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Alan Ball - "True Blood", saison 3

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Posté par Florence le 2010-12-13



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La diffusion de la saison 3 de True Blood s'achève sur Orange Cinéma séries et nous constatons avec horreur que nous n'avons pas tenu la promesse de répondre aux questions posées à la fin de la saison 2. Pire que cela, il nous apparaît inutile de le faire : cette saison 3, dans la lignée des précédentes, en rajoute des couches dans l'excès et dans le fantastique, loups garous et tutti quanti venant s'ajouter aux vampires, métamorphes, ménades et autres télépathes.... et reste assez passionnante, drôle, émouvante, parfois saisissante de beauté dans la forme. Bref, au dessus du lot, mais ça on l'a déjà dit et réjouissante, car l'effet de catharsis est incontestable. Vous êtes coincés dans la vie ? Les gens vous font chier ? Les carcans vous insupportent ? Vos émotions vous submergent ? Regarder True Blood peut être le début de la guérison, ou à tout le moins un palliatif, et en tout cas, un dérivatif, qui vous permettra peut-être de ne pas réellement mordre votre collègue (ou votre chéri(e)).  
Mais donc quand on décide de ne pas tenir des promesses qui de toute façon n'en valent plus la peine, puisque tout a été dit, que faire alors ? Alors, il faut revenir aux sources - toujours revenir aux sources, voilà une règle de vie et de fiction (hum !). Chaque épisode, depuis trois ans, s'ouvre par le même générique, un générique dont on a déjà dit qu'il était extraordinaire, fascinant, atrocement moite. Oui ! mais il a fallu le voir presque une trentaine de fois (!) pour que se révèle cette évidence qui crève les yeux : il n'y a pas de vampires au générique de True Blood. Ben non, aucun. Dingue, hein !? Pas la plus petite trace de vampires, de dents acérées, de teint blafard, ni même de gousse d'ail. Or, c'est bien connnu, gousse d'ail dans ta maison égale vampires à l'horizon !

Alors, je veux bien qu'on dise qu'Alan Ball surfe sur la vague des vampires (pauvres vampires, transformés en surfeurs), qu'il est dans l'air du temps, voire qu'il cède à la mode cinématographique du moment. Peut-être. Peut-être en effet faut-il y voir un signe des temps, mais là où les fictions à vampires les plus populaires du moment s'adressent aux adolescents boutonneux tout encore angoissés par leur corps qui se transforme et, en effet, les vampirise, là, où ces films ne laissent aucune place à la sexualité réelle, celle qu'on fait, vraiment, et qui s'incarne dans des corps vivants, celle qui fait vraiment du bien, ou vraiment du mal, c'est selon, l'auteur de Six Feet Under réalise une série pour adultes (attention, gros mot) ; ou, comme le disent les hypocrites pastilles américaines, "parental advisory, explicit content", une série explicite, radicale, en chair et en sang, qui n'a rien à voir avec l'exploitation éthérée de la figure du mort vivant qu'est ailleurs le vampire, ce puceau (300 ans et toujours puceau !) revenu des limbes, pour faire s'évanouir les jeunes filles étouffées de leurs désirs inavouables (on se croirait au 19ème siècle).
Et ça, c'est le générique qui le dit le mieux.

