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Brian de Palma - "Redacted"

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Posté par Leo Percepied le 2008-02-13



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Près de 20 ans après Outrages, Brian de Palma dénonce encore une fois une guerre menée par son pays en relatant le viol commis par des soldats américains revanchards après la mort de l’un des leurs. Faire le remake d’un des ses propres films est le moyen par lequel le cinéaste entend exprimer sa révolte contre une Amérique qui n’a absolument rien retenu des erreurs du passé ("Puisqu’ils répètent les mêmes erreurs je dois répéter le même film !") mais cela lui permet aussi de proposer une fascinante réflexion sur l’évolution du traitement des images.
Si le fond n’a pas changé la forme se révèle en effet totalement différente. Depuis Outrages le paysage audiovisuel a effectivement été totalement chamboulé : la démocratisation et la miniaturisation des moyens de production audiovisuelle permettent maintenant à chacun de produire des vidéos qui, grâce à Internet, peuvent être diffusées aux quatre coins du monde dans la minute. Cette profusion d’images ne pouvait laisser indifférent un cinéaste qui a toujours mis au cœur de son cinéma la réflexion sur le pouvoir des images. Il n’est donc pas surprenant que le premier cinéaste à prendre en compte de façon aussi radicale cette nouvelle donne soit De Palma.



La narration se fait donc par l’enchevêtrement de plusieurs sources que De Palma assemble avec une grande maestria : le journal vidéo d’un GI, une caméra de surveillance, un documentaire français, des reportages de la télévision iraquienne ou américaine, des vidéos de propagande d’Al Qaida, des conversations sous Skype, des vidéos issus de blogs etc.
On pourrait parler de faux documentaire mais cela ne serait sans doute pas totalement exact dans le sens ou il n’y a ici nulle ambiguïté. Nous ne sommes pas devant Punishment Park et, dès le carton d’intro, De Palma ne laisse planer aucune doute sur la réalité de ce que l’on voit : Il s’agit bien de fiction et jusqu'à la dernière séquence il sera toujours montré ostensiblement que tout ce que l’on voit est de la fiction (même si décrivant des faits réels). La qualité de la photo et des cadres, la gestion du hors champs, le jeu des acteurs, le GI qui lorsqu’il se filme dans le miroir se tient légèrement de coté pour bien montrer qu’il n’y a pas de miroir mais une autre caméra qui le filme, tout cela ne laisse aucun doute sur la nature des images et ce n’est évidemment pas un hasard.



Cinéaste du remake par excellence De Palma ne se contente donc pas de faire le remake de Outrages mais propose aussi le remake de vidéos réelles collectées sur le net.. On sait que De Palma envisageait initialement de mettre directement ces vidéos dans son film ce qui n’a pu être fait pour des problèmes de droit. Rétroactivement, cette contrainte apparaît salvatrice car retourner ses séquences les enrichit considérablement en créant différents niveaux de lecture. Cela permet par exemple à De Palma de mettre en exergue la façon dont les GI se mettent en scène lorsqu’ils se filment ou d’adopter un ton parfois parodique (Haendel sorti de Barry Lyndon pour habiller le documentaire français) qu’il n’aurait sans doute pas pu se permettre en reprenant directement le matériel d’origine. Les images données à voir portent alors en elles leurs propres critique et cette autocritique devient un des motifs du film.

Le but avoué est de révéler à l’Amérique ce que les médias traditionnels ne montrent pas. C’est sans doute naïf et oublier un peu vite que nombre de vidéos dont le réalisateur s’est inspirées ont sans doute été vues bien plus de fois que ne le sera son film mais cette foi en le cinéma est on ne peut plus louable. Cette envie de révélation atteindra son apogée lors d’un diaporama final dévoilant une succession de photos réelles (sauf 2) insoutenables de victimes irakiennes du conflit. On n’est pas dans la demi-mesure mais bien dans l’excès quitte à risquer l’obscénité.
Il ne s’agit donc pas juste de refaire Outrages mais de le refaire en frappant bien plus fort ! Cette envie d’en découdre est perceptible pendant tout le film mais éclate de façon violente au cours de cette séquence finale.
Le film n’est pas totalement réussi sans doute parce qu’il ne pouvait en être autrement du fait de sa dimension expérimentale. (Par définition l’expérimentation est faite d’échec). Reste qu’il constitue une proposition de cinéma radicalement ancrée dans son temps qui ne devrait pas rester sans suite.



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