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 Richard Linklater - "Boyhood"

 Bill Douglas – "Comrades" (1987)

 John Frankenheimer - "Seconds, l'opération diabolique" (1966)

 Paris Cinéma 2014 (1) - "Jauja", "Chemin de croix" et "Sunhi"

 Paris Cinéma 2014 (2) - "L'incident" et "Seconds"

 Paris Cinéma 2014 (3) : "Party Girl" et "A Cappella"

 Paris Cinéma 2014 (4) - "Au Revoir l'été" et "Mange tes Morts"

 Paris Cinéma 2014 (5) - "L'institutrice" de Nadav Lapid

 Jonathan Glazer - "Under the skin"

 Howard Hawks – "L'impossible Monsieur Bébé" (1938)

 Joseph L. Mankiewicz - "Chaînes Conjugales" (1949)

 Hong Sang-soo - "Sunhi"

 Dean DeBlois - "Dragons 2"

 David Robert Mitchell – "The Myth Of American Sleepover" (2010, DVD)

 Jean Epstein - "La Chute de la Maison Usher"(1928)

 Yi’nan Diao - "Black Coal"

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Alexander Sokourov - "Faust"

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Posté par Laura Tuffery le 2012-06-19



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Récompensé du Lion d'or à la 68ème Édition du Festival de Venise, librement interprété de l'oeuvre de Goethe, l'adaptation de Faust est déjà en soi un réel exploit. Alexander Sokourov le double d'une oeuvre magistrale, visuellement hypnotisante et d'un Faust qui nous serait contemporain et qui après avoir traversé toutes les folies des siècles passés et de celui-ci, incarnerait à lui seul un nihilisme absolu, radical. Face au glaciers et aux larmes de Méphistophélès, auquel il a vendu son âme, c'est lavé de toute culpabilité et de tout désir, si ce n'est un désir de puissance vain, que Faust devient le mal qui le ronge lui-même : une éternelle solitude sans espoir de salut régnant en despote sur une humanité affamée, désertée, que pas même l'amour ne sauve.


 
Gigantesque fresque sociale traversant l'histoire et indissociable de la seule tragédie humaine individuelle et collective, le mythe légendaire de Faust vient parachever la tétralogie de Sokourov, avec cet ultime portrait qui en serait la condensation, sorte de figure moderne et cynique, puisée dans celle, légendaire, de l'alchimiste qui vendit son âme au diable Méphistophélès, face à l'aporie à laquelle le condamnait son art et sa quête existentielle, en échange des jouissances sonnantes et trébuchantes de la vie. Mais à l'image du décor construit autour d'étroites ruelles, c'est un monde étroit, suffoquant, coincé entre le Moyen-Âge et le XIXème siècle, un monde pestiféré par la cupidité et la faim, où errent les hommes à l'instar des chiens, que Sokourov dépeint et déploie, telles des enluminures de Bruegel ou Altdorfer; un monde où la vie et l'enfance n'ont pas droit de cité.



Ainsi le film s'ouvre-t-il après une vue panoramique sur un paysage de bâtisses ruinées, par un plan large et inattendu sur les testicules et le phallus atrophié d'un homme mort dont Faust extraie les viscères, tout en s'interrogeant sur la région dans laquelle se situerait l'âme. Ce plan dont aucune connotation sexuée ou sexuelle ne se dégage, augure d'un monde où le désir, la pulsion de vie n'a plus force de loi et que Sokourov décline sous de multiples variantes. Il augure également d'une oeuvre cinématographique d'une grande esthétique, audacieuse et dépoussiérée, où la dimension fantastique et onirique permet au film, au delà du propos, de demeurer un conte.


Dans cet univers de rocailles et de caillasses - chloroformé grâce au procédé amplifiant des anamorphoses de l'image - le Faust de Sokourov cherche son salut auprès de Méphistophélès, le diable-usurier prêteur sur gage – personnage qui comporte quelque parenté avec l'univers de Lynch ou de Fellini - pour ceux qui n'ont plus ni temps ni argent et ont forcément perdu tout sens de l'humour. La rencontre entre Faust et Méphistophélès marque après une première partie close et aride, une seconde partie flottante où l'effet hypnotisant de l'image surexposée, séduit et fascine tout autant qu'elle transporte comme sont transportés et métamorphosés Faust (Johannes Zeiler), Méphistophélès (Anton Adansinskiy) et Margarete (Isolda Dychauk).
A travers ce chaos où règnent ennui et confusion, c'est un monde en chute libre que dépeint Sokourov, un monde dans lequel pas même le fruit mûr de « l'origine du monde », délicatement dévoilé sous le jupon de Margarete ne parvient à faire frissonner Faust durablement et où la grimace du désir se confond avec celle du dégoût, celle de l'envie se métamorphosant en un rictus de prédation qui sitôt s'évanouit.


Tableau après tableau, Sokourov relie, disperse puis réunit les époques de l'histoire entre elles, imprimant ainsi une continuité vertigineuse au Mal en lui prêtant le visage du Bien, tandis que Faust se métamorphose progressivement, entrant à la façon d'un spéléologue, dans une mégalomanie dépouillée, débarrassée de toute culpabilité première. Qui de Méphistophélès ou de Faust, chevauchant, fuyant un monde qui n'est plus que friche, l'emporte quand une ère glaciaire recouvre tout espace, les laissant face à des glaciers infranchissables?
Qu'est-ce que le rire de Faust, ses formules incantatoires s'adressant au-delà des montagnes, étouffant les larmes de Méphistophélès à coups de pierre, sinon le triomphe cynique d'une puissance absurde aux confins de la folie?


Sokourov s'inscrit avec Faust dans la continuité d'un cinéma exigeant comme peut l'être celui de Béla Tarr ou de Terence Malick, un cinéma qui parvient à abolir visuellement les frontières temporelles et à relier les épopées humaines et littéraires – Faust tutoie ici directement Sisyphe et Don Quichotte et côtoie autant Cervantès, qu' Aldous Huxley ou George Orwell – dans ce qu'elles ont de prémonitoires ou de visionnaires sur nos tragédies collectives et individuelles, sans jamais être « totalitaires » mais profondément universelles, grâce à un langage cinématographique qui peut nous transporter voire nous dépasser sans jamais nous surplomber.
 


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