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Atom Egoyan – "Chloe" (avant-première)
Sorties salles
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Soupçonnant fortement son mari d’infidélités conjugales, une femme d’"âge mûr" se paye les services d’une prostituée de luxe pour le mettre à l’épreuve… Si vous êtes un(e) inconditionnel(le) du cinéma d’Anne Fontaine (chacun sa perversion, après tout), vous aurez forcément reconnu la situation de départ de Nathalie… (2004) avec, dans les rôles correspondants, Depardieu, Fanny Ardant et Emmanuelle Béart (1). En faire un remake nord-américain (plus canadien qu’états-unien, d’ailleurs, du fait de la nationalité de son réalisateur et de ses coproducteurs), coproduit par les Reitman père (Ivan) et fils (Jason) et confié à Atom Egoyan semblait relever de la fausse bonne idée. Pour le dire plus crûment : carrément d’une idée à la con. Surtout en entraînant le film du côté du "thriller (vaguement) érotique" (une scène assez "osée", quand même, eu égard au statut des comédiennes concernées, allez, on n’en dit pas plus…), ravivant les souvenirs d’un grotesque Feu de glace (Killing Me Softly), avec Heather Graham et l’épouvantable Joseph Fiennes, réalisé par un autre prestigieux Auteur de l’Internationale cinématographique, le Chinois Chen Kaige (aussi à l’aise dans l’exercice qu’un Tarantino signant un épisode de Joséphine ange gardien). ![]() Julianne Moore et Liam Neeson
Aussi surprenant que cela puisse paraître, le pire est à peu près évité. Le film n’a absolument rien d’indispensable mais il se laisse finalement regarder, essentiellement parce qu’il fait vraiment profil bas dans le côté thriller et ne joue pas la carte frelatée du spectaculaire. Pour revenir au film qui l’a inspiré, Chloe présente d’assez nombreuses différences avec Nathalie…, réduisant notamment les zones d’ambiguïté, dont le public américain n’est généralement pas très friand. On ne dévoilera pas davantage l’intrigue, qui recèle des twists (que l’on voit quand même venir d’assez loin), mais disons que, à la fin du film, le doute n’est plus de mise sur le rôle joué précisément par chacun des protagonistes (sur le sentiment profond de la femme trompée, c’est moins net…). Surtout, le faux remake rajoute un personnage de grand fils au couple, ce qui élargit les perspectives du triangle initial. De fait, Chloe lorgne du côté "thriller adultérin" à la Liaison fatale mais aussi de celui du Théorème de Pasolini, avec cet ange blond exterminateur qui séduit tous les membres de la famille. Le film repose aussi beaucoup sur la toujours impeccable et super classe Julianne Moore, qui réussit à rendre son personnage crédible et plutôt émouvant, ce qui n’était pas gagné à la lecture d’un scénario qui n’est pas d’une folle subtilité (un exemple : histoire de bien fixer les esprits sur le caractère séducteur du mari, interprété par un Liam Neeson toujours aussi fade, sa première scène le voit donner une conférence sur le Don Giovanni de Mozart…). Dans le rôle-titre de la beauté fatale, Amanda Seyfried (loin de son rôle de laideron dans le récent Jennifer’s Body) réussit à faire passer quelque chose du pouvoir sexuel d’une fille de 20 ans (et quelques), sure de sa séduction. Ses grands yeux un peu globuleux ne sont pas sans rappeler ceux de Bette Davis et, assurément, son physique intrigue… ![]() Amanda Seyfried et Julianne Moore
Reste l’homme derrière la caméra, que nous n’avons encore fait qu’évoquer. A bien des égards, Atom Egoyan constitue une énigme. Si Chloe n’est pas déshonorant, le voir participer à un tel projet (qu’il n’a pas écrit, pour la première fois de sa carrière) en dit long sur l’impasse dans laquelle sa filmographie semble être plongée depuis une dizaine d’années, depuis Le Voyage de Felicia, en fait, qui avait marqué l’échec artistique de la tentative de renouvellement de ses thématiques fétiches. Ce dernier film ne lui redonnera aucun crédit auprès des cinéphiles qui se sont largement détournés de lui depuis plusieurs films. Même si l’on sent parfois sa patte dans le côté assez glacé de sa mise en scène (très élégante, aucun risque de faute de goût) et que l’on peut s’amuser à songer au night club d’Exotica à propos du bar où Chloe a établi son QG, à recenser à nouveau plusieurs scènes d’échanges "virtuels" entre personnages (SMS, mail, chat, webcam…), voire à s’imaginer qu’une scène de hockey sur glace est un écho à son méconnu téléfilm Gross Misconduct : The Life of Brian Spencer (1993), le film demeure globalement très impersonnel, en probable conformité avec son cahier des charges. Egoyan peut-il un jour redevenir le cinéaste passionnant de Family Viewing, The Adjuster ou Calendar ? N’attendons pas de Chloe qu’elle nous donne la réponse… (1) Les producteurs de Chloe ne nient pas l’emprunt mais le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne s’en vantent pas : un carton dès plus furtifs dans le générique de fin (on vous met d’ailleurs au défi d’arriver à le lire en entier) et pas la moindre mention en plus de 50 pages de dossier de presse. On frise quand même la malhonnêteté intellectuelle… Retrouvez d'autres articles sur Atom Egoyan : Atom Egoyan - "Adoration" (Avant-première)
Commentaires
De : Florence Amanda Seyfried joue la fille du 1er couple dans la série Big Love. Elle y est d'ailleurs très bien, bonne actrice, et une beauté un peu vénitienne, non? De : Florence Amanda Seyfried joue la fille du 1er couple dans la série Big Love. Elle y est d'ailleurs très bien, bonne actrice, et une beauté un peu vénitienne, non? De : Elysia Je m'étais immergée sans retenue dans Calendar, Exotica mais depuis la Vérité nue, pas moyen. Froid. Racolage frelaté je n'en sais rien mais bien d'accord avec le chroniqueur. Plat. Quant à Liaison Fatale, quel ennui, malgré la présence d'Irons. Binoche excelle ailleurs. Et Malle aussi. De : mr_kenyatta Ah mais, Elysia, tu confonds "Liaison fatale" et "Fatale" tout court ;-) Moi, je pensais au film d'Adrian Lyne où Glenn Close pourrit la vie de ce pauvre Michael Douglas :-) De : Elysia ah l'histoire du lapin dans la marmite !! :) Insérer un commentaire : |
