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"Les Prédateurs" (série tv)
Hors Actu
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Première partie du téléfilm réalisé par Lucas Belvaux pour Canal +, hier soir (15/10), Les Prédateurs (évidemment à ne pas confondre avec le nanar homonyme lesbiano-vintage de Tony Scott et son threesome de choc, Catherine Deneuve, Susan Sarandon et David Bowie). Soit le pendant presque pas romancé, cette fois, du film de Claude Chabrol (L'Ivresse du pouvoir) sur l'affaire Elf. Mais disons que le Chabrol commence là où s'arrête la première partie du Belvaux : on retrouve évidemment les mêmes personnages (mais cette fois avec leurs vrais noms) mais pas les situations. Probable, en revanche, qu'il y ait davantage de similitudes avec la seconde partie, à l'antenne lundi prochain. Du coup, Les Prédateurs est plus instructif et passionnant que le film de Chabrol, très centré sur le personnage de la juge (Eva Joly, aka Jeanne Charmant-Killman, dans le film, interprètée par Isabelle Huppert, bien sûr). Ici, le principal protagoniste est Loïc Le Floch-Prigent, qui apparaît dans toute la nudité à la fois de sa complexité mais aussi, paradoxalement, de son manque d'épaisseur. Ou disons plutôt qu'il n'avait pas l'étoffe pour un job aussi central dans la vie politique française... et évidemment françafricaine. Et pas beaucoup d'appuis non plus... Mais le film rend très bien le côté "bourgeois self made man mal dégrossi vite grisé par les montagnes de fric passant sous son nez". Dans le rôle, le méconnu Aladin (oui, oui, Aladin, c'est son vrai prénom !) Reibel est parfait. Le casting est d'ailleurs une des forces du film (une de ses faiblesses aussi pour certains personnages, notamment celui de la femme de Le Floch, Fatima Belaïd) : Philippe Nahon en Alfred Sirven (assez effrayent de cynique efficacité) et Claude Brasseur en André Tarallo, en particulier, sont deux autres coups de génie. En Mitterrand, Philippe Laudenbach excelle également, davantage dans l'évocation que dans la plate imitation (alors que le personnage de Chirac, qui ne fait qu'une apparation, est raté, de ce point de vue). Excellente idée de confier le rôle d'André "Dédé la Sardine" Guelfi au trop rare Robert Castel, dont la faconde pied-noir fait merveille. Mention spéciale aussi à l'interprète d'un Omar Bongo plus vrai et flippant que nature (Pascal N'Zonzi) ! 40 ans de pouvoir (série en cours) pour Bongo, ne serait-ce pas tout simplement le chef d'état en poste depuis la plus longue période ? Et quel chef d'état ! Mais ça ne l'empêche pas d'avoir été l'un des premiers (si ce n'est le premier) chef d'état invité par Sarkozy à l'Elysée et, à cette occasion, Notre Président a ordonné à l'ensemble de son gouvernement de venir saluer "le doyen des amis de la France". Passons... ![]() Aladin Reibel dans le rôle de Loïc Le Floch-Prigent Et revenons au film. Certaines scènes sont assez fascinantes sur ce qu'elles révèlent du total sentiment d'impunité donné par l'exercice du pouvoir, par exemple la scène à la fois cocasse et anodine de l'emploi fictif accordé en 2 min 30 par Sirven à Christine Deviers-Joncour (qui passe vraiment pour la parfaite blonde... mais brune !). Une belle réussite et finalement une nouvelle preuve que la fiction française s'est maintenant suffisamment déniaisée pour aborder aussi les sujets assez chauds et polémiques. Il est d'ailleurs étonnant qu'un film mettant plus ou moins directement en cause les plus hauts personnages de l'Etat passe à l'antenne sans susciter de remous. Car à la vision du film, il est très clair, à défaut d'être totalement explicite, que Mitterrand, Chirac, Balladur, etc., savaient parfaitement à quoi s'en tenir sur les financements occultes d'Elf, à la fois vis-à-vis des partis politiques français comme des dictateurs africains. Etonnant mais finalement rassurant aussi pour notre démocratie ! A suivre avec une seconde partie qui, centrée sur l'instruction, risque d'être un peu plus aride et "technique". Il sera intéressant de voir comment Belvaux et son scénariste (Jacques Maillot, par ailleurs très intéressant réalisateur : Corps inflammables, Nos vies heureuses, Froid comme l'été pour Arte...) s'en sortent, mais on peut leur faire confiance. En tout cas, changement de registre assez radical pour Lucas Belvaux avec cette commande, mais qui confirme qu'il est davantage à son aise quand il s'agit de se coltiner à une certaine réalité (sociale, économique ou politique, cf. le très réussi La Raison du plus faible ou Cavale) que dans le registre de la comédie (Pour rire, Un couple épatant), où il ne m'a jamais convaincu... Retrouvez d'autres articles sur Lucas Belvaux : Pleins feux sur Lucas Belvaux au Centre Wallonie Bruxelles du 4 au 10 novembre Lucas Belvaux – "Rapt" (avant-première)
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