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Bertrand Tavernier – "Dans la brume électrique"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2009-04-18



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Comme nombre d’intellectuels de gauche français (et comme beaucoup de Français, plus généralement), Bertrand Tavernier entretient un rapport ambivalent avec les Etats-Unis : une critique acérée de la politique sociale et internationale américaine doublée d’une fascination pour sa culture. On connaît depuis des décennies sa connaissance encyclopédique et sa formidable capacité d’analyse du cinéma hollywoodien (particulièrement celui de l’âge d’or), mais son amour tout aussi passionné pour le blues, le jazz ou la littérature américaine n’est pas plus à démontrer.
Pour autant, lorsqu’il s’agit de défendre l’exception culturelle française (notamment face aux visées hégémoniques des majors US), Tavernier est aussi en première ligne. Et son cinéma, à quelques rares exceptions près (La Mort en direct et Daddy nostalgie, ses deux films anglophones, Mississipi Blues, documentaire coréalisé avec le vétéran Robert Parrish dans les années 80, sans oublier Autour de minuit, bien entendu), est même terriblement "français", dans ses sujets et dans son style. Il est à cet égard symptomatique que, quand il adapte le génial Jim Thompson, il en fait un film ancré dans l’histoire (coloniale) de la France (Coup de torchon), loin du cadre du roman original (1 275 âmes). Dieu sait si cette "francitude" lui a d’ailleurs été suffisamment reproché par une certaine frange de la critique, avec une virulence souvent injuste : dans la balance, ses réussites artistiques pèsent plus lourd que ses échecs, pour ne pas parler d’un succès public le plus souvent au rendez-vous.

C’est dire si son premier vrai film américain suscitait la curiosité. Enfin, Tavernier allait se mesurer, à travers le temps, à ses cinéastes chéris, sur leur propre terrain, et dans un genre ô combien américain, le polar. Qui plus est, le contexte géographique, historique et social du roman adapté (Dans la brume électrique avec les morts confédérés, de James Lee Burke), situé en plein Sud (Louisiane) autrefois ségrégationniste et en appelant au souvenir de la Guerre de Sécession, permettait également a priori à Tavernier de délivrer quelques "messages politiques" dont ses films sont souvent coutumiers, avec parfois une subtilité relative qui est aussi portée à son débit par les mêmes critiques.
A la vision du résultat, on se demande si, conscient d’être attendu au coin du bayou, Tavernier n’a pas délibérément choisi de la jouer très low profile. Je ne suis pas sûr que l’on puisse parler d’un "style Tavernier" de mise en scène (même dans ses plus grands films), mais le filmage est ici assez impersonnel, et n’a, en tout cas, rien de "français". Quant au sous-texte politique du film, il est assez paradoxal : il est par exemple fait référence aux conséquences sociales de l’ouragan Katrina (alors que le roman, écrit au début des années 90, n’en fait évidemment pas mention) mais d’une façon tellement elliptique que ça n’apporte pas grand-chose à l’intrigue. Comme si, le cul entre deux chaises, Tavernier voulait nous dire deux trois choses de l’Amérique de Bush (le film a été tourné au printemps 2007), mais les gardait plutôt pour lui.

Tommy Lee Jones et Mary Steenburgen


Tout ça ne prêterait guère à conséquence si le cahier des charges du film de genre efficace était respecté. Or, Dans la brume électrique se heurte à un étrange problème de rythme. On pouvait compter sur Tavernier pour ne pas se compromettre dans un montage à la Michael Bay, genre trois plans à la seconde. Non, le film prend plutôt son temps, ce qui est une excellente chose, au rythme que l’on suppose être celui de l’indolence louisianaise (ah, clichés, quand vous nous tenez…). Mais le paradoxe, c’est que la plupart des scènes du film, notamment les scènes d’atmosphère plutôt que d’action, s’avèrent trop courtes ou trop elliptiques pour nous permettre de vraiment rentrer dans l’histoire et surtout de nous attacher aux personnages. Pire, même, d’y croire vraiment. C’est peut-être déjà un défaut du roman (que je n’ai pas lu), mais les interactions un peu trop parfaites entre les personnages finissent par paraître très artificielles. La base même de l’intrigue pose un gros problème (attention, ici, spoiler alert, comme on dit sur certains sites : ce qui suit va vous révéler l’identité du serial killer du bayou !).
Dave Robicheaux (Tommy Lee Jones) appréhende par hasard une star de l’écran en tournage dans le coin et complètement bourré au volant de son bolide (Peter Sarsgaard, qui forme avec Kelly Macdonald un couple de stars au glamour totalement improbable), qui lui avoue rapidement avoir aperçu des ossements humains en tournant une scène de son film (pourquoi diable n’en a-t-il averti personne avant ? mystère !). Ce squelette s’avère être celui d’un prisonnier noir évadé 40 ans plus tôt et tiré comme un lapin par deux notables racistes locaux sous les yeux, je vous le donne en mille, de Robicheaux jeune adolescent lui-même, mais qui mettra tout le film à faire remonter à sa mémoire cet épisode refoulé. Attendez, ce n’est pas tout ! L’un des tueurs s’avère aussi être le serial killer particulièrement ignoble que Robicheaux traque depuis le début du film. Doit-on rajouter que tous deux ont travaillé ensemble comme flics et se connaissent en fait parfaitement bien ?

Buddy Guy et Tommy Lee Jones


Tavernier ne semble pas très à l’aise à diriger ses comédiens. En particulier, le face-à-face antagoniste assez prometteur entre Tommy Lee Jones et John Goodman s’avère très décevant. Le rôle de Goodman est mal écrit (on ne félicite vraiment pas le couple Kromolowski, déjà auteur du script de The Pledge, pour Sean Penn), la relation entre les deux personnages (amis d’enfance à l’origine) bien trop flottante et, là encore, artificielle.
On ne perçoit pas très bien non plus la fonction des scènes de dialogue entre Robicheaux et le général confédéré John Bell Hood qui, d’entre les morts, vient manifestement lui révéler des leçons de vie auxquelles le spectateur reste assez étranger. Malgré la belle présence minérale de Levon Helm (bien plus connu comme batteur et chanteur de The Band !) dans ce rôle spectral, Tavernier semble peu doué pour l’onirisme, dont son cinéma n’est d’ailleurs guère familier…

John Goodman et Tommy Lee Jones


Tous ces problèmes de construction nous font finalement demander si cette version director’s cut exploitée en France est celle qui rend le plus justice au film ! Car les choses se sont mal passées entre Tavernier (par ailleurs co-producteur via sa société Little Bear) et ses producteurs américains, au point que ceux-ci ont décidé de remonter et raccourcir le film (d’un quart d’heure, quand même), et de lui adjoindre une nouvelle voix off pour l’exploitation aux Etats-Unis, où le film n’a d’ailleurs connu qu’une sortie DTV (Direct To Video, in french, Dans Ton Vidéoclub ?). Au moins, cet épisode fait-il de Bertrand Tavernier un vrai cinéaste américain, bizuté comme il se doit par les méchantes majors, mais qui sait si la version US n’est finalement pas meilleure ?...

Dans un style de film assez proche, John Sayles (ici présent sous forme de clin d’œil) avait livré un Lone Star autrement plus convaincant en 1996.






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Commentaires
De : Manny

J'aime bien la photo avec John Goodman et Tommy Lee Jones...lol

De : noodles

"lol" ......mdr !!!!

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