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Bill Plympton - "Push Comes to Shove"

Hors Actu
Posté par Nola Rice le 2007-09-30



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Bill Plympton, cet artiste américain (quasi) autodidacte, tout droit sorti de la contre-culture des seventies et de l'underground new yorkais, au style trash et déjanté ?
Un trait atypique, brouillon voire esquissé, des corps qui explosent, une sexualité qui dégouline du cadre (et du titre de certains films : Sex and Violence (1997), More Sex and Violence (1998)) : tout un programme.

Push Comes to Shove, court métrage sorti en 1991, qui devient ensuite partie intégrante du premier long métrage de Plympton, The Tune (1992), contredit justement ce que nous venons de dire. Ici pas de sexe, un trait plutôt net, deux personnages face à face sur un fond uni. Ne soyez pas déçus, la suite vaut le déplacement.

Les coups que les personnages se donnent tour à tour vont en effet être digne de ceux visibles dans les films où sévit Screwy Squirrel, et pour cause : Push Comes to Shove montre l'évidente filiation entre Plympton et le maître Avery.
Mais Plympton va pousser le minimalisme averyen à son maximum. Réaliser un sketch sans aucune narration, comme simple enfilade de coups portés d’un personnage à un autre, en plan fixe, est une version très épurée des cartoons de Tex Avery. Ce dernier ne cherchait en effet pas à construire de scénario mais juste une toile de fond à tous les supplices que les toons pouvaient (se faire) subir. Cependant, on trouvait toujours un décor dans ses films, et des personnages qui ne cachaient pas leur enthousiasme à donner/recevoir des coups.
Ici, point de course poursuite, et deux personnages plutôt avares en émotions. Plympton démonte la mécanique de Tex Avery et la remodèle à sa façon, dans son style épuré, franc, direct.

Push Comes to Shove


Le meilleur pour la fin ? Après l'avalanche de chocs et de tortures, c'est une pichenette qui fera fondre l'un des deux personnages en larmes. Les temps ont changé, le hurt gag de Tex Avery a été retravaillé, voire inversé. Chez Plympton, l’idée de disproportion que l’on trouvait dans le hurt gag est encore à l’œuvre mais d’une nouvelle manière ! Peut-être pouvons-nous expliquer ce penchant de Plympton pour l’exagération, visible notamment dans Push Comes to Shove, en citant l’animateur lui-même, à propos de Tex Avery et de son cartoon Northwest Hounded Police (1946, pour la MGM) :

La partie de Northwest Hounded Police dont je me souviens le mieux, c’est le hurlement perçant du loup. Tex l’utilisait souvent mais il était chaque fois plus strident, au point de se muer en un son complètement abstrait et finalement en une nouvelle forme d’art. Je pense que cette façon de procéder est essentielle pour atteindre la plénitude de l’humour. Prenez une vérité première –la peur, qui s’exprime par un hurlement perçant- et exagérez la. Ainsi, cette réalité gagne en fraîcheur ; elle est différente et surprenant. Cela fait rire les gens. Et Tex était un maître du genre.


Outre Tex Avery, le film fait référence à un animateur tchèque, Jan Svankmajer, et à son film Les Possibilités du dialogue (1982) dans lequel deux personnages se faisant face se détruisent (en se mangeant) pour se donner une forme humaine. Chez Plympton, la destruction de l’un des personnages par l’autre va aussi mener à plus d’humanité, émotionnelle cette fois, puisque celui qui pleure va finalement être consoler par l’autre, aussi surpris que nous de l'effet suscité par ce dernier coup.




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