Deux visions de femmes qui dialoguent et s’interpellent. C’est ce que propose le Jeu de Paume du 9 février au 6 juin. L’une est une figure emblématique du passé, l’autre est une activiste de la vidéo d’art contemporaine. Chacune développe son style et ses obsessions, mais toutes deux sont engagées dans la monstration des sociétés et de leur évolution.
Lisette Model - Le cinéma de Paris à New-York
Pour Lisette Model, la seconde guerre mondiale est une réalité du quotidien, et l’appareil photographique son révélateur d’âme, à travers lequel elle observe les changements sociaux. Elle aime à prendre ses compatriotes dans leurs environnements naturels, avec ces formidables clichés de pieds pris à New-York en 40, où chaque personnage semble se dégager par un halo de lumière, tout en restant paradoxalement à jamais inconnu… Pendant la guerre, elle dresse une suite de portraits plutôt grave et touchant, pour s’attacher dès 45 à révéler le beau dans un monde fatigué. Elle affectionne la position assise (là où le relâchement est total) et les bars, à la recherche de visages authentiques. Ses photographies des « Females impersonnators » (transsexuels) est également la marque d’une époque qui tente de survivre. Rondes, femmes défraîchies ou hommes égratignés par la vie et l’alcoolisme deviennent des égéries sous son œil attentif… Et puis il y a cette douce obsession qui revient : ces photographies de poules et autres volailles qui font leur show derrière des vitrines, pendues à leur crochet comme elles pourraient l’être sur des podiums, plumées mais gardant la pose…

Esther Shalev-Gerz - Ton image me regarde ?!
Dans l’espace au dessus, la lithuanienne Esther Shalev-Gerz prend une approche plus directement politique, s’attachant à interroger les antagonismes et la dualité en faces à faces judicieusement scénographiés. Des dispositifs percutants et un fond riche font de ce travail un témoignage indispensable de notre société. Voyageuse engagée, elle a participé à plusieurs projets internationaux. Le premier dispositif proposé est issu de l’une de ses collaborations : Partant des objets trouvés dans l’ancien camp de Buchenwald en Allemagne, elle crée un rhizome d’interrogation, avec comme noyau central la question identitaire. Ou comment l’objet finit par en raconter plus sur l’homme que toutes autres traces du vivant. Le troisième dispositif est également particulièrement intéressant, qui retrace l’histoire d’ouvrières et de leurs filles, et le quotidien de ces femmes : Le bruit comme ciment de vie. Ce bruit qui sera montré mais pas entendu, comme un signe d’un temps en décalé. Une intelligence sensible et un propos qui n’est ni prosélyte ni démagogique, tout en portant à réflexion.

A découvrir jusqu’au 6 juin