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Andrzej Wajda - Katyn (DVD)

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Posté par Bruno Piszorowicz le 2010-04-01



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Andrzej Wajda est en partie le cinéaste de la conscience polonaise, creusant au fil de ses films l’histoire récente de cette dernière (sans pour autant s’y limiter). On se souvient bien évidemment de ces deux films de combat : « L’homme de marbre » en 1977 puis « L’homme de fer » sa suite 4 années plus tard filmé au plus près des grèves du chantier naval de Gdansk mais il ne faut surtout pas oublier son superbe Kanal de 1957 rendant compte de l’insurrection de Varsovie de 1944 ou encore son film Korzcak de 1989. Le personnage de Korzcak mérite quelques lignes, ce fut l’un des plus grands intellectuels polonais du XXè siècle, pédiatre de son état, il refusa d’abandonner les enfants dont il s’occupait quand ceux-ci partirent pour Treblinka, il mourut avec eux.
 
Le dernier film en date du réalisateur creuse à son tour la mémoire collective de la Pologne en s’attaquant à une autre pièce sombre du passé, le massacre organisé de plusieurs milliers de militaires mais surtout d’officiers de l’armée polonaise vaincue par l’armée rouge durant le conflit mondial. On connait l’histoire dans ses grandes lignes. Rapidement vaincus les militaires polonais sont arrêtés de part et d’autre des deux fronts ouverts par les nazis et les soviétiques. L’armée Rouge, la police politique pour être plus précis, va ensuite assassiner de sang froid, d’une balle dans la nuque, des milliers d’officiers mais aussi étudiants officiers de réserve, en qualité d’élite actuelle et potentielle, dans la forêt de Katyn (située en Russie occidentale) mais aussi dans divers autres endroits du pays. Ce sera l’armée allemande qui découvrira le charnier, s’empressant de dévoiler aux yeux du monde l’atrocité commise par Staline et ses sbires qui auront beau jeu de renvoyer la balle (façon de parler) du côté des nazis. Il faudra attendre Gorbatchev pour que la Russie reconnaisse officiellement sa responsabilité dans ce carnage.
 
Ce film de Wajda c’est à la fois l’histoire de ce massacre et l’histoire ce ce mensonge.
 
Le massacre de Katyn est donc, vous le comprenez, un sujet fort du peuple polonais, une date noire et emblématique des souffrances endurées, il allait de soi que Wajda s’empare de ce sujet un jour ou l’autre, d’autant qu’il perdit son père dans ces « purges », non pas précisément en forêt de Katyn comme il est dit un peu partout mais à la faveur d’un autre massacre participant au même élan destructeur dans un autre endroit (De l’avantage de regarder les bonus d’un dvd quand on choisit d’évoquer un film, cela évite de foncer tête la première comme ses petits camarades dans le panneau « il filme pour son papa qu’est mort là-bas ».).

La scène d’ouverture du film est saisissante, Wajda y fait figurer en effet un pays doublement vaincu, d’abord en son versant ouest avec l’avancée de l’armée allemande puis côté oriental avec les troupes russes qui fondent à leur tour sur le vieil aigle polonais. On voit ensuite un hôpital où les militaires vaincus reçoivent soin et/ou bénédiction post mortem, la Pologne aux environs du 17 septembre 1939, les premières lueurs de la Seconde guerre mondiale, la Pologne comme première vaincue du conflit puisqu’elle disparaitra de facto quelques jours plus tard, son peuple comme perdu, hagard, lancé sur des routes sans issues pour éviter au péril nazi et/ou soviétique, un profond tournis.

 


Pour évoquer la tragédie du massacre de Katyn, Wajda a simultanément affronté les événements , l’Histoire si vous le voulez, tout en évoquant le sort singulier des hommes, une récurrence de son cinéma. Ce faisant Katyn n’est pas la reconstitution historique du carnage, ce n’est pas là une célébration surlignée en pathos d’événements tragiques déroulés au tout début du conflit mondial, c’est avant tout une adaptation, celle du roman Post Mortem de Andrzej Mularczyka., roman qui aborde par son flanc pourrait-on dire l’Histoire.

Il va de soi que Wajda évoque aussi en creux son histoire personnelle, subtilement et pudiquement, en filmant ses enfants dont il fut qui attendirent longtemps des nouvelles de leur père porté disparu en pure perte, en se focalisant sur le drame de ses familles dont le père ou le frère avait disparu subitement en 1941
Aux exactions réelles et dramatiques commises par les Allemands sur le sol polonais et partout ailleurs sur le front de l’Est (et ailleurs), Wajda rend ici compte en un miroir déstabilisant des méfaits soviétiques, tout aussi barbares envers le peuple polonais. Ce cher Staline, ce grand ami de la Pologne lui qui ordonna ces massacres de masse de l’élite polonaise alors vaincue et inoffensive, ce bon vieil Oncle Joe comme l’appelait Roosevelt, ce bon progressiste américain qui ordonna le silence quand les informations relatives au massacre parvinrent aux oreilles des alliés occidentaux en 1942. Ce cher Staline qui ordonna à l’armée rouge de stationner dans les faubourgs de Varsovie en juin 1944 quand ses habitants déclenchèrent une insurrection pour aider les soviétiques à chasser l’occupant, Staline pensait que les nazis briseraient la résistance en une semaine, il fallut attendre deux mois. (fait historique que Wajda ne put évidemment montrer dans son film Kanal, réalisé aux belles heures de la Pologne communiste et vassalisée).
 
