films français qui, d’une manière ou d’une autre, ont eu cette prétention - Lady Chatterley (réfrigérant), Le Roi de l’évasion (queutard), Happy Few (non), ou Les Derniers jours du monde (pas vraiment réjouissant) -, s’ils ont fait preuve d’un poil d’audace (en gros, on voit de vrais morceaux de sexe, en particulier masculin – comme si d’ailleurs, cela suffisait à faire d’un film un film érotique) ne sont pas parvenus à donner une image du désir, à le représenter à l’écran. Peine perdue ? Probablement, car pour paraphraser Lacan, "s’il n’y a pas de rapport sexuel", il n’y a probablement pas non plus de représentation cinématographique du rapport sexuel. D’où cette affirmation, qui comme toute affirmation est à débattre : ce que le cinéma a su le mieux représenter, c’est la peur du sexe et du plaisir, et le vertige du désir (Hitchcock, Kubrick, ou au hasard, en mode plus mineur, Bertolucci avec The Dreamers). En tout cas, ce n’est jamais en étant explicite (comme si l’image des corps faisait écran) que le cinéma a été le plus érotique. Voilà un bien intéressant mystère. En attendant, Homme au bain met en scène la rupture entre deux amoureux, dont l’un est joué par un acteur présenté dans la presse comme une icône gay du porno (désolée je n’ai pas pu vérifier). L’un reste à Gennevilliers, l’autre part à New York et filme la tournée de Chiara là-bas (elle présente le précédent film de Christophe Honoré, Non, ma fille, tu n’iras pas danser). Au milieu de tout cela, des hommes font l’amour, parfois des filles font l’amour avec des hommes et un homme les regarde. Bon. Christophe Honoré dit s’être inspiré du tableau du peintre impressionniste Gustave Caillebotte, intitulé également L'Homme au bain : ![]() Et, en effet, la ressemblance est frappante. Le seul moment vraiment intéressant du film est d’ailleurs celui qui met en scène un rêve d’Emmanuel (dont la très belle photographie ci-dessous est tirée – très belle Chiara) et qui fait se succéder des images du tableau de Caillebotte et de la rencontre amoureuse fantasmée entre lui et Chiara. Tels les peintres impressionnistes, qui créait l’image en juxtaposant/superposant les touches de peintures, Christophe Honoré parvient, en quelques plans, par impressions et surimpressions, à créer une émotion et une lumière. De cette émotion et de cette lumière, de cette composition/recomposition de l’image, naissent enfin le trouble. ![]() Chiara Mastroianni et François Sagat
Pour le reste, on se demande en sortant de la séance ce qu’Honoré a bien voulu nous dire : la commande était de faire un film sur la banlieue – ce qui d’ailleurs est une commande assez idiote. On en conclut que, sans doute, il s’est agi de faire un non film sur la banlieue, ce qui est une bonne idée pour le coup. Au hasard de l’autoradio, on tombe sur une chanson de Jean-Louis Murat (entendu dans Actrices, de Valéria Bruni Tedeschi, film dans lequel joue Louis Garrel, lequel est de presque tous les films d’Honoré) qu’on écoute tout à coup différemment (les arts, ça fait associer, mélanger), et on se dit qu’elle illustre à merveille les impressions ci-dessus résumées, celles qui sont venues s’imprimer en nous à la vision de ce film : entre déception, interrogations et recherche poétique. On se contentera, donc, pour terminer ce texte, de reprendre à notre compte les mots muratiens, en y ajoutant (blasphème) quelques commentaires, afin de l’adapter à Homme au bain, somme toute une histoire de rupture, version fesses. Parfum d'acacia au jardin (Jean-Louis Murat – DVD live, Parfum d’acacia au jardin) Aucun rêve ne tient ce qu'il promet (surtout pas au cinéma) Aux coeurs en allés en lambeaux