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Ben Affleck- "Gone Baby Gone"
Sorties salles
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Police de proximité
L’un des atouts de Gone Baby Gone dés ses premiers plans, c’est sans aucun doute le regard particulièrement authentique que Ben Affleck jette sur sa faune sociale dans une séquence générique qui résonnerait dans un mood très «Streets of Boston » si un Springsteen local s’y était associé ! Un moyen aussi d’inscrire ce premier essai comme réalisateur dans la continuité de la description attachante et pleine d’affection qui imprégnait Good Will Hunting, co-écrit avec Matt Damon. Au scénario du film de Gus Van Sant, récit en soit d’une émancipation à accepter, cette adaptation d’un roman de Dennis Lehane va préférer un versant plus difficile à ce type de quête initiatique où se pose pourtant le même genre de dilemmes : respect pour ses origines, son « milieu » et passage à l’âge adulte. Contrairement à Will Hunting la réponse va être nettement moins limpide, plus ambiguë. En tout cas Affleck y trouve source à créer un vrai ton construit au fil de rencontre avec ces personnages différents, parfois haut en couleur sans être caricaturaux. La population d’une société en crise, où les ouvriers, chômeurs et petites frappes côtoient des policiers plus ou moins désabusés mais un peu les emblèmes d’une meilleure intégration dans la société. Affleck se plait à montrer les racines communes qui perdurent dans cet univers et que la disparition d’une enfant va forcément rouvrir de façon béante. Même si en surface, ces individus qui ont pu être dans les même collèges et lycée s’évitent, des sortes de marchandages parallèles continuent de se pérenniser. On retrouve les thématiques communautaires de Mystic River, déjà adapté du même Lehane, où le secret et la tâche originelle s’imposaient tragiquement à tous, avec l’idée constante de tout enterrer et dissimuler au grand jour. Ici les choses sont moins appuyées, moins jouées d’avance aussi. Affleck le paye avec une mise en scène et un scénario nettement moins « maîtrisés » et cohérents, on pourra l’accuser de ne pas avoir de vision du monde surtout si le choix du personnage principal gène…mais son oeuvre y gagne en naturel, spontanéité, avec des personnages jamais définitifs. « Film d’acteur »
Malgré la très belle photographie de John Toll qui confère au moins une vraie texture, on ne célébrera sans doute pas ici la naissance d’un authentique metteur en scène même si le temps et d’autres oeuvres invalideront peut-être cette intuition. Tout est dédié avant tout à la mise en valeur des acteurs et en ce sens, Ben Affleck rend lui aussi un tribut à sa propre fratrie et son propre milieu. Ainsi le film offrira t’il un bon nombre de gros plans et de plans moyens contre assez peu de réelle composition même lorsqu’il se retrouve dans des espaces plus prolixes à ce type d’inspiration. Le montage est souvent office à certains effets tapageurs comme des accélérations un peu faciles par exemple. Tous les personnages à tiroirs semblent se déployer pour permettre à leurs interprètes de donner le meilleur d’eux même, de révéler progressivement leurs facettes. On ne s’en plaindra pas non plus, car c’est fait avec un certain sens de la subtilité, sans de grosses séquences « à oscars » par exemple. Ed Harris, acteur qui s’était justement un peu éloigné dans ce type de performances caricaturales dans The Hours et History of Violence revient ici dans sa meilleure forme depuis son propre Pollock. Morgan Freeman est aussi excellent dans ses courtes scènes, et les moins connus Amy Ryan et Titus Welliver s’avèrent de vrais révélations dans leurs interprétations touchantes et contrastées. La très belle Michelle Monaghan est quand à elle plus « Girl Next Door » ici et ça lui va plutôt bien ! Ce côté révélateur des personnages transparaît dans le scénario parfois trop généreux en coups de théâtre et révélations, surtout que Affleck, sans doute moyennement assuré et cherchant à ne pas perdre son spectateur dans les fils de l’intrigue, nous pond un bon nombre de « flash-back » illustrants les retournement de situations plus ou moins véridiques. On sera grés au moins à ce script de se baser sur certains rouages intéressants pour avancer, comme le hasard d’une séance de cuite ou un peu trop de vérités explosent sans crier gare. De même, la scission en deux parties et la relance à mi-parcours ; suite à une ellipse, est plutôt bien mené et offre une certaine atmosphère supplémentaire. Adolescence.
« Il a trente ans mais il parait nettement plus jeune ». Jeune détective au physique poupon Patrick Kenzie, joué par Casey Affleck, est le héros incontournable du film, son essence même. Beaucoup d’émotion naît de par ce regard que porte sur lui le frérot placé derrière la caméra, mais aussi par son parcours dans le récit. Foncièrement initiatique, Gone Baby Gone ne fera pas pour autant spécialement de son protagoniste un adulte, bien au contraire. Si ce dernier découvre de nombreux rouages nouveaux, expérimentera lui-même une nouvelle dimension de la violence humaine, c’est immédiatement pour se remettre en question sur son geste. Quand le grand dilemme moral que propose le film finit par définitivement pointer son nez, sa réponse sera aussi de s’en tenir à un certain nombre de principes, même si la fidélité à ces derniers vont l’amener à se retrouver, seul, comme devant demeurer au seuil d’une certaine maturité, préférant plutôt la proximité d’une enfance retrouvée. Casey Affleck propose un personnage qui fait office de tampon entre les divers mondes de ce quartier, capable de se fondre pour ses investigations et c’est sa principale qualité : comme si lui-même rappelait aux âmes perdues qu’il croise une part de jeunesse et d’idéaux, leur offrant une confiance dans l’instant. Mais il n’évoluera pas jusqu’à accepter de fermer les yeux. Les mauvais choix de Ben Affleck au box office et sa récente déconfiture hollywoodienne l’ont t’il en fin de compte poussé à ce retour au source empreint de désillusion ? Gone Baby Gone n’est à l’évidence pas un grand film mais il contient un propos touchant,sensible et personnel. Le fantasme un peu gênant d’une adolescence éternelle qui pourtant interpelle. Retrouvez d'autres articles sur Ben Affleck : Ben Affleck - "The town"
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