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"Les Prédateurs" (série tv)

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2007-10-16



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Première partie du téléfilm réalisé par Lucas Belvaux pour Canal +, hier soir (15/10), Les Prédateurs (évidemment à ne pas confondre avec le nanar homonyme lesbiano-vintage de Tony Scott et son threesome de choc, Catherine Deneuve, Susan Sarandon et David Bowie).

Soit le pendant presque pas romancé, cette fois, du film de Claude Chabrol (L'Ivresse du pouvoir) sur l'affaire Elf.
Mais disons que le Chabrol commence là où s'arrête la première partie du Belvaux : on retrouve évidemment les mêmes personnages (mais cette fois avec leurs vrais noms) mais pas les situations. Probable, en revanche, qu'il y ait davantage de similitudes avec la seconde partie, à l'antenne lundi prochain.

Du coup, Les Prédateurs est plus instructif et passionnant que le film de Chabrol, très centré sur le personnage de la juge (Eva Joly, aka Jeanne Charmant-Killman, dans le film, interprètée par Isabelle Huppert, bien sûr). Ici, le principal protagoniste est Loïc Le Floch-Prigent, qui apparaît dans toute la nudité à la fois de sa complexité mais aussi, paradoxalement, de son manque d'épaisseur. Ou disons plutôt qu'il n'avait pas l'étoffe pour un job aussi central dans la vie politique française... et évidemment françafricaine. Et pas beaucoup d'appuis non plus...

Mais le film rend très bien le côté "bourgeois self made man mal dégrossi vite grisé par les montagnes de fric passant sous son nez". Dans le rôle, le méconnu Aladin (oui, oui, Aladin, c'est son vrai prénom !) Reibel est parfait.
Le casting est d'ailleurs une des forces du film (une de ses faiblesses aussi pour certains personnages, notamment celui de la femme de Le Floch, Fatima Belaïd) : Philippe Nahon en Alfred Sirven (assez effrayent de cynique efficacité) et Claude Brasseur en André Tarallo, en particulier, sont deux autres coups de génie. En Mitterrand, Philippe Laudenbach excelle également, davantage dans l'évocation que dans la plate imitation (alors que le personnage de Chirac, qui ne fait qu'une apparation, est raté, de ce point de vue). Excellente idée de confier le rôle d'André "Dédé la Sardine" Guelfi au trop rare Robert Castel, dont la faconde pied-noir fait merveille. Mention spéciale aussi à l'interprète d'un Omar Bongo plus vrai et flippant que nature (Pascal N'Zonzi) ! 40 ans de pouvoir (série en cours) pour Bongo, ne serait-ce pas tout simplement le chef d'état en poste depuis la plus longue période ? Et quel chef d'état ! Mais ça ne l'empêche pas d'avoir été l'un des premiers (si ce n'est le premier) chef d'état invité par Sarkozy à l'Elysée et, à cette occasion, Notre Président a ordonné à l'ensemble de son gouvernement de venir saluer "le doyen des amis de la France". Passons...

Aladin Reibel dans le rôle de Loïc Le Floch-Prigent


Et revenons au film. Certaines scènes sont assez fascinantes sur ce qu'elles révèlent du total sentiment d'impunité donné par l'exercice du pouvoir, par exemple la scène à la fois cocasse et anodine de l'emploi fictif accordé en 2 min 30 par Sirven à Christine Deviers-Joncour (qui passe vraiment pour la parfaite blonde... mais brune !).

Une belle réussite et finalement une nouvelle preuve que la fiction française s'est maintenant suffisamment déniaisée pour aborder aussi les sujets assez chauds et polémiques. Il est d'ailleurs étonnant qu'un film mettant plus ou moins directement en cause les plus hauts personnages de l'Etat passe à l'antenne sans susciter de remous. Car à la vision du film, il est très clair, à défaut d'être totalement explicite, que Mitterrand, Chirac, Balladur, etc., savaient parfaitement à quoi s'en tenir sur les financements occultes d'Elf, à la fois vis-à-vis des partis politiques français comme des dictateurs africains. Etonnant mais finalement rassurant aussi pour notre démocratie !

