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"2012" de Roland Emmerich et "When Worlds collide" de Rudolph Maté : When Movies collide

Hors Actu
Posté par Bruno Piszorowicz le 2010-01-05



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Comment est-il possible d’avoir tant lu et écouté à propos du film de Roland Emmerich « 2012 » sans qu’il ait jamais (ou rarement) été fait mention de ses emprunts manifestes au film de Rudoplh Maté « When worlds collide » de 1951 ?

Méconnaissance médiatique pour ce qui concerne le film de science fiction (ou fantastique au sens le plus large) des années 50 ? Article ou reportage copié-collé sur le dossier de presse qui ne faisait (bizarrement, non j'rigole) aucunement mention d’un film à la trame fictionnelle identique ou presque sorti il y a 45 années de cela ? Autre chose à foutre que de voir des séries B depuis l’époque du lycée et autre chose à faire aussi depuis son premier CDI au Studio-Mickey Parade-Ciné Live ? Qu’importe après tout puisque Culturopoing, en chevalier blanc de l’inquisition (avec ce que cela comporte de raccourcis équivoques et de charges aveugles sur l’accusé) s’érige aujourd’hui contre ce qui est au mieux une relecture et au pire un trampoline pour employé aux special effects makers du film d'Emmerich.
 
 


 
Jugez plutôt la trame de ce « When worlds collide », sorti en 1951.
 
Quelques savants isolés arrivent par de complexes calculs et leur sens aïgu de l’observation à prévoir qu’une gigantesque étoile du nom de Bellus va passer tout près de la Terre d’ici quelques mois, provoquant de terribles réactions sismiques et tsunamesques avant que Zyra, sa planète-satellite n’emplâtre notre mère la Terre quant à elle exactement douze jours après, provoquant ainsi the end of the world as we know it. Le Tsunami d'il y a deux ans à côté ca serait faire pipi dans un ruisseau c'est dire.

Informant les plus hautes autorités du pays les savants ne provoquent pourtant qu’incrédulité et scepticisme tout comme auprès de nombre de leurs collègues, imbus de leurs propres suffisances et pareils à un Docteur Faust qui aurait troqué le goût de la Marguerite pour celui de l’Abstinthe. Heureusement il y a quelques industriels repus et opulents à la philanthropie notoire qui aident à financer un audacieux projet de sauvegarde de l’espèce, à défaut de notre mère la Terre qui vit donc ses derniers instants c’est sur ca va péter c’est un moustachu à blouse blanche qui nous le dit. Un projet est donc mis en place visant à construire une fusée pouvant emporter quelques rares personnes sauvées ainsi du néant, du moins peut-être puisque le projet vise en fait à quitter la Terre avant l’impact fatal pour s’en aller atterrir comme une fleur sur la dénommé Zyra et laisser ainsi libre court à un second cycle de vie humaine dans notre beau mais quand même dangereux système solaire. C’est là le bel projet, sa réalisation restant à faire, avec sa bonne part d’hasard et de chance/malchance pouvant le faire basculer à tout moment dans les ténèbres et le chaos.
 
Je vous passe l’histoire d’amour contrarié et/ou contrariante, je vous passe les préparatifs d’avant le supposé clash, je vous passe quelques récits subalternes pour mieux montrer par ce simple plot combien « 2012 » s'en rapproche curieusement et dans son thème et dans son traitement.
 
Non ?
 
Ca ne vous rappelle rien cette thématique de la fin du monde approchant et connue de quelques savants et businessmen (ou hommes politiques) ? Cet Arche de Noé construit afin d’échapper à l’extermination, la loterie (toujours une question d’argent, et pour construire et pour embarquer à l’intérieur à l’heure du second Big bang) ? Le triangle amoureux entre les deux rôles principaux, masculin et féminin, et un second rôle collant ?
 
Toujours pas ?
 
Il ne manque que la thèse annonçant la fin du monde en 2012 dans le calendrier Maya (en même temps nous ne sommes qu’en 1951 ici) et celle, plus diffuse, que cette information sur la fin du monde soit passée sous silence pour éviter panique et Darwinisme sauvage dans les rues pour faire de cet aimable divertissement de 1951 le grand-papa usé de l’aimable divertissement de 2009.
 
