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Andrzej Zulawski - "Possession" (DVD)
Sorties DVD
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![]() Donné comme cela, de but en blanc, mot unique et péremptoire, le titre de Possession a presque déjà un effet de possession sur le spectateur qui tient la jaquette tremblante entre ses doigts. Possession. Le mot attire pour la multiplicité de sens qu'il recouvre et l'extrême densité relationnelle qu'il promet ; et le film tire en effet sa force de sa capacité à faire vivre sur ce mot une pluralité de sens étendue (possession diabolique, amoureuse, physique, psychique, du jeu d'acteur, de la création) pour interroger l'identité au plus haut point de l'aliénation. ![]() Il est intéressant de noter tout d'abord la simplicité du scénario qu'il est tentant de supposer très schématique avant tournage. En effet, avec peu de décors, peu de personnages, peu de narration, le film ressemble à un enchevêtrement de motifs, successions de séquences réitérées mimant une boucle rappelée par certains mouvements de caméras, déplacements d'acteurs ou décors (barre d'immeubles courbe) ;une boucle voire une spirale, vu que les séquences récurrentes ne le sont que par le lieu ou, surtout, par les personnages présents et non par l'état de leur relation. L'enchevêtrement fait qu'à chaque "retour" sur une séquence, la donne a changé. Les relations fluctuent, amour, manque, domination, attraction, explosion... Les personnages vivent dans une sorte d'environnement froid et inerte (un Berlin-Ouest aux rues vides), concret et immobile, et à la fois dans un monde psychique en plein délire, mouvant, impalpable, hors du temps et de l'ordre normal des comportements. Seule la direction prise par Anna (Isabelle Adjani) est immuable : folie créatrice d'une créature démoniaque aboutissement de ce monde psychique chaotique. Il est révélateur pour l'intelligence du film que ces séquences ne comportent souvent que deux personnages. Mark (Sam Neill) et Anna, le couple central, se retrouvent dans leur appartement à différents degrés d'hystérie et de dépendance. Heinrich (amant d'Anna, un lubrique zen karatéka) mystifie Mark avant d'être placé sur un pied d'égalité puis dominé à son tour. L'ennemie de Mark (Margie, amie d'Anna) devient son amante. Le détective engagé par Mark pour suivre Anna passe de la force de son métier à la faiblesse de sa vie intime. La "possession" d'Anna organise finalement une révélation des réalités, une démystification des relations immédiates. Elle gratte le vernis d'un quotidien tacitement pesant mais non remis en question. Sa folie, de façon naturelle finalement, vient brusquer un monde qui désirerait n'avoir que des certitudes et sombre lentement dans un enfermement de plus en plus profond. ![]() Mais Zulawski ne s'arrête pas là, et élude subtilement la thèse parfois simpliste de "l'émergence de la folie/créature pour le bien de l'humanité (perdue)". Si on trouve ici bien l'idée que c'est le corps social (plutôt que son identité propre) qui crée chez Anna cette nécessité d'engendrer la créature, symbole d'une libération d'un carcan trop étroit, ce n'est pas à des fins cathartiques mais réellement de révélation, de catalyse de l'état du monde. En effet, Possession est imprégné d'une métaphysique du double. Ici on retrouve l'importance des grappes de deux personnages tout le long du film, qui modélisent finalement des couples différents, des possibilités de couple, des variations sur le même couple central Anna/Mark. Ces deux personnages, que l'on imagine banals avant la détérioration présente dès le début du film, vont par éruptions s'éloigner l'un de l'autre jusqu'à ce que Mark rencontre un personnage "soeur" d'Anna (jouée par Adjani) figurant un idéal de bonté et de sagesse et qu'Anna enfante le mal sous les traits de Mark. Chacun subira pour cela une métamorphose d'une séquence (au temps incertain) : trois semaines de renfermement sur lui-même pour Mark, une crise de furie dans un couloir de métro pour Anna s'achevant en accouchement symbolique de fluides malins. ![]() Ils auraient pu être choisis par hasard, et si la totale sujétion d'Anna à son rôle s'oppose quelque peu au regard plus tempéré et lucide de Mark, ils n'en restent pas moins tous deux des pions, dont l'individualité est aliénée à ce dessein mystique intégré à la société. Il ne s'agit pas de penser l'individu comme s'opposant à la société, mais comme la plus petite unité en laquelle elle peut incarner sa tension. La crise (commune au début) du couple se révèle être un leurre, et c'est l'interaction entre Anna et Mark qui peut tisser le lien entre cet enfermement quotidien accepté et cette métaphysique duelle, par leurs actions, ils se contentent de déplacer, de répartir des fragments d'entités jusqu'à les reconstituer, à la seule fin dirai-je, de l'observation de ce qui sourd dans un monde apathique et de la prédiction (étrange scène finale avec des bobmbardements ? en off) de l'immanence d'un conflit (ou de la continuation du précédent, 39-45). Pas vraiment possible de savoir, le film offre peu de prises - et tant mieux. L'interprétation des deux acteurs principaux, Isabelle Adjani et Sam Neill, est suffisamment "possédée" et la réalisation prégnante pour laisser un sentiment de cohérence et de densité. Le film agit au final comme une métaphore de la création, de la possession par la muse, de la possession par l'Autre, double nécessaire à la vie (la mère de Heinrich se tue sachant l'âme de son fils morte). Cette sortie DVD est une aubaine, le film n'existait pas en zone 2. Cela permet de retrouver une belle version originale, et d'agrémenter la vision du film d'entretiens avec Zulawski et avec Adjani. On regrette l'affiche originale sublime pour une jaquette un peu quelconque, mais on se rattrape sur internet. Bouclez la boucle, et prenez possession de Possession ! ![]() Possession (Allemagne, France, 1981) d'Andrzej Zulawski, avec Isabelle Adjani, Sam Neill, Heinz Bennent. Retrouvez d'autres articles sur Andrzej Zulawski : Andrzej Zulawski - "La Troisième Partie de la Nuit" Andrzej Zulawski - "Le diable"
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