A suivre avec une seconde partie qui, centrée sur l'instruction, risque d'être un peu plus aride et "technique". Il sera intéressant de voir comment Belvaux et son scénariste (Jacques Maillot, par ailleurs très intéressant réalisateur : Corps inflammables, Nos vies heureuses, Froid comme l'été pour Arte...) s'en sortent, mais on peut leur faire confiance.
En tout cas, changement de registre assez radical pour Lucas Belvaux avec cette commande, mais qui confirme qu'il est davantage à son aise quand il s'agit de se coltiner à une certaine réalité (sociale, économique ou politique, cf. le très réussi La Raison du plus faible ou Cavale) que dans le registre de la comédie (Pour rire, Un couple épatant), où il ne m'a jamais convaincu...


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Commentaires
De : Infernalia

Tout à fait d'accord avec toi sur Belvaux. J'avais trouvé que "La raison du plus faible" était un polar social noirissime poignant et formidablement engagé, entre nous, bien plus intéressant qu'un film comme "L'enfant" des très surestimés Frères Dardenne.
La critique donne envie (en passant, le Chabrol était vraiment mauvais !). Par contre, pourquoi le mettre en "récréation" ?


De : L'oeil de Moscovici

Tout simplement parce qu'il concerne une série télé et que par conséquent cela n'entre pas dans le cadre d'écrits traitant du cinématographe.

De là à changer le nom de "récréation" par "série télé" il n'y a qu'un pas que mon collègue démiurge administrateur du site pourrat allègrement franchir j'en conviens.

De : mr_kenyatta

Comme c'est de la télé et que c'est dans cette rubrique que trouvent apparemment refuge les articles sur des productions télévisuelles, j'ai suivi le mouvement ;-)
Je comprends qu'on songe aux Dardenne (ça a d'ailleurs été mon cas) mais je pense que la comparaison atteint vite ses limites.
A part que tous les trois sont belges et traitent assez crûment la réalité sociale de leur pays (pour Belvaux, c'était quand même une nouveauté avec ce film, alors qu'on pourrait dire méchamment un injustement des Dardenne que c'est leur "fonds de commerce"), "La Raison..." se raccroche plus directement à la mythologie du polar, du "polar social" (voire "de gauche"), dirons-nous, particulièrement via le personnage de Belvaux lui-même (sorte de double de celui qu'il incarnait dans "Cavale").
Cela dit, en comparaison avec celle que filme Belvaux, la Belgique des Dardenne, c'est les Bahamas ! :-))

De : Infernalia

Pour "récréation", je pensais surtout qu'il s'agissait de notre "récréation" à nous pour les éléments peu sérieux et un peu potaches. Par exemple mettrons nous Twin Peaks en récréation ?

Sinon, oui c'est un peu ce que je disais sur Belvaux qui fait effectivement du polar social avec "la raison..." là où je trouve que malgré tout les Dardenne (même si j'aime beaucoup un film comme "le fils")commencent cruellement à se répéter. ça ne vient pour moi que confirmer la grande force subversive du cinéma de genre (cf les polars italiens des années 70 les Sollima, certains Martino et même les Lenzi avec T. Milian) plus que le drame social, bien trop "évident".

De : Melody

Aladin Reibel c'était le professeur sympa de la petite bande dans la série Seconde B

De : mr_kenyatta

Très juste !
Enormément de télé d'ailleurs, pour cet acteur, qui a également intercepté récemment le fameux commissaire Broussard traquant Serge "Mesrine" Riaboukine.