S'épuise ma vie en virelai Petite pichenette au boulot Que me fait la beauté des choses Si tout doit finir en chemin Oh, Dieu, pourquoi pas ma pomme (Q) Un parfum d'acacia (de genévrier, de Gennevilliers) au jardin A quoi sert d'aimer ce qui périt ? Petite pichenette où es-tu ? Tu travailles au néant, quelle folie Qui laboure, ce beau coeur, ce beau cul ? Que me fait la beauté des choses Si tout doit finir en chemin Oh, Dieu, pourquoi pas ma (grosse) pomme (New York) Un parfum d'acacia au jardin Quelles foutaises d'artiste amérindien (américain) Qui tient du gredin, du maraud Purpurine miss (mister), j'suis pas ton chien (faut voir la scène de la fessée) Luxure flottante, hisse ho (ça hisse ho, forcément) Que me fait la beauté des choses Si tout doit finir en chemin Oh, Dieu, pourquoi pas ma pomme Un parfum d'acacia au jardin Cherchant l'idéal un peu trop haut De sa voix chaude et tendre d'amant Jette en giboulées tout son boxon Mais dort sur le toit d'un wagon Que me fait la beauté des choses Si tout doit finir en chemin Oh, Dieu, pourquoi pas ma pomme Un parfum d'acacia au jardin Retrouvez d'autres articles sur Christophe Honoré : Christophe Honoré - "Dans Paris" Christophe Honoré - "Non ma fille tu n'iras pas danser" Christophe Honoré – "Les Bien-aimés"
Commentaires
De : bali bornu sur sa mote Je rêve ou on dit du mal des derniers jours du monde ? De : Florence Non, vous ne rêvez pas. Et aussi du "Roi de l'évasion". "Les derniers jours du monde" du point de vue de l'érotisme ça se pose là dans le genre pas joyeux (source de joie), désespéré, suicidaire (donc, culpabilisé. L'amour =la mort, le morbide, la fin du monde ?, y'en a marre!). De : Je m'en vais voir les ptites femmes de Bornu D'abord le film des Larrieu ne montre que des instants pré ou post coït et autres attouchements (je résume), c'est bien plus un film sur le désir que sur le sexe par exemple mais au delà c'est surtout un film qui a un l'apocalypse pour décor avec ce désir en guise de satellite et non l'inverse. C'est le désir qui tourne autour de la mort et non l'inverse, il y a une révolution Copernicienne à faire chez vous chère Florence avec ce film ;) De : Flo désir, vie, mort, tout ça c'est un peu pareil et ça se tourne autour. Je disais seulement qu'il est bien difficile de représenter le désir (dans un sens positif) au cinéma. c'était tout en fait, et ce n'est qu'un point de vue. Peut-être parce que le cinéma est un art de l'image ? De : Infernalia "Lucia et le sexe", très beau film sur le désir ! Et récemment dans "Kaboom", le sexe est libre, trivial et joyeux. Il existe quelques jolis exemples qui prouvent qu'il n'y a pas que le Breillat style. Personnellement je trouve que le cinéma de Brisseau avait aussi le mérite de s'interroger sur la question avec une certaine pertinence. Après, on a cet immense film sur le désir, le fantasme et le refoulé qu'est Eyes Wide Shut, mais qui devient un grand film d'angoisse... De : Au milieu coule un bornu Je crois au contraire Florence qu'il y a pas mal de films liés pous directement au désir et qui le représentent en pleine lumière, la première scène qui me vient à l'esprit est celle, je dois etre un peu bizarre, du film d'Eisenstein La ligne générale, cette exaltation palpable des sens !!! http://www.youtube.com/watch?v=pp3tkky924Y&feature=related Il faut couper le son par contre parce que cette mélasse électroide est abominable :( J'avais un autre extrait du même film en tete mais il est malheureusement inexistant sur youtube De : Florence Mais au fait quelqu'un a vu le film Homme au bain, à part moi??????? De : Elysia Ce n'est pas la bande-annonce qui va me donner envie d'aller