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Benjamin Heisenberg – "Le Braqueur"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-11-17



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En 1978 sortait sur les écrans Le Récidiviste, adaptation cinématographique (signée Ulu Grosbard et avec Dustin Hoffman dans le rôle-titre) de l’excellent polar d’Edward Bunker, Aucune bête aussi féroce. Ces deux titres français auraient assez bien convenu aussi eu film du jeune réalisateur allemand, Benjamin Heisenberg, Le Braqueur. Car ce braqueur en question est davantage encore qu’un récidiviste : il n’a pas d’autre activité "professionnelle" que celle d’attaquer des banques. Et parce qu’il ne semble (depuis longtemps ?) avoir gardé de son humanité qu’un glacis un peu mince. Traqué par la police dans la forêt autrichienne dans la dernière partie du film, il trouve d’ailleurs refuge dans un terrier, se faisant animal sauvage pour sauver sa peau.

Le Braqueur débute à la sortie de prison de Johann Rettenberger, qui vient de purger une peine de six ans. Ce n’est jamais explicitement précisé mais on comprend, en le voyant très rapidement commettre un hold-up, qu’il est tombé pour braquage.
La démarche de Heisenberg est celle d’une observation "objective" de l’activité de son personnage, jamais de son explication. Pourquoi Rettenberger braque-t-il des banques et avec une telle régularité (pas de repos pour Johann Braqueur ?) ? Pourquoi n’envisage-t-il jamais l’option de la réinsertion, si ce n’est pour donner des gages à l’administration en honorant un rendez-vous de pure forme au Pôle Emploi autrichien (et y rencontrer ce que l’on suppose être une ancienne petite amie) ? Pourquoi refuse-t-il la main tendue du psy de la prison ou celle de la femme qui l’aime (l’ancienne petite amie évoquée précédemment) ? Nous n’en saurons jamais rien. Et d’autant moins que Rettenberger ne semble rien faire d’autre de cet argent que l’amasser dans de vulgaires sacs poubelle sous son lit, étranger à toute idée d’amélioration de son spartiate confort matériel.

Andreas Lust dans "Le Braqueur"
Andreas Lust

Si l’on cherche à tout prix à comprendre ces actes, le film ne nous laisse que quelques pistes, comme celle de la recherche d’adrénaline. La même qui lui fait frénétiquement pratiquer la course à pied ? Après s’être entraîné sans relâche dans le cour de sa prison et sur le home running dont il a équipé sa minuscule cellule, peu après sa libération, Rettenberger remporte le marathon de Vienne et devient une curiosité médiatique. Mais, pas plus que l’argent, la gloire ne l’intéresse *. Sans que l’on puisse dire si son séjour carcéral en est la cause (même s’il n’a probablement rien arrangé, la prison étant une animal factory, pour reprendre le titre d’un autre roman… d’Edward Bunker !), faute de savoir quoi que ce soit de sa vie d’avant (aucune information sur son background ne nous ait donnée), on ne peut que constater que Rettenberger est devenu un être profondément asocial, un solitaire comme Jean-Pierre Melville se plaisait à les filmer.

Franziska Weisz dans "Le Braqueur"
Franziska Weisz

Le Braqueur pouvant être considéré comme un film de genre par son sujet, l’action n’en est pas absente. Au contraire, même : braquages, fusillade, poursuites… le film abonde en figures de styles "obligées", d’une belle et froide efficacité, au diapason de celle de son "héros". Mais on est très loin du spectaculaire hollywoodien ou même de celui du "néo-polar" français. Le Braqueur ressemble finalement assez à ce que Robert Bresson aurait pu faire d’un film de braquage : rareté des dialogues et jeu des comédiens très neutre (mention spéciale à l’impressionnant Andreas Lust dans le rôle principal). Cela va jusqu’à provoquer l’amusement du spectateur lorsque l’un des policiers aux trousses de Rettenberger qualifie son enquête d’"énergique", avec un dynamisme propre à faire passer ce brave inspecteur Derrick pour Jean-Luc Delarue avant le début de sa cure de désintox. A vrai dire, on ignore si l’effet comique est volontaire ou non mais, tout au long du Braqueur, on retrouve cette grisaille, ce manque absolu d’éclat propres aux séries policières germaniques (mais peut-être l’Autriche est-elle vraiment comme ça ?). En nettement plus palpitant, on vous rassure, car Benjamin Heisenberg réussit à rendre vraiment haletante la longue traque finale et même presque "attachant" un personnage pourtant objectivement assez flippant, sans états d’âme lorsque sa survie est en jeu.


* Ironiquement, la coupe qu’il gagne pour l’une de ses nombreuses victoires ne lui servira à rien d’autre qu’à commettre un meurtre.







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