Donc, pas le plus petit vampire au générique de True Blood. Par contre, du coup,  on a bien regardé et on a vu :
- les bas-fonds marécageux,
- l'œil inquiétant d'un crocodile, guettant dans la boue,
- des bayous du diable (comme dans Bernard et Bianca, de Walt Disney, un sacré traumatisme d'enfance, avec cette Cruella d'enfer et son Snoops, acolyte idiot et obéissant, prêt à martyriser une orpheline pour récupérer, au fond de ce bayou du diable, un énorme diamant dans un crâne),
- des villes du sud des Etats-Unis (ce Sud esclavagiste, dont le passé resurgit dans True Blood comme il est présent dans Treme, d'une autre manière),
- des manifestants (pour les droits civils ?) violemment appréhendés par des policiers blancs,
- une fille en soutif et culotte noir, de dos, toute hanches sorties, cul en arrière,
- immédiatement ensuite, un serpent menaçant, gueule ouverte, prêt à mordre (la fille, le serpent, la Bible, le puritanisme, finalement, et sa négation : la beauté sexy de la fille, simplement sensuelle),
- une voiture abandonnée,
- un enfant aux yeux innocents dans une réunion du Ku Klux Klan,
- un mec inquiétant, l'air totalement idiot et menaçant, se balançant sur sa terrasse,
- des enfants qui mangent des fruits rouges sang et se lèchent les babines avec une gourmandise innocente, mais néanmoins vorace,

"True Blood"

- dans une salle de billard enfumée, une fille en short qui s'accroche à un type, et en serrant ses jambes autour de sa taille, fait apparaître sur ses belles et puissantes cuisses des ombres de cellulite (moment que je juge personnellement le plus troublant du générique, à cause du mouvement de la fille et surtout de la cellulite qui apparaît - ne me demandez pas pourquoi, je le sais),
- une affiche qui dit "God hates Fangs" - Fang : littéralement le croc, soit une magnifique figure de métonymie,
- des gens dans une église,

"True Blood"

- des corps en transe, se contorsionnant,
- des hommes et des femmes en prière, en extase,
- des danses folles,
- un renard mort dont la décomposition est filmée en accéléré (comme les fleurs mortuaires du générique de Six Feet Under),
- la métamorphose d'une chenille en papillon, en tout cas d'un insecte,

"True Blood"

- des cellules sanguines grossies au microscope, rouges, pliées, dépliées,
- une bouche rouge qui avale, de la fumée,

"True Blood"

- du vaudou,
- et, pour finir, une femme mise à l'eau par deux hommes, puis ressortie : un baptême ?

Bref, avec tout ça, on est servi. Pas un vampire, hein, vous en avez la preuve, que des vrais gens, des images réelles, accélérées, décélérées (travail magnifique sur le rythme, la forme), documentaires et/ou reconstituées, mais des gens, quoi, des vrais. Et ça suinte, et ça transpire, et ça cellulite, ça se tord, se balance, s'emporte, se délecte, s'envoie en l'air, s'extasie. Bref, ça nous dépasse, ça sort, y'a rien à faire, ça se débat, ça lutte, ça vit. Toute la série, dans ses trois saisons, métaphorise cette vérité. Mais pour que nous l'acceptions, elle passe par le détour du fantastique et de l'imaginaire, elle se déguise de vampires et de loups-garous, pour que nos résistances à la vérité (ça nous dépasse), que nos barrières patiemment construites et savamment justifiées, soient enjambées, au détour d'un petit plan de marécage traversé par un loup, d'une petite scène de combat entre vampires, toutes dents sorties, d'un coup d'un seul, sans presque qu'on s'en aperçoive (déjà dit sur la saison 2, d'une autre manière). True Blood est une excellente série, un divertissement, pour adultes, mais il ne faudrait pas la réduire à un genre. Les vampires, ce n'est pas son sujet. Son sujet, c'est nous, car nous sommes des vampires, des métamorphes, des télépathes, des loups-garous. Pas la peine d'aller vous regarder dans la glace, de vérifier la place de vos canines ou de vous affoler si, en ce mois de décembre froid et neigeux, vous êtes un peu pâlichon. Rassurez-vous, nous sommes des vampires, mais qui, la plupart du temps, s'ignorent comme tels (ignorent de le savoir, comme diraient les Inconnus) ; mais Alan Ball lui le sait, fait de la partie (le vampire) le tout (les êtres humains) et il nous le balance à la figure, sans précaution, mais avec malice et tendresse.




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Alan Ball – "True Blood", saison 2


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