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Barry Purves - His intimate lives

Sorties DVD
Posté par Lu le 2008-08-14



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Barry Purves -his intimate lives- est le troisième DVD du jeune éditeur Potemkine, connu pour être une boutique de Paris proposant des films indépendants aux cinéphiles les plus avertis.
Ce dernier né est un petit bijou qui propose de façon exhaustive, comme nous le rappelle le dos de la jaquette, six films de l’animateur anglais, tous primés à de nombreuses occasions, ainsi que des bonus et un livret de 80 pages.


Le livret nous apprend que Purves est né en Angleterre en 1955, qu’il a étudié la civilisation grecque et le théâtre à l’université de Manchester, avant de devenir régisseur et acteur dans des théâtres anglais. Cet intérêt pour les différents arts et les mythologies se retrouve dans les films de Purves, qu’il s’agisse de la narration du Kabuki ou du Bunraku dans Screen Play, du principe de l’opérette dans Gilbert & Sullivan, du cirque ou du personnage de Shakespeare lui-même dans Next. Visuellement aussi, les techniques s’entrecroisent et les mises en abîme abondent. L’une d’entre elle est au cœur du court métrage Next, premier de la série de six proposés ici, sur lequel il sera intéressant de s’arrêter.

Next - Shakespeare et sa créature


Next est le premier film de Barry Purves, qu’il a entièrement écrit, mis en scène et animé et date de 1989. Il s’agit d’un épisode d’une série de courts métrages intitulée « Lip Synch », commandée par les fameux studios Aardman, dont est également issu le non moins célèbre Creature Comforts, qui joue habillement des accents et des intonations humaines, attribuées aux animaux d'un zoo.
Purves a choisi de mettre en scène le dramaturge William Shakespeare, déployant un véritable show sur scène, car auditionnant pour le metteur en scène Sir Peter Hall, qui semble préférer lire le journal. Next permet à Purves d’enchâsser deux niveaux de manipulation : l’animateur manipulant la marionnette de Shakespeare, mimant elle-même son jeu de scène avec un pantin. Au réalisme de la marionnette de Shakespeare répond la marionnette qu’il manie, marionnette au regard button-eyed, ce regard fixe auquel on n’attribue aucune âme.
De cette dichotomie se dégage également le rôle du spectateur. Shakespeare et sa poupée sont en réalité très liés : le premier n’est que le résultat de cette illusion de vie que l’animateur et le spectateur mettent conjointement dans une marionnette initialement inanimée et peu singulière, comme la seconde. C’est ce que Gombrich appelle, dans son ouvrage L’art et l’illusion, les effets conjoints de l’attente et de l’illusion : le spectateur face à une œuvre d’art, fixe son imagination et projette des choses influencées par ce qu’il connaît ; il comble les images.
Le très anglais Purves s’est par ailleurs intéressé aux très anglais Gilbert et Sullivan, un duo de créateurs d’opérettes du XIXème siècle que croquait également Mike Leigh, dans son film live Topsy-Turvy en 1999. Dans Gilbert & Sullivan, the very models, c’est l’histoire du duo parolier et musicien qui nous est contée, sous forme d’opérette en cinq actes, bien sûr. Les mots et la musique s’allient à un véritable travail d’orfèvre concernant la lumière, et à l’instar de ses personnages, Purves se demande « faisons-nous de l’art ou quelque chose de plus commercial ? »

Se trouvent également dans le DVD, les films suivants :
Screen Play (1992), dans lequel un vieil homme se remémore avec émotion sa jeunesse mouvementée. Pour l’anecdote, les décors et l’équipe artistique sont également ceux d’une pub pour Canard WC, que l’on retrouvera en bonus.
Rigoletto (1993), qui se situe dans l’Italie de la Renaissance, entre luxure et richesse des costumes.
Achilles (1995), qui se joue cette fois durant la guerre de Troie, et narre les amours d’Achille et Patrocle
Hamilton Mattress (2001), que Purves n’a ni écrit ni animé.
Tous brassent les époques, les lieux, et l’un des points communs de ces films est l’exploration du corps, de ses limites. Les marionnettes très esthétiques et détaillées de Gilbert et Sullivan explorent d’autres voies que les corps nus et les muscles saillants d’Achille et Patrocle. Comme d’autres animateurs de stop motion, que l’on pense à Jan Svankmajer et ses empreintes laissées dans la pâte à modeler, ou aux frères Quay et à leur utilisation de fluides corporels, il est ici question de tactilité, de lien tangible entre l’animateur et sa marionnette, que revendique Purves.


