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"Dream on" - saisons 1 & 2

Sorties DVD
Posté par Cyril Cossardeaux le 2007-12-29



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Années 1989-1990. Pendant que la télé française fait feu de tout bois avec ses Maguy, Marc et Sophie et autre Voisin, voisine, il se passe des trucs de l'autre côté de l'Atlantique. Des trucs qui vont changer à jamais le paysage de la production tv et des habitudes de ceux qui la consomment.
A travers trois programmes aussi différents que Twin Peaks, Seinfeld et Dream on, c'est toute une conception de l'écriture des séries tv qui se trouve dynamitée en profondeur et va gagner en complexité, en richesse narrative, en audace formelle, en mâturité, pour aboutir à la situation que l'on connaît aujourd'hui, où la production cinéma semble faire pâle figure comparée à ce que propose le petit écran. C'est un euphémisme de dire que c'était inconcevable il y a 15 ou 20 ans...
On a beaucoup glosé, à juste titre, sur l'influence des séries créées par David Lynch et Mark Frost (Twin Peaks) d'un côté, Jerry Seinfeld et Larry David (Seinfeld) de l'autre. Mais beaucoup moins sur la création d'un trio composé de John Landis, qui se cherchait alors un second souffle alors que sa carrière cinématographique battait un peu de l'aile (la vérité oblige à dire qu'elle n'a jamais vraiment repris son envol depuis) et de David Crane et Martha Kauffman, les futurs géniteurs de Friends (on y reviendra...).
Dream on ne tarda pourtant pas à créer l'événement sur le câble et à largement révolutionner le genre de la sitcom, pourtant pas a priori le plus propice aux innovations.
On sait que, comme le soap opera, la sitcom fut initialement créée à l'instigation des annonceurs, pour injecter un peu de programmes entre les écrans publicitaires, et surtout promouvoir un certain style de vie ("American way of life") et les quelques produits bien choisis permettant de l'atteindre (combien de réfrigérateurs ou de robots ménagers Lucille Ball fit-elle vendre, ce serait intéressant à savoir !). Ici, rien de tout cela, et les auteurs de Dream on vont exploiter au maximum la "chance" qu'ils ont de travailler sur une chaîne du câble, encore émergente, en tout cas pas vraiment reconnue pour ses innovations dans le domaine de la fiction. Cette chaîne s'appelait HBO, et on verra aussi qu'elle a fait du chemin depuis...

De quoi s'agit-il ? De la vie pour le moins dissolue d'un éditeur new yorkais, Martin Tupper, sans grande envergure professionnelle (il édite surtout de la littérature de gare), tyrannisé aussi bien par sa secrétaire irrascible que par son patron branleur et imbu de lui-même. Divorçant à son corps défendant d'une femme dont il reste amoureux, il n'a de cesse de coucher avec tout ce qui bouge, tout en carressant l'espoir pas vraiment secret de reconquérir sa femme, qui file le parfait amour avec un savant mélange de Bill Gates, l'Abbé Pierre et Superman (que les auteurs auront la géniale idée de ne jamais montrer à l'écran), en essayant également de co-élever le mieux possible son ado de gamin, évidemment infinimement plus mur que lui.
L'audace scénaristique vient ici du fait qu'on appelle un chat un chat (et même sa femelle) et que défilent à l'écran quelques charmantes aspirantes starlettes hollywoodiennes (aucune ne passera a priori à la postérité... sauf une certaine Courteney Cox, crevant littéralement l'écran l'espace d'une courte scène en lingerie prometteuse !), dans un appareil disons... pas compliqué. Le sexe, dans Dream on, on le voit à l'écran (on se calme quand même, hein... disons que pour ceux qui connaissent les films à sketchs du même Landis, Hamburger Film Sandwich puis Cheeseburger Film Sandwich, c'est à peu près la même chose, sauf qu'on est ici à la télé et en 1990, autant dire au 19ème siècle !), mais surtout on en parle, beaucoup (puisque Martin Tupper ne pense qu'à ça).
Autant dire que ça déniaise quand même sacrément la sitcom...