Mais nombre de choses concordent jusqu’à la perplexité. Ainsi par exemple les prémisses de la catastrophe, ce mariage bien connu du lieu reculé et isolé occupé par des savants œuvrant en silence à la bonne marche du monde. La station isolée prend la forme ici du sommet d’une montagne d’Afrique du Sud quand elle se situe pour 2012 au fin fond d’un gouffre sis dans une ville d’Inde et doctement gardé par nombre de militaires. Les deux films débutent ainsi pareillement.
 
 
... Et hop Oscars des meilleurs effets spéciaux

 
Le fait que « When worlds collide » prenne assise dans la Bible également, précisément dans le passage sur Noé et la construction de l’arche, le film s’ouvrant d’ailleurs sur une citation précise de ce passage, thématique lourdement suivie par Emmerich au fil de son histoire jusqu’à son dernier tiers qui fait cette fois bien plus penser au film « Evan Tout-Puissant » avec Steve Carrell qu’à un film supposé narrer la fin des temps (n'a-t-on pas l'impression que John Cusack n'est pas en train de lutter pour sauver sa vie et celle de ses proches tout au long du film mais plutôt en train d'essayer de se dégager de chatouillis tant il gesticule tout le temps?).

L’argent est aussi un thème commun aux deux films. En 1951 l’argent ne vaudra bientôt plus rien comme le dit rapidement un des personnages, tout comme en 2012 d'ailleurs même s’il est paradoxalement ( ?) omniprésent, de celui nécessaire à la construction de la fusée ou des arches jusqu’aux tickets d’entrées pour y accéder. L’argent dans les deux cas sert en tous les cas de moteur à la sauvegarde, sans lui (et la science mais aussi la bonne main d’œuvre pas bégueule pour ce qui concerne sa propre survie) point de salut, d’Arches ou de fusée. Il est toutefois peu mis en avant dans « When worlds collide » contrairement à « 2012 » et ses relents nauséeux visant à séparer le bon grain financier de l’ivraie débitrice quand il est question de sauver sa peau et accessoirement l’humanité. Ici c'est la philantropie qui prévaut, si messieurs si mesdames c'est le chef-savant qui le dit et qui le tonne même aux oreilles du méchant-riche-aigri qui veut sauver sa peau et celle de son fauteuil-roulant avant tout.
 
Un mot également sur le triangle amoureux attendu et lourdement illustré dans le film d’Emmerich tout comme chez Maté. En 1951 le triangle amoureux opère entre gens bien éduqués, évidemment bien blancs sur eux et oppose la virile attitude (ici le pilote) à la science (ici le médecin), ces deux hommes se disputant la fille du professeur-savant et par ailleurs fort élégante avec sa jupe vichy, son petit nœud dans les cheveux et ses manières de lointaine cousine ainée de la délicieuse blonde du film de Jerry Lewis « Dr Jerry & Mister Love ». En 2012 le triangle amoureux, comme dans tout blockbuster spectaculaire qui se doit, c’est l’ancienne femme du héros remariée avec un bellâtre évidemment futé et riche (médecin, Porsche), bien attentionné envers les enfants issus du lointain mariage et à qui s’oppose tant bien que mal le premier rôle masculin, père et chauffeur de maître, par ailleurs romancier peu lu bien que génial, faut quand même pas déconner, dans ce genre de films on est soit riche et beau soit génie incompris sauf par une petite frange marginale de la population, jamais un middle man classique.

Notons par ailleurs qu’en 1951 le futur élu de la demoiselle emballe déjà deux filles dans les 10 premières minutes et séduit ensuite en un regard sa future mie, autre chose qu’un John Cusack dormant habillé à même le canapé dans sa première scène et toujours maladroitement amoureux de son ex-femme comme le premier clampin célibataire venu.
 
Notons qu’en 1951 le rival s’efface finalement avec élégance et en parfait gentleman, tout autant conscient de ne pouvoir éviter le rapprochement charnel entre sa promise et ce vigoureux pilote que de son impuissance à éviter la courbe fatale de la planète venant dézinguer au soir du 4 aout toute une civilisation. En 2012 le rival est broyé (au sens propre) par l’implacable machine scénaristique, incapable qu’il est d’égaler physiquement le héros, middle man certes mais teigneux comme un Gattuso quand il est question de sauver sa peau et accessoirement celles de son ex-épouse et de ses deux enfants. La cellule familiale est enfin reconstituée en fin de film, tout est bien qui finit bien. En 1951, disons que la cellule familiale reste à développer à la fin du film autour du solide couple (mais aussi d’un autre couple, genre de Tristan & Yseut rendus insomniaques par le breuvage ingurgité et miraculeusement sauvés) mais aussi avec un jeune garçon et son petit chien, l’image de la famille américaine de ces années-là sans doute.
 
