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Benoît Delépine & Gustave Kerven – "Mammuth" (avant-première)
Sorties salles
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Avec Louise-Michel, le singulier cinéma du couple Benoît Delépine / Gustave Kervern avait déjà franchi quelques caps, à son échelle encore relativement modeste : économique avec la présence au générique de deux "quasi têtes d’affiche" (Bouli Laners et surtout Yolande Moreau, pas encore couronnée d’un César pour Séraphine), médiatique avec une charge anti-patronale faisant écho aux agissements de plus en plus fréquents des "patrons voyous", esthétique avec le passage à la couleur après le noir et blanc assez charbonneux d’Aaltra et Avida. Assez logiquement, le réel succès public (près de 400 000 entrées France en fin de course) fut cette fois au rendez-vous, après le succès d’estime de leurs deux premiers films. Mammuth et son casting choc, symbolisé par la quatrième reconstitution du duo Depardieu / Adjani (même si cette dernière ne tien qu’un rôle secondaire, mais fondamental), semble franchir encore un autre cap mais pouvait aussi faire craindre au soudain affadissement du propos, loin des rasades de l’alcool fort grolandais qui ont fait connaître Delépine / Kervern (ainsi que les Guignols de l’info période "historique" pour le premier nommé, bien évidemment). On a la sensation, ça n’est peut-être pas délibéré, que le regard qu’ils portent sur leurs personnages est en effet un peu différent, peut-être plus doux, plus poétique aussi que dans Louise-Michel. On peut le déplorer (c’est le cas de certains des rédacteurs de Culturopoing (1)), on peut aussi y voir le signe d’une maturité de cinéastes grandissante. Le point de départ de Mammuth n’est pourtant pas si différent de celui de leurs autres films. En gros, celui des vaincus, de la vie et du système économique, même si le film est moins frontalement politique que Louise-Michel (ne serait-ce que dans son titre, évidemment). Serge, dit "Mammuth", après une dure vie de labeur ininterrompue et l’ayant conduit à faire un peu tous les métiers, n’en a pas fini avec le monde du travail une fois la retraite sonnée. Pour pouvoir bénéficier de toutes ses fameuses annuités à l’inflation galopante, il doit se mettre à la recherche d’une dizaine de "papelards" attestant d’une vie de travail réduite à pas grand-chose. ![]() Yolande Moreau et Gérard Depardieu
Delépine / Kervern auraient pu jouer sur du velours et aligner les charges contre les patrons dégueulasses qui, n’ayant pas déclaré Serge en leur temps, le foutent aujourd’hui dans la précarité. Ils ne s’en privent pas totalement mais ça n’est pas leur propos, ces quelques scènes de retrouvailles, parfois avortées, avec les anciens employeurs étant plutôt l’occasion de provoquer la comédie et de tourner avec des potes (Siné, Rémi Kolpa-Kopoul, Philippe Nahon, Dick Annegarn…). Les copains, c’est, depuis le début, l’un des principaux ingrédients du duo. C’est aussi une façon de faire de Mammuth le salarié moderne malgré lui, tel que rêvé par le Medef : flexible, mobile, docile ("Si je ne t’ai pas déclaré à la caisse de retraite, c’est parce que t’es CON !", lui balance cyniquement Siné en patron viticulteur, quasiment pas un rôle de composition). Voilà pour l’un des aspects de Mammuth, celui qui le rattache le plus évidemment à Louise-Michel. Mais le film a une autre dimension, ayant beaucoup à voir avec la nostalgie, comme le revendiquent clairement ses auteurs. C’est un peu son côté Broken Flowers, même si la quête est ici bien différente (rappelons que, chez Jarmusch, Bill Murray faisait le tour de ses anciennes amours afin d’identifier la génitrice d’un fils découvert tardivement). En plus d’avoir raté sa vie "matérielle" (aucun risque de le voir arborer une Rolex au poignet), Mammuth, au début du film, a aussi raté sa vie amoureuse, comme le récit le dévoile peu à peu, au fil des