De : mr_kenyatta

Seconde partie toujours de très bonne tenue pour ces "Prédateurs".
Comme on pouvait évidemment s'y attendre, les similitudes sont souvent grandes avec "L'Ivresse du pouvoir", effectivement, jusqu'à certaines scènes ou situations quasiment identiques (en même temps, ce sont les mêmes faits, à la base, hein...). Beaucoup de ressemblances aussi, finalement, entre le personnage de la "vraie" Eva Joly (interprétée par Nicole Garcia chez Belvaux) et celui de Jeanne Charmant-Killman (Isabelle Huppert), chez Chabrol. En tout cas le même côté impitoyable, souvent très méprisant et pas toujours très sympathique, mais diablement efficace ! Cela dit, avec les sacrés loulous qu'elle avait en face d'elle, on comprend qu'Eva Joly n'ait globalement pas pris beaucoup de gants. Ce qui a eu pour effet de désarçonner des interlocuteurs plutôt habitués aux courbettes et révérences...
En choisissant de se concentrer uniquement sur le coeur de l'affaire Elf, déjà assez touffu (maintien à bout de bras de Bidermann, graissage de pattes des despotes gabonais et congolais, enrichissement personnel spectaculaire de Le Floch-Prigent, Sirven, Tarallo, Bellaïd et consorts), en mettant totalement de côté les frégates taïwanaises (et donc le rôle de Roland Dumas), Belvaux et ses scénaristes (pardon d'avoir oublié de citer Anne-Louise Trividic !) ont sans doute fait le bon choix de la "lisibilité" pour le spectateur peu au fait de la haute finance, qui n'est jamais perdu.
On pleurera d'autant moins sur les rudesses d'Eva Joly lorsque l'on saura qu'aucune des amendes infligées par la justice en plus des peines de prison (souvent raccourcies pour traditionnelles "raisons de santé"...) n'a été à ce jour payée par aucun des condamnés ! Et pourtant, au regard des sommes détournées (plus de 300 millions de francs au total), 375 000 ou 1 000 000 €, ça n'était vraiment pas méchant...

De : Penelope

Aladin Reibel a joué aussi un mari violent dans Plus Belle La Vie

De : noodles

je lis ici ou là que les Dardenne seraient surestimés .... alors que c'est le contraire, en effet on a injustement omis de leur décerner la palme d'or pour ce chef d'oeuvre qu'est "le fils" .. un peu de dignité et de respect svp et cessez de regarder de haut mes deux belges préférés.

De : Infernalia

J'admets que je suis allé un peu vite, c'est vrai. Parce que je considère "Le fils" comme leur meilleur film parvenant à donner au contexte social l'insoutenable tension d'un thriller(et j'aime beaucoup "Rosetta" aussi). Mais on dira que "L'enfant" est une continuïté de leur oeuvre, moi je trouve surtout ce film comme une redite, et je crois que c'est surtout la palme qui m'avait dérangé à l'époque, plus que le film lui-même.

De : noodles

alors j'admets pour ma part mon absolue mauvaise foi car je n'ai vu dans ma vie que deux films de dario : "profondo rosso" et le récent "jennifer" dans la série "masters of horror" ...

De : NOODLES

sorry, pour comprendre pourquoi je parle de dario ici, filer vers suspiria bien sur..

De : mr_kenyatta

Des nouvelles de Jacques Maillot, tiens, scénariste des "Prédateurs" !
Après presque neuf ans d'absence sur grand écran, il revient avec un film de genre, "Les Liens du sang", adaptation d'un bouquin écrit par les frères Papet, dont l'un est devenu truand et l'autre flic.
Guillaume Canet et François Cluzet joueront les deux frères (z'ont pas exactement le même âge, mais bon...).

Gros revival polar à venir, d'ailleurs, dans le cinéma français, avec bon nombre de figures mythiques du grand banditisme hexagonal portées (et parfois reportées) à l'écran !

Vincent Cassel sera Jacques Mesrine (après Nicolas Silberg il y a 25 ans !) devant la caméra de Jean-François Richet pour le dyptique "L'Ennemi public n°1 / L'Instinct de mort", au casting assez impressionnant : Gérard Depardieu, Mathieu Amalric, Ludivine Sagnier, Cécile de france, Samy Naceri, Samuel Le Bihan, Gérard Lanvin (dans le rôle de son acolyte Charly Bauer) et Olivier Gourmet (dans celui du commissaire Broussard... marchant donc dans les pas d'Aladin Reibel, et la boucle est bouclée !), notamment.

Jean-Paul Rouve, pour sa première réalisation (c'est une manie, quand même, chez les comédiens français, dès qu'ils ont une petite notoriété...), incarnera lui-même Albert Spaggiari (déjà incarné par Francis Huster dans "Les Egoûts du paradis", réalisé peu après ce fameux casse sous-terrain niçois) dans "Sans arme, ni haine, ni violence", aux côtés d'Alice Taglioni et Gilles Lellouche (aussi dans le Maillot, d'ailleurs).

De : Jacques Esclassan

"nos vies heureuses" était vraiment un excellent film, étonnamment digeste par l'exiguité du sujet et sa longueur

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