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Andrew Kötting – Ivul (avant-première)

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Posté par Marion Oddon le 2010-01-14



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Après « Cette sale terre », sortie en 2001, déroutante vision de l’Angleterre des campagnes, Andrew Kötting poursuit sa trilogie de la Terre avec ce deuxième opus : « Ivul ». Fortement emprunt de « La terre » de Zola et de sa série des « Rougon-Macquart », ses films sont chargés d’une texture dense, à la fois rêche et nostalgique. Derrière cette terre, c’est tout un terroir et des coutumes que décrit ce réalisateur singulier. Elle est la matrice nourricière, l’arbre représentant la mémoire généalogique : il fouille dans le passé et se projette dans l’avenir. Le carcan familial et l’héritage sont donc au cœur de ce travail réflexif.

Le premier volet de sa trilogie s’attachait à la boue et aux corps lourds, celui-ci s’élève pour mieux jauger ses racines. Le troisième, en préparation, explorera les entrailles de ce patrimoine subi. Dans « Ivul », Alexandre, adolescent sombre, est secretement amoureux de sa sœur Freya. Quand celle-ci part pour la Russie, elle l’autorise à un baiser d’adieu. Surpris par le jardinier Tchili, Alexandre est banni par son père. Comme le Baron perché d’Italo Calvino, il décide de s’enfuir par les airs. La famille, déracinée, sombre alors dans une folie sans retour.

Kötting fut enfant des arbres pour s’éloigner de l’étreinte paternelle. Bûcheron avant d’être artiste. C’est de là sans doute que lui vient cette vision si proche de la nature, présente depuis ses premiers films. Sous son objectif elle semble débordante mais permet aux personnages d’acquérir du volume et une aura mystérieuse. Il n’est nullement question d’un film écologiste (quoi que), mais plutôt d’une quête intimiste. Attentif aux détails, Kötting aime filmer ses acteurs en gros plan et la nature en mouvement fébrile, comme vivante (les archives d’une opération d’un patient à cœur ouvert en est une belle métaphore).
 

Ce film tourné dans les Pyrénées avec des acteurs français est teinté d’un regard anglais, ajoutant au charme, accentuant l’aspect fantomatique de ces personnages de contes. On découvre ici un Kötting romantique qui laisse deviner plutôt que de dévoiler. Les séquences entre Freya et Alexandre sont de magnifiques hommages à la peinture hollandaise, créant des zones d’ombres dans lesquelles se tapissent secrets et émotions. Des interludes de films en noir et blanc, tournés en super huit, développent un espace atemporel. Le manoir en ruine et la musique de Christian Garcia, s’accordent à suppléer le rythme contradictoire de la nature (tantôt agité, tantôt figé).

Andrew Kötting réussit le difficile exercice de faire exister cette famille en déliquescence, chabrolienne dans sa décadente indolence et donne à Jean-Luc Bideau et Aurélia Petit une belle occasion de renouer avec un cinéma d’auteur engagé dans une démarche personnelle forte. Il crée des films naturalistes, s’approchant d’une vision qu’avait pu avoir Tanner en son temps, et qui se retrouve aujourd’hui chez certains cinéastes comme Bruno Dumont, qui partage avec Kötting son actrice Adélaïde Leroux, que l’on avait pu voir dans « Flandres ». Cette nouvelle vague en gestation (on pense à Bonello, Kelly Reichardt ou Harmony Korine) développe un cinéma à part dans le paysage actuel, forcément à soutenir pour son indépendance sans concession et la richesse de son univers.

Notons enfin qu’Ivul était initialement une installation…Un indice aussi pour la compréhension du film.
 


Sortie en salles le 20 janvier 2010


 


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Commentaires
De : elysia

le thème, son traitement ainsi que celui de la photographie me donnent vraiment l'envie de découvrir ce réalisateur que je ne connaissais pas jusqu'alors.

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