voir ce film. Là où un Alfredson arrive à esthétiser la banlieue scandinave, en utilisant son architecture urbaine et ses lumières pour la rendre graphique, Honoré nous livre une photographie plate et ennuyeuse. Côté désir au cinéma, dans ce qui me vient à l'esprit Extase de Machaty ou Three times de HHH. Si le but visé est un portrait réaliste, le rapport avec Caillebotte, je ne le vois pas. Encore moins avec le texte de Murat d'ailleurs. Au moins touchera-t-il des droits d'auteur. Quant à s'inspirer d'un tableau... un peu ras-le-bol de cette mode du recyclage . Tout le monde n'a pas le talent d'un Greenaway pour s'y coller, ni sa sensibilité, ni sa connaissance de l'art. Etre inspiré tout court c'est quand même mieux pour réaliser. Concernant Eyes wide Shut, Infernalia, il me semble que le but de Kübrick est justement d'avoir voulu clore sa filmographie sur un testament alarmiste. sur une vision très pessimiste du monde contemporain. Un film anxiogène volontairement écoeurant que le personnage de Pollack résume très bien. J'y verrais même volontairement ou pas ( hum les producteurs) une bonne dose d'ironie dans le choix du couple Kidman/Cruise. Eyes Wide Shut est une pertinente analyse de la société vidée de toute substance, de faux désirs à force de trop vouloir posséder, du consumériste absolu qui remplace l'essence, le couple qui ne vit qu'à travers sa réussite matérialiste et des frustrations aliénantes, un cynisme exacerbé, des parties fines massonico-secreto-libertino inconsistantes où le corps ne trouve qu'une place de squelette ambulant désincarné. Donc de désir pour moi dans Eyes Wide Shut il n'y en a pas bcq plus que d'érotisme. A part dans la romance avec la prostituée. Tout juste des fantasmes éculés et une grande claque dans la gueule de la part de Stanley. De : Florence d'accord sur Eyes Wild shut, et dans le genre (la peur du désir, le faux désir, les frustrations aliénantes etc..) c'est un chef d'œuvre testamataire (seule note d'optimiste : la fin : Let's fuck). Le titre de JLM n'a rien à voir avec le film, c'est une association de hasard que j'ai faite. ce qui est vrai il me semble et que vous dîtes très bien, c'est que là où on est censé voir de l'érotisme, on voit du vide. Le body buildage de Sagat et son regard de petit garçon malheureux à sa maman produisent un contraste assez pathétique. De : Infernalia Pour Kubrick, il est évident qu'il y a cette critique sociale, cette violente ironie, cet humour cinglant, mais pas seulement. Moi je continue à y voir au delà de ça également une étude du désir et du fonctionnement du fantasme, du rêvé et du réalisé, du refoulé. C'est aussi pour cela que du rêve on passe rapidement à l'inquiétante étrangeté et au cauchemar. C'est à mon avis le film de Kubrick le plus proche de Shining. Il reste une étude sur le désir qui n'est pas vraiment sensuelle (quoique je trouve que la manière de rentrer dans l'intimité spontanée du couple est vraiment belle dans ses premières scènes) mais plus observatrice. D'ailleurs, il restitue parfaitement bien l'atmosphère de la nouvelle de Schnitzler et l'on en retrouve tout le climat freudien et viennois. Je le rapprocherai à ce niveau du sublime Bad Timing de Nicholas Roeg, fabuleuse immersion dans les névroses du couple et les pulsions humaines. De : Florence Oui je suis d'accord sur Eyes Wild shu Infernaliat, c'est un grand film, ironique aussi, voire humoristique (sur ce pauv' Cruise) et incroyable sur l'imbrication rêve/réalité/fantasmes... et bien flippant comme il faut. ce qui est incontestablement une dimension incontournable du désir (la flippation si je puis dire). Insérer un commentaire : |
