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Bruno Podalydès - Bancs-Publics (Versailles rive droite)
Sorties salles
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L’heure est grave à l'heure de visionner le nouveau film de Bruno Podalydès, Bancs Publics. Elle est grave essentiellement par le sous-titre du film : Versailles rive droite, film qui clôt la trilogie qui a donné deux petits bonheurs de film, Versailles rive gauche et surtout Dieu seul me voit. L’heure est au sérieux et à la sourcilleuse concentration donc alors que les échos entendus ça et là parlent d’un film chorale avec une bonne partie du patrimoine du cinéma français (d’Elie Semoun à Catherine Deneuve en passant par Claude Rich, Josiane Balasko ou encore Pierre Arditi) avec les écueils (les dangers d’un film à sketches, les cabotinages des uns et des autres, le côté « ah tiens il y a machin là au fond » etc.) Podalydès suit dans ce film toujours le même fil cinématographique : le film de bande côté casting (il est fidèle à tous ses acteurs des films précédents une fois encore) et le quotidien qui dérape doucettement et vire au surréalisme du côté de l’intrigue. Visant sans doute à garder le public plus vaste venu à lui après les deux adaptations des aventures de Rouletabille il infuse ici son art dans l’eau tiède d’une tasse en porcelaine.
Commençons par lister les choses déplaisantes du film qui, s’il évite finalement le piège de la litanie des apparitions de célébrités venues passer la journée à Versailles, apporte toutefois avec lui son lot de déceptions.
La conviction en premier lieu que Bruno Podalydès a le plus grand mal à filmer l’émotion amoureuse frontale, celle des mots avant tout (alors qu’il est parfait quand il s’agit de démasquer les petits gestes ou les allusions verbeuses qui trahissent ce sentiment comme dans « Dieu seul me voit »), ainsi les quelques passages supposés émouvoir ou du moins illustrer les joies et les peines de cœur tombent à plat (le rôle de la pourtant excellente Isabelle Candelier notamment mais aussi la scène finale).
La gêne ensuite en regardant une (heureusement) brève séquence dite des voisins avec son lot de caricatures à tee-shirt marcel derrière la chaîne qui les protège du monde extérieur, une séquence qui consterne au regarde de l’habituelle subtilité de Podalydès. Ce sont encore les attachants Michel Aumont et Claude Rich qui philosophent à la petite semaine du haut de leur grand âge et de leur sagesse au milieu du spectacle du monde (« All the squares are a stage » aurait pu entonner Bruno Podalydès s’il s’était appelé William). C’est enfin le nullissime Elie Semoun, toujours engoncé dans le même rôle de petite frappe arrogante mais inoffensive (depuis toujours non?) et qui parasite bien trop longtemps l’image de ses mimiques ultra-convenues. La preuve par l’exemple qu’on peut être efficace à la scène et consternant au cinéma, le problème avec lui c'est que les preuves s'amoncellent le concernant sans pour autant qu'il soit mis hors d'état de nuire (il n'y aurait pas un Cyrano côté production ou autres à le faire taire au nom du bon goût?).
Voilà des griefs inhabituels pour le cinéma de Bruno Podalydès qui nous avait habitués à l’excellence jusqu’ici quand il était question d’idées originales (je segmente volontairement sans les rabaisser les deux adaptations successives des aventures de Rouletabille).
Alors panne d’inspiration ? (on sent clairement que l’idée de départ déboule rapidement sur une impasse dont se sortent les scénaristes (le cinéaste avec l’aide de son frère et d’Olivia Basset) en situant l’action sis au square puis au magasin de bricolage sans les lier ou presque à l'intrgiue initiale.
Ou alors désir de succès plus large quitte à forçer un peu le trait (côté casting et côté nitrigue) ? L'envie d'un succès public plus large mais aussi d'un succès professionnel histoire de se faire une place plus confortable au sein de la grande famille du cinéma français?
Peut-être un peu tout ça.
![]() Toutefois il convient de dire (enfin !) que « Bancs Publics » est tout de même (et en dernier ressort) un bon film, agréable et par moment d’une belle et riche subtilité.
Car au-delà des cadres d’action et des épisodes narrés plus en amont le film comporte son lot de petites scènes drôles et cocasses, de ces accidents du quotidien dont Podalydès se fait lle chantre et qui pimentent la non-narration de tout leur sel.