Pour HBO, c'est bingo ! La chaîne a pris un gros risque avec un contenu jugé suffisamment "sulfureux" par les grands networks américains pour qu'ils se refusent à diffuser la série sur leurs réseaux, alors même qu'elle casse la baraque sur le câble et y truste les récompenses. Seule exception : Fox Network, qui s'y essaiera une seule saison, mais en prenant bien soin d'y couper toute grossièreté de langage et toute scène de nudité. Autant dire qu'on ne voit pas bien ce qu'il pouvait rester...
HBO ne sera pas ingrate, qui reprendra comme signature visuelle de ses futures productions (citons-les, histoire de se faire plaisir : Sex and the City (qui poussera encore un cran plus loin le bouchon de la crudité sexuelle), le Tenacious D de Jack Black, Oz, The Sopranos, Six Feet Under, Rome, Big Love, Deadwood, Band of Brothers, The Wire, La Caravane de l'étrange... n'en jetez plus !) le logo s'effaçant dans la "neige" d'un écran de télé. C'est l'un des gimmicks du générique de Dream on, qui installe l'autre innovation de la série, son principal concept. Martin Tupper est aussi la première créature télévisuelle nourrie par la télé elle-même, qu'il regardait en boucle dès son plus jeune âge. Dès lors, à chaque situation de sa vie mouvementée, une image mentale surgie de ce passé télévisuel régurgité vient anticiper, détourner ou commenter l'action en cours. L'effet de téléscopage est évidemment à visée comique (nous sommes dans une sitcom, je ne vous l'avais pas dit ?) mais s'avère une réussite complète, souvent même absolument hilarante.
De fait, le comique de la série vient souvent davantage de ces vignettes que des dialogues eux-mêmes, même si les punch lines brillantissimes ne manquent pas. La leçon de cet "enfant de la télé" ne sera pas perdue pour tout le monde (n'est-ce pas, Arthur ?...), donnant souvent lieu hélas, à de pâles copies.
Il est vrai que Landis et ses réalisateurs disposaient d'un matériau de base assez exceptionnel, avec des centaines d'heures de films, feuilletons, séries, issues des archives de la Universal des années 30 à 50. Le concept de la série est d'ailleurs né initialement de la volonté de Landis de trouver le moyen d'exploiter ces archives endormies !

Pour l'heure, seul un coffret comprenant les deux premières saisons (14 puis 15 épisodes de 25 minutes chacun) est sorti, aussi bien aux Etats-Unis qu'en France. Etant donné le peu de retombées médiatiques (et des chiffres de vente probablement modestes) de cette édition, il est à craindre que les quatre saisons suivantes (le show fut arrêté en 1996) ne soient peut-être jamais éditées. Ce serait vraiment plus que regrettable car, nonobstant les coiffures et tenues vestimentaires de ces dames (mais vous avez compris qu'elles ne restent pas toujours vêtues bien longtemps...), la série n'a pas vieilli.
Et ce serait même d'autant plus dommage que, finalement, les premiers épisodes restent assez sages, limite timorés (bon, tout est relatif : dès le 2ème épisode, le fils de 11 ans de Martin demande à son père ce qu'est un cunilingus ou si lui-même se masturbe), en tout cas assez loin de la vraie folie qui accomagne les deux dernières saisons, lorsque le couple Tupper tente de se reformer. Je garde ainsi un souvenir aussi stupéfait qu'hilarant de l'épisode où Martin fait découvrir les joies de la masturbation à son ex-ex-femme, après une visite commune dans un sex shop... vraiment un truc anthologique !

Au fil des années et grâce à son succès croissant, la série s'était payée quelques prestigieuses guest stars...


