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Benny & Joshua Safdie - "Lenny and the Kids" (Avant-première)
Sorties salles
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Ancré au cœur de New-York, « Lenny and the Kids » respire cette singulière atmosphère qui colore la ville, où la symétrie des rues heurte la fragilité des êtres, et où la folie marginale côtoie la rigidité des gens pressés.
Etrangement, ce film où circule principalement des hommes a fait écho en moi à de nombreuses actrices tout aussi désemparées et fragiles que le personnage principal du film des frères Safdie. De Gena Rowlands à la touchante Barbara Loden (femme d’Elia Kazan, mais surtout réalisatrice du magnifique « Wanda », réalisé en 1972), en passant par Anna Thomson, la Sue perdue dans Manhattan d’Amos Kollek (sortie en France en 1997). Cette sensibilité qui se dégage de la pellicule, à la fois nerveuse et ténue, n’est pas pour rien dans cette impression. Cette empreinte place les frères Safdie en descendants directs du cinéma indépendant new-yorkais des années 70’. Un cinéma libre et névrosé, authentique.
Parmi la clic des nouveaux auteurs-réalisateurs talentueux de ces dernières années, il y a aussi Ronald Bronstein, qui avec son premier long-métrage égocentré : Frownland, sortie en 2009, a renforcé un peu plus l’estime que l’on porte à cette cinématographie d’Outre-Atlantique. « Lenny and the Kid » marque ses débuts devant la caméra, ce qui est assez étonnant quant on voit sa maîtrise du jeu et son irrésistible ressemblance avec Jarmush, tempes grisonnantes et mèche au vent.
![]() Incontestablement, ce film n’aurait pas pu exister sans la performance d’acteur de Bronstein. Celui ci rappelle Woody Allen bien sur mais aussi Dustin Hoffman dans sa jeunesse, le vague à l’âme un peu plus prononcé et l’issue moins certaine (on notera que Dustin Hoffman incarna lui aussi un Lenny en 1976, en hommage au comique américain Lenny Bruce). Ronald Bronstein capture littéralement l’objectif qui peine à s’en détacher, renvoyant parfois les seconds rôles à de simples vitrines que l'on aurait voulu plus piquantes.
Lenny, , tout comme Bronstein, est projectionniste. Désorganisé et gamin, il a chaque année durant deux semaines la charge de ses deux enfants âgés de 9 et 7 ans. Plein d’une bonne volonté maladroite, il tente de rendre cette période la plus inoubliable possible, mais provoque une série d’événements dangereux et irresponsables, dont les enfants sont les premières victimes. Les deux frères réalisateurs se sont inspirés pour ce film de leur propre père, lui aussi fantasque et absent, pour retranscrire, disent-ils, les émotions qu’ils gardent de cette période capitale. On imagine que toutes les situations ne sont donc pas vraies, mais qu’elles auraient pu arriver.
Le regard des réalisateurs est assez sévère pour ce père, montré comme impulsif et égocentrique, une déclinaison qu’aime à étudier Bronstein semble t-il, et qui lui sied comme une seconde peau. Les deux enfants, frères dans la vie, jouent avec un naturel désarmant. Même si parfois le sens de certaines scènes peut nous échapper, l’ensemble nous promène dans un conte new-yorkais intemporel au goût doux-amer, où se mélange la poésie d’un Gondry et l’indépendance rêche d’un Jarmush. Tout à la fois cruel et compatissant. Une très belle découverte, dont le titre original « Go get some Rosmary », est à lui seul une invitation aux souvenirs d'enfance.
![]() Réalisé par Joshua Safdie, Benny Safdie. Avec Ronald Bronstein, Sage Ranaldo, Frey Ranaldo.
Durée : 01h30min, Année de production : 2008, Distributeur : Sophie Dulac Distribution Retrouvez d'autres articles sur Joshua Safdie : Joshua Safdie – "The Pleasure of Being Robbed"
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