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Avec Paul Newman, une certaine idée de l’Amérique disparaît…
Dossiers/Hommages
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Lorsqu’une icône de la dimension de Paul Newman disparaît, l’esprit critique a tendance à se faire discret… Ce n’est pourtant pas par souci de faire le malin que j’ai nettement tendance à penser que l’homme était un plus grand réalisateur qu’acteur. Pourtant, son œuvre de metteur en scène n’est pas des plus fournies, avec seulement six films (en comptant celui réalisé pour la télévision en 1980, The Shadow box) en une vingtaine d’années (du milieu des années 60 à celui des années 80). Mais cette œuvre est d’autant plus attachante que, lorsque Newman passa derrière la caméra, la mode était alors loin d’être aux comédiens/réalisateurs. On peut évidemment citer John Cassavetes, et, justement, le cinéma de Newman n’est pas sans entretenir quelques cousinages avec celui du génial réalisateur d’Husbands. Mais à la grande différence de Cassavetes, "jeune premier" alors en devenir au moment où il entreprit Shadows, Newman était déjà une méga star hollywoodienne lorsqu’il tourna Rachel, Rachel. En se consacrant à un cinéma très intimiste, assez modeste dans la forme mais très profond dans son propos, en ne jouant pas lui-même dans la majorité de ses films, il prit assurément le "business" à contre-pied. L’Académie hollywoodienne, peut-être aussi étonnée que sincèrement séduite, sélectionnera néanmoins Rachel, Rachel le film dans la course à l’Oscar du meilleur film (comme comédien, Newman cumulait alors quatre nominations infructueuses). Le film fut battu, par Oliver !, de Carol Reed (no comment ?...), et ce fut hélas la première et dernière fois que ses propres films eurent l’honneur du tapis rouge… ![]() Paulo Blue Eyes Car Newman persévéra assez courageusement dans une même veine assez "minimaliste" sur la forme, se tenant assez éloigné du cinéma de genre pour œuvrer bâtir des films plus psychologiques mais toujours avec subtilité. Les liens familiaux (généralement complexes), l’Amérique du quotidien pas toujours des plus progressistes… sont quelques uns des thèmes souvent traités au travers de ses films. Il y a d’ailleurs une assez étonnante dichotomie entre les films joués et ceux réalisés par Newman, comme s’il s’agissait presque d’une autre personne. De ce point de vue, il est commode de rapprocher Paul Newman de son grand copain Robert Redford. Comparaison facile mais loin d’être fausse. Mais, à rebours de l’opinion générale, on se hasardera à dire que, à l’inverse de Newman, Redford est meilleur comédien que cinéaste. Newman n’aura interprété que deux de ses films : Le Clan des irréductibles, qu’il ne devait d’ailleurs initialement pas réalisé (ce devait être l’obscur téléaste Richard Colla) et dans lequel Henry Fonda incarne son "père idéal" de cinéma, comme si une certaine idée du cinéma et de l’Amérique (progressiste) devait passer de l’un à l’autre, et L’Affrontement, autre beau film sur les rapports père/fils, très injustement oublié (horrible titre français, il est vrai…). Cette exploration de la famille comme berceau de possibles névroses le conduira assez logiquement à adapter Tennessee Williams (après l’avoir interprété deux fois sous la direction de Richard Brooks, dans La Chatte sur un toit brûlant et Doux oiseaux de jeunesse) avec une magnifique version de La Ménagerie de verre, en 1987, peut-être son meilleur film, qui fait amèrement regretter qu’il fut aussi le dernier… ![]() Avec sa femme, Joanne Woodward A l’instar de Cassavetes, il semble que l’une de ses grandes motivations de réalisateur fut d’offrir les plus beaux écrins cinématographiques à sa propre femme et comédienne Joanne Woodward, jamais aussi convaincante que sous sa direction. Newman/Woodward, ce sont cinquante ans de mariage (difficile à imaginer à Hollywood aujourd’hui…) et un nombre de films en commun presque impressionnant (en plus de ceux réalisés "en famille"). Couple d’ailleurs assez peu glamour nonobstant le statut de star masculine très tôt associé à Newman. Icône, prototype du beau mec (puis "bel homme", les années passant), doté des plus incroyables yeux bleus de l’histoire du cinéma, mais jouant finalement peu de son côté sexy