J'ai bien conscience, à me relire, que tout ça peut paraître horriblement graveleux et vulgaire. Hors, pas du tout !
J'y vois à ça notamment deux raisons :
- L'absence de rires plus ou moins enregistrés. Là encore, sacrée innovation radicale dans l'univers hyper codifié de la sitcom, mais aussi sacrée marque de confiance dans la puissance comique de l'écriture de la série... et envers le spectateur, jugé suffisamment malin pour savoir rire tout seul des situations. Crane et Kauffman perdront cette audace-là en produisant Friends (pour NBC, il est vrai), qui adoptera d'ailleurs l'un des grands principes de production des sitcoms, le tournage en public. Même si infiniment plus convenable, il est clair que Friends, sa qualité et sa réussite inouïe, doivent beaucoup à Dream on, qui a fonctionné comme une sorte de laboratoire pour ses auteurs.
- Une troupe de comédiens absolument formidables. En premier lieu, Brian Benben dans le rôle de Martin Tupper, épatant, source d'inspiration assez probable pour un acteur comme Ben Stiller (Benben Stiller ?). Dans le rôle de son ex-femme Judith, la super classe Wendie Malick (et ses faux airs de Teri Hatcher) a aligné les awards de meilleure actrice pour ce show. La minuscule Denny Dillon (1,50 m) est parfaite dans le rôle de la secrétaire. Et celui du patron de Martin est tenu par le grand Michael McKean, l'un des auteurs et interprètes du cultissime This is Spinal Tap, le faux documentaire sur ce groupe de hard rock plus vrai que nature qui fit aussi la réputation de son réalisateur Rob Reiner.
Malgré l'excellence de ces interprètes, aucun ne parvint à percer au cinéma, ni même à retrouver un succès plus ou moins approchant à la télé. Brian Benben eut pourtant son propre show, The Brian Benben Show (original...), dans lequel il interprétait un présentateur un peu has been d'une petite chaîne locale ayant maille à partir avec un nouveau venu, plus jeune et beau gosse que lui. C'était pas mal du tout, mais ça n'eut à peu près aucun succès. Bah, qu'importe, étant marié depuis plus de 25 ans à la divine Madeleine Stowe, Brian s'en fout probablement. Même si, sur tout ça, on voudrait bien le connaître, l'avis de Brian...

Toujours est-il que la malédiction frappant les acteurs "culte" de la télé quand il s'agit pour eux de conquérir Hollywood (enfin, celui des plateaux ciné, puisqu'à peu près tout se tourne à Hollywood) est tout à fait étonnante !
Récemment, on ne peut guère sauver que Jennifer Aniston, même si carrière ciné, honnête, n'est certainement pas à la hauteur de ce qu'elle en espérait. Et puis comme il faut toujours une exception pour confirmer une règle, on n'oubliera évidemment pas le Jojo Clooney de ces dames (et messieurs, j'avoue...), qui, sans Urgences, en serait encore à tenter d'empêcher quelques courgettes maléfiques de détruire la planète...

Un dernier mot pour remercier Canal Jimmy d'être la seule chaîne française à avoir diffuser Dream on (à partir de 1992), même si, en retour, ce programme ou d'autres (comme NYPD Blue) fit énormément pour la crédibiliser. Je me souviens d'ailleurs, en attendant la diffusion de Dream on, le vendredi en deuxième partie de soirée, être souvent tombé sur une émission au ton assez frais et décontracté, qui s'appelait Le Meilleur du pire et était animé par un duo qui semblait très sympathique... Laurent Bataille et Pascal Fontaine ! Faudrait jamais vieillir... :-((




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Commentaires
De : Piers Fletcher Bornu

Très, très grand souvenir que la découverte de cette série en effet délectable et goutue. J'ai souvenir que les dernières saisons (ou la dernière) étaient décevantes et lorgnaient vraiment sur le répétitif. Mais les deux premières saisons sont mémorables.
A la meme époque sévissaient deux séries parmi les plus exquises de la jeune histoire de ma jeune vie de sériphile : Bottom et The New Statesman avec toutes les deux l'immense Rik Mayall.






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