bandeau

 





 Rob Epstein & Jeffrey Friedmann - "Howl"

 Abel Ferrara - "Go go tales"

 "El Chino" - Sebastián Borensztein

 Larry Fessenden - "The last winter".

 Gok Kim et Sun Kim- White : the melody of the curse

 Entretien avec Ricardo Darín pour la sortie de "El Chino" de Sebastián Borensztein le 08/02/2012

 Mort du comédien Ben Gazzara

 Bob Rafelson - "Five Easy Pieces"

 Vintage Classics, première salve 2012 : du mystère, de la passion, de l'aventure !

 Tony Kaye - "Detachment"

 Naomi Kawase - "Hanezu"

 Sherlock Holmes, Jeu d'ombres - Guy Ritchie

 Pour une poignée de nanars avec Bach films : science-Fiction des années 50

 Entretien avec Mathieu Demy autour de la sortie d'Americano

 « Est-ce ainsi… Révolutions » pour les 12èmes journées cinématographiques dionysiennes

 Video kills the radio star: "Talk Radio" d'Oliver Stone.

 Leïla Kilani - "Sur la planche"

 Jean-Pierre Denis - "Ici-Bas"

 Millenium - David Fincher

 David Cronenberg - "Faux-semblants" (Blu-Ray)

Tous les articles Cinema

Cinema

Alain Guiraudie – "Le Roi de l’évasion" (DVD)

Sorties DVD
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-03-02



Image principale
Ouvrir
 
Par tic journalistique, on a parfois tendance à (ab)user de l’adjectif "démocratique" pour qualifier un film. C’est joli, même si personne ne sait très bien à quoi ça correspond au juste. En admettant que cela ait néanmoins une quelconque signification (allez, osons ici la référence renoirienne du "tout le monde a ses raisons", qui s’en rapproche sans doute), alors Le Roi de l’évasion est un film démocratique "à la proportionnelle".
Qui dit démocratique induit généralement la tyrannie de la majorité. Chez Alain Guiraudie, il n’en a jamais été ainsi, et pas davantage dans son dernier film que dans ses précédents.
La vertu de la proportionnelle, c’est qu’elle met en valeur les minorités. Minorités sexuelles, mais aussi démographiques et même "esthétiques" dans le cas qui nous intéresse ici. Et comme Guiraudie est aussi un utopiste, il nous dépeint un monde qui, s’il est incontestablement plus réaliste que celui de Pas de repos pour les braves ou Du soleil pour les gueux, ne s’accorde pas moins à ses désirs, où la libido passerait d’un sexe à l’autre, d’un âge à l’autre.

Ludovic Bethillot et Hafsia Herzi dans "Le Roi de l'évasion"
Ludovic Bethillot et Hafsia Herzi

Ne pas croire pour autant qu’elle le ferait sans aucun problème. C’est au contraire tout le sujet du film et l’évasion du titre est, au sens figuré, celle qui permet de franchir la barrière d’une sexualité devenue étouffante, qu’elle soit majoritaire ou non. La belle idée, assez jubilatoire, du film, c’est que son héros, Armand, ne devient paria (à la Brassens, entre Le Gorille et La Mauvaise réputation) que lorsqu’il vire sa cuti à l’envers, passant d’une homosexualité plutôt bien assumée à un irrépressible désir (réciproque) pour une femme. Et lui qui préférait nettement les hommes plus âgés que lui (sachant qu’il tourne lui-même autour de la quarantaine, mais plutôt au-dessus) brûle pour une ado de seize ans (Curly, quel nom !), tant qu’à faire. Ce grand écart démographique accentue évidemment l’ampleur du "pas de côté" fait par Armand et constitue pour Guiraudie un artifice idéal pour justifier que police et voisinage soient aux trousses d’un homme détournant une mineure, même si celle-ci est ô combien consentante. Mais cela produit un effet de décalage tout à fait intéressant : Armand est moralement condamné pour passer de l’homosexualité à l’hétérosexualité, comme si c’était moins l’objet du désir qui importait que le fait que l’on décide d’un seul coup d’en changer, sans explication vraiment rationnelle.