dans ses films, assez loin d’un Steve McQueen, finalement, avec qui il partageait la passion de la vitesse. Quoique, la Christine Boisson d’Emmanuelle nous soutiendrait évidemment le contraire, en souvenir d’une célèbre scène de masturbation sur papier glacé… ![]() Newman / Redford, première ! Newman, c’était surtout la classe en toutes circonstances, un standing un peu guindé (le côte Fonda évoqué plus haut) ne le rendant pas forcément inaccessible (aucun caprice de star répertorié dans sa biographie) mais inspirant incontestablement le respect. L’homme lui-même était assez irréprochable, de par ses engagements humanitaires de longue date et bien connus, sa gamme de produits alimentaires "éthique" avant la mode et son progressisme politique assumé mais sans ostentation. Une certaine idée des fondamentaux de l’Amérique des "Pères fondateurs", au fond. Une Amérique qu’il ne s’est d’ailleurs pas gêné à mettre souvent face à ses contradictions ou à en gratter quelques vilaines plaies (on pense en particulier à Buffalo Bill et les Indiens, de Robert Altman). ![]() Newman / Redford, deuxième ! Mais Newman acteur, alors ? Eh bien, finalement, assez peu de vrais grands films pour une carrière de plus d’une cinquantaine d’années. Initialement venu de la télévision, pour laquelle il tourna assez anonymement pendant plusieurs années, il a percé trop tard pour la génération des grands cinéastes classiques hollywoodiens, dont il croisera peu la route et pas vraiment pour leurs plus grands films (La Brune brûlante de Leo McCarey, Exodus d’Otto Preminger, Le Rideau déchiré d’Alfred Hitchcock, Juge et hors-la-loi – qu’il produisit – et Le Piège de John Huston…). Et il fut un peu trop âgé pour les "jeunes chevelus" du Nouvel Hollywood, même si Martin Scorsese lui offrira son seul Oscar pour La Couleur de l’argent. En fait, passé ses tout débuts fulgurants sur grand écran avec quelques plus ou moins vieux routiers (Marqué par la haine de Robert Wise, Le Gaucher d’Arthur Penn ou L’Arnaqueur de Robert Rossen, autant de films où son jeu n’a hélas pas très bien vieilli…), il fit l’essentiel de sa carrière avec ce que l’on pourrait appeler des cinéastes du "milieu", souvent venus comme lui de la télévision, jamais franchement mauvais mais rarement très inspirés. Le meilleur exemple est probablement Martin Ritt, pour qui Newman tourna pas loin d’une demi-douzaine de films, mais on pourrait citer également Stuart Rosenberg ou James Goldstone, ce dernier lui valant, à l’occasion du film Virages, de découvrir l’univers du sport automobile dont il deviendra un acteur majeur, comme pilote (2ème aux 24 heures du Mans 1979 !) et directeur d’écurie (il fit débuter en Champ Car un certain… Sébastien Bourdais !). Sortons du lot un cinéaste trop mésestimé mais avec qui Newman tourna probablement deux de ses films les plus mythiques, qui comptent parmi les meilleurs films "mainstream" qu’Hollywood ait produit depuis la fin de son âge d’or classique. On veut bien évidemment parler de Butch Cassidy et le Kid et de L’Arnaque, de George Roy Hill, où Newman peaufine (surtout dans le premier, film vraiment à (re)découvrir) son image de "mec à la cool" en toutes circonstances, qui a forcément donné quelques idées à Bruce Willis ou George Clooney… ![]() "I'm gone !!" Avant d’être emporté par un cancer assez fulgurant s’étant déclaré au début de l’année, Paul Newman fit preuve d’une belle longévité, tournant et… pilotant jusqu’à l’âge de 80 ans, hélas rarement dans des films qui marqueront la postérité (citons quand même un joli rôle dans Le Grand saut, des frères Coen). Ironie de l’histoire, sa dernière contribution cinématographique marquante aura été le doublage du Doc Hudson de Cars ! Un screen test pour A l'Est d'Eden. Ce n'est pas lui qui fut choisi, peut-être qu'une partie de l'histoire du cinéma en eut été changée... Retrouvez d'autres articles sur Paul Newman : Paul Newman - "De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites"
Commentaires
De : noodles et les sentiers de perdition ? c'est d'la pisse de chats ? De : mr_kenyatta Sais pas, pas vu... Faut vous dire que, physiquement, noodles figure un presque crédible Paulo Newman du sud Seine-et-Marne, hein ! Enfin, plus Paulo que Newman, quand même :-) Insérer un commentaire : |
