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Mort du comédien et metteur en scène Georges Wilson

Théâtre
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-02-04



 
C’est une sacrée gageure que releva Georges Wilson quand il accepta de prendre la direction du TNP (Théâtre National Populaire) en 1963. Même si c’était une évolution logique, après plus de dix ans de présence au TNP comme comédien puis, très vite, comme metteur en scène, on ne succède pas sans risque à Jean Vilar, peut-être la figure la plus mythique et influente de la culture française de la seconde moitié du 20ème siècle avec André Malraux.
De 1952 à son départ en 1972 (remplacé à son tour par Antoine Vitez, autre très grand monsieur du théâtre français), Georges Wilson aura notamment mis en scène Jarry (Ubu), Molière (L’Ecole des femmes), Brecht (La Résistible ascension d’Arturo Ui, La Vie de Galilée, Maître Puntila et son valet Matti, Grandeur et décadence de la ville Mahagonny), Gorki (Les Enfants du Soleil), Dürrenmatt (Romulus le Grand), Corneille (L’Illusion comique), Shakespeare (Hamlet, Le Roi Lear), Sartre (Le Diable et le Bon Dieu), Bond (Early Morning)… Il fut lui-même souvent comédien de ses propres mises en scène mais évidemment aussi de celles du maître Vilar ou même de Gérard Philippe (le fameux Lorenzaccio de Musset, par exemple).

Après son départ du TNP, l’activité théâtrale de celui qui fut formé par le grand Pierre Renoir ne ralentit pas. Wilson assura ainsi des mises en scène au festival d’Avignon (Jarry, Shakespeare) et surtout au Théâtre de l’Œuvre, dont il prit la direction artistique en 1978. Il y monta des auteurs souvent plus contemporains, dont certains n’auraient jamais figuré au répertoire du TNP (Françoise Dorin…).
Sa dernière apparition sur les planches fut dans la pièce de Thomas Bernhard, Simplement compliqué, qu’il dirigea lui-même au Théâtre des Bouffes du Nord, en 2009. L’année précédente, au même endroit, il fut dirigé pour la première et dernière fois (dans le Bérénice de Racine) par son propre fils Lambert. Il est d’ailleurs possible que le grand public, toujours plus avide de "peopleries", voit aujourd’hui Georges Wilson d’abord comme le père de Lambert, ce qui est faire peu de cas d’une carrière exemplaire.

Aux côtés de son fils Lambert Wilson dans "Bérénice"
Aux côtés de son fils Lambert Wilson dans "Bérénice"

Si elle fut moins prestigieuse, sa filmographie fut très loin d’être inintéressante. Evidemment, n’ayant jamais eu le physique de jeune premier de son fils, il fut surtout cantonné aux seconds rôles. Sa stature imposante lui a d’ailleurs souvent réservé des rôles de notables, pas toujours très sympathiques. Son rôle majeur reste peut-être celui d’un film qui fit sensation à l’époque (rien moins qu’une Palme d’or et un Prix Louis Delluc en 1961) mais accuse aujourd'hui le poids des ans, Une aussi longue absence, d’Henri Colpi, écrit par Marguerite Duras (dont on se souvient aujourd’hui surtout de la chanson Trois petites notes de musique écrite pour le film par Georges Delerue). Il fut aussi l’un des interprètes au cinéma du Capitaine Haddock (!) dans Tintin et le mystère de la Toison d’or, à l’affiche de l’étrange Blanche de Borowczyk et acteur pour bon nombre de réalisateurs prestigieux, comme Autant-Lara, Carné, de Broca, Duvivier, Deville, De Sica, Visconti, Rosi, Sautet, Demy, Assayas… Sa dernière apparition au cinéma fut le rôle marquant du milliardaire grabataire mais retors du premier volet de la saga Mesrine de Jean-François Richet.
Il s’essaya aussi à la réalisation en 1988, en dirigeant son fils Lambert et le mannequin vedette des années 80 Laurence Treil (à une époque où les top models n’étaient pas encore les stars qu’elles sont devenues). Peu probant, La Vouivre resta un coup d’essai sans lendemain.

Malgré une carrière particulièrement riche, il est étrange que la "profession" (qu’elle soit cinématographique et surtout théâtrale) l’ait si peu honoré. Un seul Molière en 2001, pour le meilleur second rôle, dans La Chatte sur un toit brûlant, de Tennessee Williams.

Georges Wilson est décédé le 3 février 2010, à l’âge de 88 ans.



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