Le DVD nous est proposé avec quatre bonus, la publicité inspirée de Screen Play, la présentation des films par Barry Purves, la possibilité de revoir Next et Gilbert & Sullivan avec des sous-titres relevant les références aux œuvres de Shakespeare et du duo anglais, et un entretien entre Purves et Michel Ocelot (le papa de Kirikou pour ceux qui auraient vécu dans les bois depuis dix ans).
Cet entretien s’avère plutôt riche pour qui s’y connaît déjà en animation. Ocelot commence avec une anecdote sur un enfant qui lui a demandé si il faisait aussi de ‘vrais’ films, nous rappelant que pour beaucoup l'animation n'est que pour les enfants, et pas vraiment du cinéma, mais c’est Purves qui va évoquer des points importants de l’animation, qui raviront les connaisseurs. Il y est question du mouvement de la marionnette, de la difficulté d’animer un personnage qui marche car, bien que l’animation soit un pacte établi avec le spectateur, « ceci n’est pas réel », elle n’en demeure pas moins une observation minutieuse du réel, et notamment des mouvements et des anatomies. Purves réaffirme son goût pour le mélange des arts et des techniques, chose à laquelle il aimerait aboutir, puisqu’il a déjà trente ans de carrière derrière lui, et cite les Frères Quay, qui animent eux-mêmes des marionnettes, mais réalisent aussi en live, exemple parfait d’artistes touche-à-tout. Purves, qui a commencé l’animation par des séries TV pour enfants, alors que Channel Four investissait dans de l’animation ambitieuse, pense, contrairement à Ocelot, que les contraintes (ici la production télévisée) aboutissent à plus de créativité. Il suffit de penser au Code Hays et à l’imagination des cinéastes du classicisme hollywoodien pour détourner le Code, pour confirmer la pensée de Purves. La discussion ouvre la question de l’animation pour adultes, vaste sujet… De cet entretien touchant et riche des pensées de Purves, on peut regretter la présence plus anecdotique que réellement nécessaire de Michel Ocelot, mais aussi la façon systématique à cracher sur l’animation Disney. Là où certains ne voit que la récupération des cauchemars des enfants, qu’il aurait transformé en rêves, il ne faut pas négliger l’apport technique et esthétique indéniable de ses équipes d’animateurs (les Nine Old Men pour ne citer qu’eux), d’illustrateurs comme Mary Blair ou de décorateurs comme Eyvind Earle.

Barry Purves


On ne saurait donc que conseiller ce DVD au packaging attrayant, au livret (bilingue s’il vous plaît !) très dense, proposant pour chaque film un synopsis, des anecdotes, des notes du réalisateur, de belles images mais aussi des pages de storyboard, et aux très belles images. En prime, les dernières pages du livret sont un petit guide de l’animation image par image, de chaque étape du processus de production et de tournage.
Il faut par ailleurs noter que Barry Purves a sorti un livre, Stop motion, passion and process, chez Focal Press, et que pour les amateurs de marionnettes (au sens très large, de Pinocchio à Being John Malkovitch en passant par Aardman), l’ouvrage La vie filmique des marionnettes sorti aux Presses Universitaires de Paris 10.

LE DVD
Infos techniques :
Edition collector digipack avec étui
Nouveaux masters restaurés approuvés par le réalisateur
Version originale anglaise, sous-titres français et anglais
DVD9 – 4/3 - pal – toutes zones


Retrouvez d'autres articles sur Barry Purves :

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