Deux noms émergent peut-être plus que d’habitude dans son cinéma, ceux de Tati et Resnais. La grande admiration du cinéaste envers Alain Resnais peut se voir d’abord dans le projet même, celui d’un film qui le rapproche des derniers films du maître (« On connait la chanson » en premier lieu dont le dernier plan du film sonne d’ailleurs comme un joli clin d’œil), une admiration proche de celle d’un dévot d’ailleurs tant on sent aussi que Podalydès n’ose pas encore, par pudeur peut-être, lâcher complètement la bride et aller plus loin dans le grand manège des sentiments (on en est encore de ce côté-ci au petit manège de quartier quand Resnais c'est la Foire du Trône).
Tati c’est symboliquement le « manège » justement du square qui évoque celui de Jour de Fête comme egalement le rond-point de Playtime et sa farandole de quidams, c’est ecnore une scène où une étagère brinquebalante est traitée comme un malade qu’il faut réanimer, et soigner, c’est aussi et surtout une grande imagination pour créer des objets aussi inutiles que singuliers (comme dans Mon oncle ou encore Traffic, les plus grands moments comiques du film sont sans doute les démonstrations de tous les outils ou accessoires improbables que proposent le magasin Brico’Dream, un épatant et jubilatoire bric-à-brac qu’on se retient de lister pour vous garder quelques plaisirs vrais de la découverte.
Autre clin d’œil inattendu par d'épatants poissons rouges de synthèse, lointains cousins de ceux proposés par Wes Anderson dans La vie aquatique. Un Wes Anderson qu’il rejoint également dans leur goût du doux surréalisme des petites choses.
Bruno Podalydès aime aussi choyer ses plus grands fans en disséminant ici ou là quelques petits rappels de ces films d’avant, comme la scène de l’aviateur de Dieu seul me voit (juste après l’apparition à l’image de Cécile Bouillot évidemment) sans oublier le petit gimmick d’Odile de la Touze (le nom y est prononcé tout comme apparait l’actrice qui lui donne voix et corps dans Versailles-Rive gauche).
Une autre savoureuse idée du film est de donner le même vocabulaire de motivation anglicisée tant au directeur d’une société d’un certain standing qu’au responsable du magasin de bricolage du coin. Cet humour (car c’en est un) du verbe est dans les deux cas rehaussé par l’impact « limité » auprès des employés, là-encore le Tati de Mon oncle ou de Playtime n’est pas loin. Citons sinon côté acteurs l’excellence de Michel Vuillermoz, tout en froncement de sourcils et voix douce, voilà un acteur à chaque fois différent et à chaque fois juste. Mention aussi à Pierre Arditi, excellent en chef d’entreprise bougon et nerveux.
Un mot enfin sur l’acteur Bruno Podalydès. Dans Liberté Oléron il avait su créer un inoubliable vendeur-bateleur de bateaux au gré d’une gestuelle irrésistible et de mots bien sentis et enrobés d’une bonne couche de connivence forcée avec le "client", il se limite ici au verbe, celui d’un responsable de magasin de bricolage parlant marketing à une sacrée bande de bras cassés (en-dehors d’Olivier Gourmet, parfait en expert déphasé du bricolage) et surinvesti de sa mission. Son verbe fait mouche et il se construit ainsi, discrètement, une petite place de choix dans les characters mémorables de son cinéma. En bon démiurge de plateau, et après Sabine Azéma dans Le parfum de la dame en noir, il s’est réservé une scène curieusement longue avec Catherine Deneuve qui respire le simple plaisir (fantasme?) de jouer avec cette grande dame (ici très bien dans un rôle de nostalgique épleurée). Il éclipse presque comiquement son frère, au rôle certes plus diversifié. Bancs publics est au final et malgré tout un film très attachant. Bruno Podalydès nous propose toujours son irrésistible patte, certes diluée, cette observation gentiment décalée qui fait mouche à chaque fois ou presque. Les amoureux des deux premiers Versailles devraient y trouver leur compte nonobstant quelques moments d’inattendue platitude, les néophytes devraient y découvrir un cinéaste attachant.
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Commentaires
De : Aïe Non, j'étais vraiment TRES bien disposé en allant voir ce film, mais je l'ai perçu comme un échec total, près de deux heures d'ennui, avec quelques éclats de rire. Mon impression, c'est que quand on a une telle brochette d'acteurs, on ne peut pas les couper au montage, même si la scène ne fonctionne pas, même si ils n'ont pas été bons, même si c'était la "participation exceptionnelle" de trop à la fin d'une carrière bien longue pour certains. Le format de Versailles Rive gauche (45mn) aurait bien suffit, on se serait bien marré... Insérer un commentaire : |
