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Alfred Hitchcock - "The Lodger" (inédit, 1927)

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-11-13



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Il est étonnant de penser qu'un film d'un cinéaste aussi statufié qu'Alfred Hitchcock puisse être "inédit" après quatre-vingt-trois ans. Surtout quand son auteur lui-même le considérait comme son "premier" film, alors qu'il en avait réalisé quatre auparavant. Comment recevoir aujourd'hui The Lodger, si longtemps après sa réalisation ? Comment faire abstraction du fait qu'il s'agit d'un film d'Hitchcock et donc d'essayer d'y voir des prémisses, des correspondances, des thèmes communs au reste de son oeuvre ?...
 
De fait, oui, The Lodger installe déjà quelques repères et l'on voit ce que Hitch' voulait dire à François Truffaut en datant ses vrais débuts de cinéma à 1927. D'abord en installant la figure récurrente de son cinéma (au point d'en avoir fait le titre d'un de ses films, The Wrong Man), celle du (vrai) faux coupable. On ne ruinera pas le suspence (un comble, pour un film d'Hitchcock, non ?) en disant ici si le jeune locataire des Burting est réellement le Vengeur ou non ; disons simplement que l'ambiguité entourant son personnage rappelle énormément celui de Cary Grant dans Soupçons.
En jouant les fétichistes du détail (mais on sait à quel point Hitchcock lui-même l'était), on peut s'amuser à identifier quelques figures de style qui deviendront familières (comme l'importance attachée aux escaliers, que l'on retrouvera notamment dans Rebecca, Soupçons, Sueurs froides ou Psychose) ou constater que Hitchcock était déjà un formaliste souvent inspiré (le plan du locataire montant l'escalier dans la pénombre, dont seule la main tenant la rampe est éclairée, par exemple) et au service de son récit.

Ivor Novello dans "The Lodger"
Ivor Novello
 
Certains distinguent schématiquement deux catégories de cinéastes : les cinéastes du plan et les cinéastes de la scène. Les premiers bâtiraient ainsi leur mise en scène à partir de quelques idées visuelles très fortes et aptes à capter l'attention de leur public (on n'est pas toujours très loin de l'esthétique publicitaire, d'ailleurs...) ; les seconds travailleraient davantage sur l'idée de continuité d'un récit. Cela ne veut évidemment pas dire que les uns se moquent du scénario et les autres du cadre. Mais disons que si l'on doit répartir les deux grands champions des Cahiers du Cinéma des années 50, qui les ont consacrés Auteurs majuscules, dans ces catégories, Hitchcock est plutôt un cinéaste du plan, dont certaines images sont devenues des icônes de l'Histoire du cinéma (le chignon de Kim Novak dans Sueurs froides, le cri de Janet Leigh sous sa douche dans Psychose, le verre de lait de Soupçons, les Monts Rushmore dans La Mort aux trousses, etc.), et Hawks un cinéaste de la scène.
On retrouve bien cette exigence formelle, presque plastique, dans The Lodger, qui en fait d'ailleurs le principal intérêt. Ce n'est probablement pas le cas mais on pourrait penser qu'Hitchcock n'était si fier de ce film que pour le seul plan d'apparition du locataire (Ivor Novello), sortant du fog londonien la moitié basse du visage masqué par son écharpe, le regard comme celui d'un spectre.
 
Ou d'un vampire, tant cette apparition évoque Nosferatu. Daisy, la jeune fille de la maison, tombe sous le charme de son locataire un peu comme Ellen se laisse envoûter par le compte Orlock dans le film de Murnau. C'est loin d'être le seul emprunt d'Hitchcock à l'expressionnisme, d'ailleurs, son jeu sur les lumières ou son utilisation de certains symboles (la croix, le triangle...) renvoyant au cinéma allemand de l'époque. Curieusement, les analogies avec le M le maudit de Fritz Lang, pourtant tourné quatre ans plus tard, sont également nombreuses, à commencer évidemment par le sujet, celui de la traque de ce que l'on n'appelait pas encore un serial killer. Les deux films sont inspirés d'un cas réel, celui de Jack l'éventreur pour The Lodger mais via un roman éponyme d'une romancière très populaire à l'époque (Marie Belloc Lowndes), celui du "Vampire de Düsseldorf" pour M.

Ivor Novello et June Tripp dans "The Lodger"
Ivor Novello et June Tripp
 
Cette importance historique certaine de The Lodger dans la filmographie d'Hitchcock (et donc, d'une certaine manière, dans l'Histoire du cinéma) suffit-elle à en faire un grand film ? A la vérité, pas toujours.
Outre le fait que la copie n'a pas évité tous les ravages du temps, le film souffre de deux écueils principaux : le jeu assez peu subtil d'Ivor Novello, chanteur à l'époque très populaire, à la filmographie riche d'une vingtaine de titres (il tournera d'ailleurs à nouveau l'année suivante avec Hitchcock dans Downhill et sera étonnamment, quelques années plus tard, le dialoguiste de... Tarzan, l'homme-singe !), ainsi qu'un rythme globalement un peu languissant et une intrigue trop répétitive. Dommage, aussi, que la grande popularité de Novello n'ait pas autorisé Hitchcock à filmer la fin plus ambigue qu'il souhaitait.
The Lodger porte donc la maque naissante d'un grand metteur en scène faisant ses gammes, inspiré par séquences. Si ce film est le "premier" d'Hitchcock *, on se permettra néanmoins d'estimer qu'il faudra attendre encore deux ans on premier chef d'oeuvre : ce sera Blackmail, mais c'est une autre histoire...
 
 
* Et faillit tout aussi bien être le dernier tant ses producteurs furent mécontents de son premier montage...

Sortie le 17 novembre 2010


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