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Béla Tarr - "Rapport Préfabriqué"

Sorties DVD
Posté par Guillaume Bryon le 2008-12-14



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Réalisé en 1981, Rapport Préfabriqué est le troisième film de Béla Tarr si l’on fait abstraction d’un Macbeth télévisuel. Conforme à une première partie de carrière aux frontières du naturalisme et du documentaire, l’œuvre du cinéaste hongrois montre une évolution assez proche de cinéastes comme Wenders et Kieslowski qui d’un cinéma à la base âpre se sont progressivement ouverts à beaucoup plus d’expressionisme. A chaque fois d’ailleurs on est confronté à des auteurs qui sont entrés dans une dimension plus onirique et en dehors du strict réel, dans le sillage de la chute du mur de Berlin. Avec un long métrage comme Rapport Préfabriqué, la longue litanie des régimes socialistes du début des années 80 est d’ailleurs l’arrière plan constant de la dislocation familiale et sociale.

L’une des séquences montrant l’un des rares rapports père/fils à l’œuvre est d’ailleurs sans équivoque, quand le « chef de famille » ne semble plus avoir aucun repère : il s’agit d’une leçon sur les différences entre le capitalisme et le socialisme, et la supériorité du second modèle par rapport au premier. Un petit précis de marxisme avec édictée une utopie communiste qui devient véritablement absurdes. Surtout quand Béla Tarr ne cesse de montrer la tension entre le vide existentiel et l’attachement à des biens dérisoires en apparence : automobile, vacances, machine à laver… La progressive intrusion des biens de consommation et du matérialisme semble souligner la misère d’une société qui ne fait pas de choix. Il s’en suit des êtres proprement impuissants, autodestructeurs, stériles, cherchant vainement à se corroborer une dernière fois à des modèles.

L’homme rêve d’ailleurs, sa femme en reste à une vie familiale accomplie : à chaque fois des chimères quand l’individualisme grandissant augmente les frustrations. Béla Tarr a construit son film comme une succession de scènes en mosaïques expliquant le départ soudain du père de famille et la dégradation des rapports de ce couple. On se perd un peu dans ce montage d’ailleurs, à guetter la chronologie exacte et les différences éventuelles quand la séquence de début est rejouée. Jusqu’au dernier plan plus poétique qui pour le coup a quelque chose de vraiment wendersien et sert d’ailleurs le plus souvent à illustrer l’œuvre sur les jaquettes.

On en passera par certains gros clichés de l’incommunicabilité en plan séquence et plans fixes, presque des passages obligés. C’est dommage car les deux comédiens principaux sont vraiment très forts. Á une explosion explicative lors d’un anniversaire de mariage navrant, on préfèrera des séquences plus riches comme celle qui figure l’épouse délaissée lors d’une soirée populaire avec danses et chants. Les cadres et les mouvements y sont judicieusement choisis, comme le rythme. Béla Tarr donne alors aux visages du drame ordinaire une grâce certaine. C’est toujours quand il s’y attache le moins que ça marche le mieux. Dés que c’est un peu plus appuyé dans les intentions, le cinéaste tombe lui-même dans une autre forme de « préfabriqué », celui que la fausse forme documentaire tend à insuffler de façon perverse.

Ouvrage mineur mais qui possède une certaine force et un intérêt historique indéniable, Rapport Préfabriqué est surtout à conseiller à ceux qui veulent approfondir une œuvre déjà connue, il n’est pas l’idéal sans doute pour débuter. En soit, et pour refaire dans le méchant jeu des comparaisons, les cinéastes cités plus haut s’avèrent tout de même bien supérieurs dans le registre abordé.



Sortie le 24 novembre 2008, le DVD édité par Clavis Film propose simplement le film en 4/3 (le format original est du 1 :37 :1) avec des sous titres anglais ou français (quelques petits bugs à relever sur ces derniers). Le noir et blanc et le grain évoquent vraiment la trame documentaire voulue par l’auteur. On retrouvera quelques extraits d’autres films de ce dernier dans le mini catalogue de l’éditeur qui est en bonus.


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