apparitions littéralement fantomatiques d’Isabelle Adjani. La nostalgie de Mammuth pour cet amour d’adolescence brisé fait forcément aussi écho au passé cinématographique du duo Adjani / Depardieu (on pense à Barocco plus qu’à aucun autre film, sans doute parce qu’Adjani y état à peine plus âgée alors que son personnage dans Mammuth). Cette dimension ajoute une vraie émotion au film, renforcée par l’utilisation du 8 mm, qui donne souvent un énorme grain à la pellicule, comme sur les home movies d’avant le passage au tout numérique, auquel le film fait un joli pied de nez esthétique. ![]() Isabelle Adjani et Gérard Depardieu
Au final, le seul élément du film qui pourrait empêcher l’adhésion totale, c’est curieusement Gérard Depardieu. Non pas qu’il y soit mauvais. Il est en tout cas bien loin du cabotinage et de son auto-caricature. Il joue la sobriété, l’effacement, au diapason de son personnage. Difficile de définir plus précisément ce qui cloche et donne cette impression que Depardieu traverse le petit monde de Delépine / Kervern davantage qu’il ne l’investit. Tout le contraire de Yolande Moreau, dans un rôle bien moins mutique et renfermé que celui de Louise-Michel. Ou que la très étonnante Miss Ming, totalement lunaire et ingénue dans celui de la nièce de Mammuth (2). Sur un registre différent, plus classique, moins iconoclaste, la fin de Mammuth laisse parler l’espoir, comme celle de Louise-Michel. Au bout de sa route, on ne sait pas très bien si Mammuth a réussi à rassembler tous ses papelards mais il a fait la paix avec lui-même et accepté de laisser l’amour entrer en lui… (1) Cette critique ne parle donc qu’en mon nom propre et est une nouvelle preuve que, lorsque le choix se présente, nous préférons généralement chérir que punir… (2) Son côté enfantin et son rapport ambigu avec son oncle ressemble presque à un lointain écho, peut-être parfaitement involontaire du très beau Cybèle ou les dimanches de Ville d’Avray, de Serge Bourguignon (1962), qui vient enfin de ressortir après des décennies de quasi oubli… Sortie nationale le 21 avril 2010
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Commentaires
De : and she's buying a stairway to bornu L'un "certains des rédacteurs de CUlturopoing" a été grandement déçu en effet, l'impression à la réflexion que la volonté du "tout est poésie" trouve ici son mur (ou son platane, pour reprendre la métaphore motyclée) tant les personnages semblent artificiellement décalées (fait curieux au regard du sublime Louise-Michel à la trame pourtant bien plus improbable que ce réalisme-là). L'impression peut-être que les réalisateurs ont tout fait trop vite, trop vite écrit, trop vite filmé (même si le film se tient de ce coté-là), trop vite choisi Depardieu (pas mauvais du tout mais peut-être victime de son statut, on ne voit que lui faisant (très bien) l'acteur, pas un personnage, c'est du moins mon sentiment), trop vite pris The Wrestler comme idée de départ (La dégaine très Rourkienne de Gégé, la scène calque du supermarché) et puis surtout trop vite le film perd de son intéret alors qu'il commence très bien (superbes scènes inaugurales, superbe séquence absurde au supermarché, juste avant que the wrestler entre en scène). Une déception donc De : Denise Grey cé le Mamuth Voici une déclaration de Jules Edouard Moustic au sujet de l'émission groland et des modifications effectuées la rentrée passée sur le contenu du programme, je trouve que ca colle parfaitement avec ce qui me gene dans ce film : "On était allé très loin dans le pauvrisme et on s'est aperçu que tout accumulé ca faisait vulgaire" De : Marion Pour ma part j'ai totalement adhéré au film malgré mes préjugés... Et j'ai peut-être l'esprit plus grolandais que de raison mais dédier ce film à Guillaume, qui ne connaitra jamais les âffres de la retraite, et bien moi je ne trouve pas ça vulgaire, mais bien plutôt outrageusement poétique... Insérer un commentaire : |