Quelques différences toutefois. Si « When worlds collide » se construit comme un seul et unique Grand 8 pareil au dispositif supposé envoyé dans l’espace puis sur Zyra la fusée des possibles survivants (un rail qui monte puis qui descend  avant de nous envoyer en l’air), « 2012 » lui est un Rollercoaster de taille XXL qui nous prend à la gorge dés le premier quart d’heure pour ne jamais plus nous quitter jusqu’à la fin. Ainsi la succession attendue de sauvetages à la dernière minute, de Los Angeles disparaissant dans les flots, du parc de Yellowstone disparaissant sous la lave d’un gigantesque volcan, et d’Hawaï, de l’arche où on rentre in extremis et non sans heurts, du tsunami enfin éclaboussant les différents arches et faisant s’échouer celui de nos héros tout près du Mont Everest (ici réduit à un aimable mont des Ardennes) pour en arriver à une conclusion commune aux deux films, l’aube d’une ère nouvelle magnifiée côté Emmerich par un côteau Africain dominant les flots et côté Mathé par une praire immaculée ou presque qu’on jurerait située dans le Wisconsin si elle n’était sur cette bonne vieille planète Zyra. 
 
 
Ladies & Gentlemen we're about to float in space

 
Autre écart d’un film à l’autre, la trame même du film (ce qui n’est pas rien il est vrai). « It’s better to know » nous dit un personnage dés la fin du premier quart d’heure, ici le héros sait dés le premier quart d’heure ce qui va se passer alors que toute l’intrigue de 2012 repose sur l’antagonisme entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas et leurs désirs mutuels de s’en sortir, celle de 1951 suit linéairement les préparatifs de cette opération de sauvetage connue de tous mais suivie avec scepticisme voire incrédulité par la plèbe mondiale (un peu conne quand même cette plèbe). Une fois la nouvelle promulguée en effet on suit le chantier de la fusée avant une dernière demi-heure (enfin) spectaculaire à l’heure du frôlement puis de la collision fatale. La panique gagnera d’ailleurs le reste du globe entre ces deux évènements, étant entendu que le premier avéré valide de facto l’imminence du second.

La cité idéale de Platon prend ici forme d'une intrigue idéale avec :

- La tête, ces savants futés qui savent, qui disent puis qui s'affairent pour sauver ce qui peut l'être
- Le coeur avec l'argent, ce nerf de la guerre mais aussi ces bras vigoureux qui s'affairent nuit et jour pour que la fusée soit prête dans les délais impartis
- Le ventre enfin avec tous ces gueux qui sont sceptiques quand on leur dit d'être sceptiques, résignés quand il faut l'être, coléreux enfin voire violents quand soudain la petite lumière s'éclaire au-dessus de leurs têtes et qu'ils se rendent compte enfin qu'ils vont y passer

Notons qu’en 1951 le gouvernement (américain voire même les Nations Unies) reste sourd aux propos des savants et reste ainsi étrangement absent des enjeux pourtant gigantesques, en 2012 c’est au contraire sous leur égide que se construisent les Arches. Dans les deux cas en tous les cas les  USA sont pas là pour rigoler ou pour se faire mousser mais bien pour sauver le monde, du moins ce qui peut l’être (c'est-à-dire 44 américains blancs et de préférence jeunes du côté de 1951), on ne peut que penser là encore à la bible et à l’histoire de Noé qui construit son arche sous les ricanements de ses semblables qui ne croient pas à pareilles balivernes. Pour 2012 par contre c’est la couleur de l’argent qui prévaut, ceux qui savent sauvant leurs fesses séance tenante.
 
La catastrophe arrive après la moitié du film dans « When worlds collide », auparavant il s'agissait pour les initiés de garder flegme et maintien de soi, ils sont ainsi  montrés le soir même de la révélation de LA nouvelle de la fin prochaine du monde en train de danser et de ricaner dans une charmante cocktail-party, on pense à cette question restée mythique de l'émission Tournez Manège, enfin plutôt de la réponse d'un moustachu à une demoiselle (sans doute moustachue aussi sous le maquillage) qui lui demandait ce qu'il ferait si on annonçait la fin du monde dans une heure, celui-ci, goguenard et placide,répondant qu'il ferait comme d'habitude c'est à dire voir les copains et aller aux boules... (soupir las car lassé de la condition humaine).