Il suit tout d’abord presque factuellement le récit des années de « guerre » qui voit une Pologne vaincue puis démantelée, on y voit les officiers emprisonnés, on y voit les familles continuer de vivre bon an mal an, on y voit enfin un grand trou noir qui fait suite à l’année 1941, celle qui voit l’Allemagne attaquer la Russie et s’enfoncer sur son territoire jusqu’aux portes de Moscou, on y voit que ce massacre de Katyn était connu de tous en Pologne avant même la fin de la guerre, que tout le monde savait ou presque que les Russes en étaient coupables, on verra comment continuer à vivre ainsi sous le joug soviétique et sa vérité officielle contraire. Auparavant on aura ressenti au plus près les atermoiements des uns et des autres
 
« Personne ne sait, rien n’est sur. »
 
On aura vu un mort revenir chez lui, des supposés vivants ne pas donner signe de vie, on y voit un film de propagande soviétique, de l’époque, sur les exactions allemands en foret de Katyn, les mêmes termes ou presque que celui qui nous était montré côté allemand. On évoque la nécessité de reconstruire le pays, « d’oublier », « de pardonner », cette nécessaire omerta et cette nécessaire acceptation du discours officiel, la vie au jour le jour jusque ses dérisoires enjeux (une pierre tombale à changer, un CV à modifier) et ses tragiques conséquences pour qui suit le chemin de la vérité.
 
« Je ne choisis pas les morts mais les assassinés, pas les assassins »
 
C’est enfin la lecture du journal d’un officier qui éclairera la lanterne du téléspectateur, ce récit d’emprisonnement qui s’arrête brusquement non pas en 1942 (date soviétique du massacre, à l’époque la forêt était en territoire allemand) mais en 1941 et cette vérité qui éclate alors de tout son éclat. L’occasion pour Wajda, il dira lors d’un long et passionnant entretien disponible ici en bonus, combien il a hésité à filmer ou pas ledit massacre, combien enfin il a choisi de le montrer, simplement, sans éclat, avec toute sa barbarie, cette shoah par balles version polonaise prend place aux côtés des innombrables crimes de guerre nazis sur la liste noire des exactions de la seconde guerre mondiale.
 
Il serait faux de dire que Wajda a toujours su gardé un équilibre pointilleux entre la profondeur de ses sujets et le traitement appuyé côté pathos et grandiloquence de celui-ci, il faut dire ici combien il réussit avec Katyn ce tour de force, on apprécie la sobriété du traitement et l’absence d’effets appuyés autour de situations susceptibles d’être ainsi traitées. Katyn est un grand film sur l’histoire et sur le mensonge d’Etat, c’est un grand film d’Andrzej Wajda.
 
L’édition proposée par les Editions Montparnasse est une pleine réussite, les bonus y sont nombreux et surtout passionnants.  On peut ainsi y regarder les films de propagande réalisés par les Allemands puis par les Soviétiques autour du charnier de Katyn, on y frissonne en relevant un vocabulaire courant côté nazi autour des slaves, vocabulaire décrypté par Jonathan Littel dans son essentiel ouvrage « Le sec et l’humide »,on y voit aussi une sorte d’effet Koulechov affilié au réel, tant les images semblent souvent identiques d’un film à l’autre et tant le propos diffère pourtant de tout au tout. Andrzej Wajda revient sur l’histoire du film et sa réalisation lors d’un très long entretien, écoute essentielle pour relever combien il souhaitait éviter avant tout la simple évocation d’un drame personnel et douloureux pour rendre compte de la souffrance et de la mémoire de tout un pays. On note encore un témoignage direct du massacre autour de l’expérience d’un officier miraculé sans oublier encore une mise en perspective historique du film et dans l’histoire polonaise et dans la filmographie de Wajda.
 
Wajda réalise ici peut-être l’équivalent du Pianiste pour Roman Polanski, deux témoignages vrais et hors du commun d’une seul et même tourmente, celle subie par la Pologne durant les soixantes dernières années du siècle précédent.

 

 
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Commentaires
De : Léo

bonsoir,

j'ai donc vu ce film lors de sa sortie en salle, malgré sa très faible diffusion, et en suis sorti ébranlé. vous soulignez à juste titre le soin extrême porté sur la réalisation, amenant une part importante de la critique, comme auparavant pour Le Pianiste de Polanski, à considérer Katyn comme porteur d'un lourd académisme. la séquence d'ouverture vous a semble t il impressionné, je voudrai quant à moi évoquer la surprise de la ou de l'une des dernières séquences je ne sais plus très bien, celle de l'exécution des polonais.
s'il était possible d'émettre la critique, o combien peu inventive ni originale, que le film est "académique", je crois que la frénésie à la fois accusatrice mais aussi désabusée avec laquelle Wajda filme le massacre a de quoi égratigner sérieusement ce jugement, facile je le répète.

merci de parler de cette sortie dvd!

De : Laurence

bel article !

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