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Apichatpong Weerasethakul - "Syndromes and a Century" (DVD)

Sorties DVD
Posté par Rémi Boiteux le 2011-02-05



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Le magnifique Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures  a été, divine surprise, auréolé de la Palme d’Or du dernier festival de Cannes. Si Tim Burton et son jury doivent en être infiniment remerciés, ce n’est pas seulement en ce qu’ils ont –justement- récompensé l’un des grands et meilleurs films du cru 2010, mais aussi parce qu’ils ouvrent, on l’espère, une brèche vers la découverte plus large d’un artiste à l’œuvre déjà fondamentale. Apichatpong Weerasethakul, cinéaste thaïlandais qui en quatre longs-métrages a su imposer en douceur un regard unique : figure majeure du cinéma contemporain.
Les éditions Survivance apportent une belle contribution à cette émergence en proposant, enfin, une édition DVD de son avant-dernier film, le sublime Syndromes and A Century. La nouvelle est à saluer à sa juste valeur : un peu coincé dans sa filmographie entre le Tropical Malady d’une première consécration arty et, donc, la prestigieuse Palme, ce film est peut-être le moins cité du cinéaste. Or il est tout à fait permis de le considérer, à ce jour, comme son meilleur.
A l’instar de ses deux précédents longs-métrages, Weerasethakul coupe assez radicalement, mais avec une tranquille évidence, son film en deux. Ici, deux époques durant lesquels va se rejouer peu ou prou le même mélodrame intime : une histoire d’amour en milieu hospitalier, un homme, une femme, un moine et quelques motifs. Cette fois, la césure semble débarrassée de tout geste ostensiblement avant-gardiste : est-ce parce que l’auteur avoue raconter, un peu, l’histoire de ses parents ? Toujours est-il que si Syndromes and a Century est d’une absolue modernité, ses partis-pris objectivement sidérants s’offrent avec une tendresse et une bienveillance rares –celles dont on savait déjà le cinéaste coutumier, portées ici à un degré d’achèvement et de sérénité absolument envoûtant. Pourtant, le film couve aussi en lui un sentiment d’oppression très inhabituel chez Weerasethakul. En effet, sa seconde partie, sise dans un complexe hospitalier urbain et neuf, se fait plus dure -les personnages y semblent plus isolés (y compris par le cadre), et une forme d’angoisse lancinante advient. Cette sourde asphyxie est néanmoins largement tempérée par la nature même du travail du cinéaste. En jouant des échos, il y déverse l’atmosphère plus oxygénée de la première partie (pleine de verdure), elle même habitée par d’autres temporalités (celle, notamment, d’une rencontre passée et d’une légende allégorique, toutes deux racontées au fil du récit). C’est l’émotion, ténue -souvent mise à distance, mais jamais à mal- qui se diffuse délicatement.


 
Cette porosité s’étend aux autres films d’Apichatpong Weerasethakul, qui partagent avec celui-ci plusieurs éléments (ainsi le personnage du moine). L’acuité chirurgicale d’un regard parfois documentaire se mêle à la rêverie délicatement suscitée par la convocation d’éléments à la lisière du surnaturel. De multiples propositions de cinéma se diffractent au fil du métrage, qui conserve pourtant une miraculeuse unité, baigné qu’il est de grâce et de lumière. La lumière qui, justement, est avec le souvenir l’autre clé du film : lumière naturelle et lumière artificielle, soleil qui réapparaît après l’éclipse… Et un seul segment nocturne dans Syndromes and a Century, en son exact cœur, qui figure parmi les plus belles séquences que le cinéaste nous ait offertes, mélange d’observation prosaïque, de mélancolie et d’humour tendre : tandis que la vie suit son fil, un dentiste se mue en chanteur de bal puis se livre au moine qui se rêve DJ avant de le voir disparaître –mais, si tout est fragile, rien ne se perd vraiment jamais chez Weerasethakul.
Le bonheur (le mot n’est pas trop fort) de spectateur offert par ce moment de très grand cinéma suffit évidemment à notre enthousiasme ; on n’oubliera pas pour autant de saluer le travail éditorial, élégant, sobre mais pertinent : un livret accompagne le film, qui en propose une intelligente présentation par l’universitaire Anthony Fiant, suivi d’un entretien avec le cinéaste, entièrement centré sur le film. Pour élargir le champ, deux courts-métrages (l’un de Weerasethakul, l’autre signé par un de ses proches collaborateurs), esquissent un aperçu des forces aujourd’hui à l’œuvre dans la création cinématographique thaïlandaise.


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