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Andrew V. McLaglen - "Bandolero" / John Huston - "Le vent de la plaine"
Sorties DVD
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Bandolero a, en apparence, tout du western américain classique dont il reprend la plupart des archétypes. Il appartient en particulier au sous-genre du film de fuite et de traque. L’aventure des frères Bishop ressemble à bien d’autres aventures : après un hold-up raté et meurtrier, Dee (Dean Martin) et ses acolytes pilleurs de banque échappent à la potence grâce à l’intervention de son frère ainé Mace (James Stewart). Ils s’engagent alors à travers un Mexique déjà menaçant, poursuivis par le shérif et ses hommes, non sans avoir kidnappé Maria, la femme d'une de leurs victimes. Mace est le sage du duo, d’habitude du bon côté de la loi, face à son frère fougueux qu’il aimerait remettre sur le droit chemin. Bandolero, n’a a priori absolument rien d’un film grave. La réalisation de cet artisan du western et du film de guerre patriotique qu'était Andrew V. McLaglen bien qu’assez anonyme, reste solide et si Bandolero n’échappe pas aux conventions, son déroulement comporte son lot de surprises. Le ton enlevé, ouvertement léger, en fait un pur divertissement, souvent proche de la comédie, emmenant le spectateur "en terrain connu", tout en disséminant petit à petit des éléments perturbateurs plus sombres qui conduisent une œuvre d'abord distrayante à défaut d’être originale vers la tragédie. Elle expulse une mélancolie inattendue, contribuant à cette impression de fausse route d'un film qui annonce trop clairement ses couleurs et ses codes pour mieux dériver ailleurs. L'arrivée de l'ennemi sans nom, la figure du Mal qu'on ne connaît pas, contribue à ce changement. Les autres "banditos" mexicains sont des ennemis presque invisibles, rendant la chasse lancée contre les pilleurs de banques totalement absurde.
On retrouve plus encore chez Huston cet effet anxiogène du lieu, de l’horizon et de l’attente. Réalisé en 1960 entre un film peu apprécié (à tort) - Les racines du ciel (1958) – et un film adulé (à raison) – The Misfits (1960), Le vent de la plaine occupe une place curieuse dans la filmographie de John Huston et ne fait pas partie de ses œuvres les plus aimées ni connues. Pourtant, Huston y emploie le genre pour y illustrer ses thèmes fétiches : l’homme et son identité, son rapport à l’autre, son destin, le Mal profond et persistant… et cette irréparable faute qui le tourmente. L’argument est simple : composée d’une veuve (Lillian Gish) entourée de ses trois fils et de leur sœur adoptive Rachel (Audrey Hepburn), les Zachary continueraient de mener une existence paisible et sans histoire en vivant de leurs terres et de leur bétail, si l’arrivée d’un mystérieux personnage à l’allure fantomatique ne venait pas en bouleverser le destin. Ce dernier commence à colporter un peu partout qu’il connaît la vérité sur Rachel : elle aurait été enlevée aux indiens par les blancs alors qu’elle était bébé. Les indiens vont tout faire pour récupérer l’enfant qu’on leur aurait volé. Le frère ainé, Ben (Burt Lancaster) se met en devoir de protéger sa famille, coûte que coûte. A y regarder de plus près, le traitement que fait subir Huston au western n’est pas éloigné de celui auquel procèdera Polanski pour le film noir dans Chinatown. Ici, l’héroïsme n’est qu’un leurre pour dresser le triste bilan des hommes minés par leurs fautes et entrainant leurs descendants dans leur sillage. Sous-jacent, le pessimisme s’y répand insidieusement mais sûrement. En prétendant évoquer la force familiale, le courage du héros s’exerçant toujours pour protéger la sacro-sainte cellule, c’est du péché « originel » que Huston parle, du crime fondateur, du ver dans le fruit qui scellera tôt ou tard plus que sa reconstruction, sa dissolution, ce que suggère magnifiquement le titre original « The Unforgiven »[1]. L’idéal familial n’est qu’une belle image pieuse, un mensonge. On peut imaginer que ce film maudit de Huston s’il n’avait pas subi, outre son tournage chaotique, les mutilations de ses producteurs, aurait pu être un chef d’œuvre. Le personnage de Johnny Portugal, le portugais rejeté autant par les blancs que par les indiens, occupait une place beaucoup plus importante dans la version voulue par Huston, véhiculant avec puissance le message du cinéaste contre l’intolérance et le racisme. Dans son état actuel, Le vent de la plaine n’en continue pas moins de happer le spectateur, à l’instar de La splendeur des Amberson qui bien que n’appartenant plus vraiment à Welles, restera parmi les œuvres majeures du cinéaste. Les copies superbes, les suppléments analytiques passionnants sous la direction de l’indispensable Patrick Brion (avec la collaboration de François Guérif) tout aussi intéressant dans ses recadrages historiques que lorsqu’il évoque l’œuvre de Huston, contribuent à nous encourager à nous jeter sur ces deux westerns, même s’il faut bien avouer que la puissance du Huston est écrasante. [1] "Coïncidence", Unforgiven est également le titre original d'Impitoyable réalisé par Clint Eastwood en 1992, autre grand western crépusculaire traitant lui aussi magnifiquement du Mal, de la culpabilité et des mythes effondrés. On se souviendra également que dans Chasseur blanc, coeur noir Eastwood racontait l'aventure de Huston bien décidé à tuer un éléphant en Afrique, et que lui même incarnait le cinéaste. Retrouvez d'autres articles sur John Huston : John Huston - "Promenade avec l'amour et la mort" John Huston – "Le Malin" John Huston - "Au dessous du volcan" (DVD) John Huston - "La nuit de l'iguane" (reprise cinéma) "Gens de Dublin" : ressortie salles du merveilleux film de John Huston. Des places à gagner. John Huston - "Gens de Dublin" John Huston - "La lettre du Kremlin" ("The Kremlin Letter", 1970, DVD) Concours Culturopoing/Opening : des DVD de "La lettre du Kremlin" à gagner
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