Luc Palun dans "Le Roi de l'évasion"
Luc Palun

Tout cela pourrait rester intellectuellement stimulant mais platement théorique si ça ne s’incarnait pas dans de vrais personnages. Pas tellement Curly, hélas, à qui Hafsia Herzi prête pourtant une belle énergie, car, sans surprise (?), on sent Guiraudie moins à l’aise avec les personnages féminins que masculins. On n’est pas très loin de la caricature de la (jeune) femme à la libido hystérique, qu’Armand finira d’ailleurs par fuir à toutes jambes pour des étreintes plus familières et sereines. Avec Curly, Guiraudie frôle un peu le film "homo-beauf", comme on parle d’"hétéro-beauf", évidemment plus dominant dans la production cinématographique.
Le Roi de l’évasion est en revanche infiniment plus convaincant et attachant par ses personnages masculins, s’avérant presque tous homo ou bi mais chacun à des années-lumière à la fois des clichés "cage aux folles" (évidemment) mais aussi des archétypes publicitaires homo-érotiques métrosexuels. Nul corps (ou sexe) fantasmé à la Tom of Finland ici. Le sexe n’est pas glamour, pas "crade" non plus pour autant, il est juste... sexuel.
Peut-être finit-il par abuser un peu des scènes en slip de Ludovic Berthillot (Armand) mais Guiraudie met en scène des corps normaux, même plutôt vieux et/ou gras, et il les filme malgré tout comme des objets de désir de sujets eux-même désirants, dont le cul est d’ailleurs la grande affaire.

Peut-être le charme de la première fois est-il une mauvaise raison pour aimer un film mais on lui sait gré de nous proposer des personnages comme le vieux Jean (Jean Toscan) ou le commissaire (François Clavier, tout en subtilité), ou bien une scène où, assez naturellement, Armand taille une pipe à son patron juste parce qu’il en a une envie urgente…
Ça ne marchera peut-être pas à tous les coups mais quelque chose nous dit que ça n’est pas demain la veille que ce type de films deviendra l’ordinaire des sorties du mercredi, alors profitons-en aujourd’hui !

Hafsia Herzi et Ludovic Berthillot dans "Le Roi de l'évasion"
Hafsia Herzi et Ludovic Berthillot

Bonus du DVD un peu chiches. Très courte interview d’Hafsia Herzi, pas franchement indispensable. A tout prendre, on aurait préféré entendre Ludovic Berthillot, d’abord parce qu’il est beaucoup moins médiatique, ensuite pour savoir comment il avait appréhendé un rôle doublement nouveau pour lui : celui d’un homosexuel et surtout un premier rôle, après des années de troisièmes ou quatrièmes rôles, au cinéma comme à la télé.
L’interview, plus longue et conséquente, d’Alain Guiraudie est intéressante et laisse présager d’une certaine curiosité pour la suite de sa filmographie. Même si son envie de "recentrage", à tous les niveaux (cinématographique comme politique), nous laisse à vrai dire un peu perplexe…





Share/Save/Bookmark 






Commentaires
De : Flo

Un film assez étrange, bon ça oui, un hymne à la queue !

De : Justine

génial, j'adore cet actrice qui m'a bcp ému dans la Graine et le mulet.
J'ai pu avoir accès à des informations sur un court-métrage auquel elle participe "la fille de sa mère". Tout le monde peut devenir coproducteur de ce projet, si ça vous intéresse :
http://www.touscoprod.com[...]48&s_wbg_menu=4

De : Tirlibornu sur le chihuahua

Concernant la (subtile) analogie avec Tom of Finland je crois justement et au contraire de mon illustre camarade (qui s'y connait bien plus en Tom que moi mais qui en sait bien moins que moi sur la Finlande) que Guiraudie nous montre ici un Tom of Tarn & Garonne, une représentation fantasmée voire idyllique (comme tu le dis dans ta prose belle comme un ruisseau gorgé de soleil) de corps homosexuels en mode France profonde (Gorge du Tarn profondes ? ) et comme coupée d'une quelconque réalité sociale et/ou coutumières .
C'est en tous les cas un film très drôle et une belle découverte pour ce qui me concerne

De : christelle

J'aime aussi cette actrice, je l'ai vu dans un très beau film, la graine et le mulet. Elle est charmante à souhait, c'est une comédienne qui a de l'avenir. L'acteur, je ne connais pas mais sa prestation est moyenne, j'aurai mieux vu Depardieu, il aurait été excellent dans ce rôle.

Insérer un commentaire :
Nom ou pseudo :


Commentaire :


Veuillez entrer le mot de dans la case ci-dessous:


 

 

Recherche sur le site

 

         Sorties salles
         Sorties DVD
         Hors Actu
         Entretiens
         Dossiers/Hommages





FERMER