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Claire Denis - "35 rhums"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2009-02-10



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Il y a quelque chose d'assez singulier avec le cinéma de Claire Denis. On ne peut pas vraiment en faire une "styliste" dont la mise en scène afficherait ostensiblement des effets de signature. Non, l'esbroufe n'est décidément pas le genre de la maison.
Et pourtant, on y retrouve toujours un regard, un climat, mélange d'impressionnisme, de sensations, de non-dits, qui font que l'on sait immédiatement que l'on est bien dans un de ses films.

35 rhums s'éloigne d'une veine un peu plus théorique et/ou plastique, presque abstraite, empruntée avec Beau travail et L'Intrus. Ce dernier film rappelle davantage l'atmosphère de Nénette et Boni, au-delà de la présence de l'acteur fétiche de Denis, Grégoire Colin, ici dans un rôle d'ailleurs très éloigné de celui de Boni.
Que raconte 35 rhums ? Mais raconte-t-il vraiment quelque chose ? Oui, assurément, mais sans qu'on puisse parler d'une intrigue coulée dans le béton, comme les affectionnent les diffuseurs faits de la même matière. Vu par le petit bout de la lorgnette, 35 rhums est une histoire de couple. Mais d'un couple père-fille, dont la mère est absente (on ne saura pourquoi qu'à la fin du film). Le père, c'est Alex Descas qui, comme Grégoire Colin, sait ce que la fidélité de Claire Denis à ses comédiens veut dire. Le grand fauve a grisonné et s'est un peu empâté depuis S'en fout la mort, mais Descas a gardé tout son magnétisme un peu opaque.
La fille, c'est une nouvelle venue, Mati Diop, fille du musicien sénégalais Wasis Diop et nièce du grand cinéaste Djibril Diop Mambéty, récemment disparu. C'est une magnifique révélation, dont la maturité impressionne et crée évidemment un léger trouble sur le statut de ce couple lors des premières scènes du film.

Mati Diop et Alex Descas


Mais 35 rhums n'est pas qu'une histoire de couple, c'est aussi et peut-être surtout presque une "utopie communautaire". Ses quatre personnages principaux (Descas, Diop, Colin et Nicole Dogué, dans un très beau rôle d'amoureuse au long cours, qui n'arrive pas à se résigner complètement) vivent tous dans la même résidence (on ne parlera pas ici de "cité", on ne sait pas trop où l'on est, à vrai dire, a priori en périphérie parisienne, mais dedans ou dehors ?), où les rapports de voisinage semblent idéalement harmonieux. Tellement harmonieux et sans conflits (notamment raciaux) que parler de "naturalisme" quasi documentaire à propos de ce film (et du cinéma de Claire Denis en général, d'ailleurs) serait un total contre-sens. La réalisatrice filme le quotidien, l'ordinaire (ou presque : séquence de suicide assez glaçante...), mais le réalisme n'est pas son souci. Le Paris qu'elle filme est peut-être celui auquel elle aspire, qui semble étonnamment vidé presque entièrement de ses "Français de souche" (Grégoire Colin excepté, dont le personnage est probablement le plus mystérieux de tous). Ses personnages sont d'origine africaine, antillaise surtout, importent leur cuisine, leur alcool, leur musique, leurs légendes (celle des 35 rhums...), mais le film ne revendique pour autant aucun communautarisme. Son Paris est noir ou métis, c'est juste une donnée de sa mise en scène, ni plus, ni moins.
Peut-être est-ce ironiquement qu'elle a titré son prochain film White material ?...


La bande-annonce du film, qui ne donne qu'une idée assez fausse du climat (pas facile de faire une bande-annonce d'un film comme celui-ci, cela dit) mais permet aussi de mettre en lumière la nouvelle très belle collaboration musicale entre Claire Denis et les excellents Tindersticks (après Nénette et Boni et Trouble every day, sans oublier Vendredi soir, dont la musique était composée par le seul Dickon Hinchliffe, l'arrangeur en chef du groupe) :




Retrouvez d'autres articles sur Claire Denis :

Claire Denis - "White Material"


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Commentaires
De : Ishmael

Très grand fan de la réalisatrice, je relève quelques quelques maladresses dans un film plus directement en prise avec le social (Scène lourdingue avec Stéphane Pocrain, le suicide justement...). C'est un film un peu plus mineur donc, mais j'ai beaucoup apprécié ce qu'il évoque sur les rapports humains, ainsi que la douceur du style, ces tons bleu entre coton et velours. C'est un Denis plus accessible aussi je dirais, tout en cherchant à proposer quelque chose de familier pour ceux qui la connaisse bien, ce qui colle au fond bien avec le sujet.

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