En 2012 ca dépote de partout mais on fait aussi deux blagues entre deux loopings à côté de buildings qui s’écroulent. L’américain reste flegmatique même en pleine tempête, du moins l’américain supérieur car l’autre accepte son sort sans mot dire (ou presque) avant (tiens dans les deux films) de tenter de se rebeller contre ce coquin de sort (pas au courant en 2012 ben voyons, malheureux lauréats d’une loterie, ben voyons, de l’autre).
 
Les rescapés ? Chez Emmerich ce sont des gens riches (pour la plupart) ou bien nés, chez Maté ce sont 44 américains blancs de peau, par ailleurs élites de leurs différents corps de métier (ce sont les volontaires choisis parmi les meilleurs mécaniciens ou encore ingénieurs qui œuvrent sur le chantier, parmi eux seront tirés au sort les heureux gagnants du jeu de la vie), dans les deux cas donc une certaine « élite », légitime ou pas, amenée à faire perdurer une aube nouvelle de l’humanité.
 
 


 
« 2012 » vaut surtout par son spectacle, ce déferlement de catastrophes visuellement bluffantes qui nous donne à imaginer la destruction de notre monde et ses multiples avatars. Ainsi les tremblements de terre, ainsi ces raz-de-marée, ainsi ces volcans qui se réveillent et provoquent partout chaos et destruction. Toutes ces péripéties se retrouvent dans « When Worlds collide » jusqu’au trouble saisissant pour qui se rappelle la scène superbe de New York plongé sous les eaux du film précédent d’Emmerich, « le Jour d’après », de voir la même ville noyée sous la même eau lors de la première lame de la fin du monde. A fléau plus ou moins identique séquelles et conséquences idoines donc. Il est d’ailleurs savoureux de voir qu’Emmerich s’engouffre avec son film dans la seule faille temporelle et visuelle de « When Worlds collide », celui-là même de la destruction du monde, évoquée brièvement (manque de moyens évidemment, financiers comme techniques peut-être) chez l’un et montrée deux heures durant et avec moult détails chez l’autre. Le fait est que «  When worlds collide » gagna en 1952 l’Oscar des meilleurs effets spéciaux.
 
 
It's gonna be the end of the world as they know it, and they feel fine...

 
Après un « Jour d’après » lorgnant un tantinet vers la subtilité (toute proportion gardée) avec ses quelques clins d’œil savoureux (les américains traversant le Rio Grande pour demander asile aux mexicains, les survivants de New York ayant la vie sauve en restant dans une bibliothèque etc.), Emmerich renoue via « 2012 » avec les grosses moufles scénaristiques et idéologiques d’Indépendance Day » (déjà une relecture d’un classique de SF des années 50).
 
« When worlds collide », le film de Rudolph Maté (pas n’importe qui non plus puisque coupable déjà du remarquable film noir "D.O.A" et crédité au générique de films du calibre de "Gilda", "To be or not to be" ou encore "La dame de Shangai"en tant que chef opérateur) produit par George Pal (le futur producteur de la "Guerre des mondes" puis de l’adaptation du "Time Machine" de GH Wells) a pour lui le côté bricolage (quoiqu’efficace) des effets spéciaux et un technicolor puissant. La poésie de l’un fait place à la sourde efficacité de l’autre pourrait-on dire. Emmerich est une vilain petit copieur, bien calé derrière le gros costaud aux effets spéciaux et prêt sans doute à dénoncer ses petits camarades plutôt que lui-même si d’aventure le vent de la polémique tournait. Deux films autour d’une même histoire pourrait-on résumer, l’un naïf et suranné, l’autre plus cynique et clinquant, deux sons de cloche différents en quelque sorte pour un seul pitch, une lecture exemplaire des us et coutumes de deux époques, les années 50 et les années 2000 du côté d’Hollywood.
 
En parlant de cloche celle-ci vient de sonner et la récréation est terminée.


 
Ladies & Gentlemen here are the brand new Adam & Eve !!
 
 
 


 


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