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 "Oblomov", m.e.s. Volodia Serre, Comédie Française (jusqu'au 9 juin)

 "Quand je pense qu'on va vieillir ensemble", m.e.s. J-C Meurisse, les Chiens de Navarre (en tournée)

 "Fragmente", m.e.s. Sofia Jupither, Odéon, Théâtre de l'Europe

 "Clôture de l'Amour", m.e.s. Pascal Rambert - en tournée

 "The Four Seasons Restaurant", m.e.s. Roméo Castellucci - Théâtre de la Ville

 "ATEM, le souffle", m.e.s Joseph Nadj - 104

 "Jeux de Cartes 1 : Pique", m.e.s. Robert Lepage - Odéon, Théâtre de l'Europe

 "Memento Mori", de Pascal Rambert & Yves Godin - Théâtre de Gennevilliers

 "Tout va bien en Amérique", m.e.s Lescot et Delbecq - Théâtre des Bouffes du Nord

 "Seuls", m.e.s. Wajdi Mouawad - Théâtre National de Chaillot

 "Le mal court", m.e.s. Stéphanie Tesson, Théâtre de Poche-Montparnasse (jusqu'au 21 avril)

 "L'immédiat", m.e.s. Camille Boitel - Nouveau Théâtre de Montreuil (jusqu'au 13 avril)

 "Acrobates", m.e.s. Stéphane Ricordel - Théâtre Silvia Monfort

 "Le Crocodile Trompeur / Didon & Enée", m.e.s. Achache & Candel - Bouffes du Nord

 "Ubu Roi", m.e.s. Declan Donnellan, Théâtre des Gémeaux

 "La Réunification des Deux Corées", m.e.s. Joël Pommerat (en tournée)

 "L'Homme qui se Hait", m.e.s. Denis Podalydès (en tournée)

 "Le Nazi et le Barbier", m.e.s. Tatiana Werner - Manufacture des Abbesses (jusqu'au 27 février)

 "Conte d'Amour"- m.e.s. Markus Öhrn - Théâtre de Gennevilliers

 "Théâtre sans Animaux", m.e.s. Jean-Michel Ribes (en tournée).

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Art

L’étrange peinture de Teresa Dunn

Expos
Posté par Elysia le 2012-05-22



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- Le choix de Teresa -

L’exposition consacrée à Teresa Dunn vient de se terminer à la toute nouvelle galerie parisienne l‘Echaudé. Ce n‘est pourtant pas sous prétexte de retard qu’il faudrait passer sous silence son univers. Baroque, doucement hardi, discrètement dérangeant, terriblement ludique, bourré d‘un humour pluridimensionnel jubilatoire. Avant qu’elle ne soit réinvitée dans l‘Hexagone, internautes, globe trotters, touristes pourront toujours à l’envi découvrir certaines de ses oeuvres sur son site, et pour les plus chanceux à la galerie Hooks-Epstein (Texas), enfin à la Wright State University (Ohio). 

 

Pour la petite histoire, c’est lors de pérégrinations professionnelles à Venise que le galeriste aurait déniché cette artiste au parcours beaucoup plus coulé que ne le laissent suggérer les ambiances de ses tableaux-fresques volontiers capiteuses. Autant dire que les croquis, la création, la représentation ne sont pas un vain mot pour cette jeune peintre originaire du sud de l’Illinois qui nourrit depuis l’enfance une passion sans bornes pour le graphisme, le dessin et la peinture. C’est pourtant bien à des études scientifiques, les mathématiques en l’occurrence, qu’elle se destinait avant de bifurquer vers les beaux-arts. «Elle aime [aussi] la musique, la littérature, les langues, raconter des histoires et observer les gens. Ces diverses passions, encouragées depuis son plus jeune âge, sont la base même de ses peintures narratives», précise-t-on dans sa biographie. On comprend vite pourquoi, car «raconter des histoires et observer les gens», la voilà la préoccupation de Teresa. Après deux années de doute au cours desquelles la supposée bosse des maths lui donne du fil à retordre, Teresa jette l’éponge pour le pinceau, les tubes, les toiles de lin et le white-spirit. La suite, que du gâteau ou presque. L’américano-mexicaine décroche en 2007 une bourse de la prestigieuse Elizabeth Greenshields Foundation puis en 2008 un des trois premiers prix à l’exposition biennale de l’art réaliste américain du musée Fort Wayne. S’ensuivront en 2009 une première exposition : Dilemmes et innocents à la galerie Hooks-Epstein (Houston) devenue depuis lors son représentant puis une nomination dans le troisième volume de l'International Contemporary Artists en 2011. Dans le même temps, il y a tout juste un an, la galerie First Street Gallery (NYC) lui consacre une exposition personnelle : «…but the winds come anyway». En cette mi-2012 Teresa Dunn se dit comblée et partage son temps entre la peinture et un poste à l’Université du Michigan.
 
- Modernes moods en mode syncrétique
 
Au premier abord ce que donne à voir la peinture de Teresa, c’est son caractère typiquement américain né de la rencontre entre deux courants majeurs outre-Atlantique : le réalisme et l’hyperréalisme, écho d’une réaction esthétique de la fin des années 60/70 contre les récentes avant-gardes : le pop-art, le minimalisme et l‘abstraction, ce que confirme le critique américain Hal Forster : «Il fut un temps où dans les années 90 et 2000 beaucoup d’artistes se sont tournés vers certaines périodes des années 60 et 70» (2). Mais dans l’affinage, il en ressort surtout un extraordinaire syncrétisme. De nature figurative, son style brasse par clins d’œil furtifs pléthore d’influences : nouvelle objectivité, expressionisme, impressionnisme, fauvisme, muralisme. Dunn, quant à elle, affirme apprécier les travaux de Gregory Crewdson, Paula Rego et ça se sent. Mais on ne peut s’empêcher de penser aussi à Eric Fischl tant dans la technique que dans la dimension charnelle du propos. Un peu à Richard Estes, à Kate Waters pour les thématiques et la technique, à Paul Wright, Lucian Freud pour les carnations, parfois à Jenny Saville pour le coup de pinceau et les teintes. 
 
  

- And Nonsense for All
 
Ses tableaux reposent sur la représentation de scènes de l’American Way of Life. Des scènes de vie banales, parfois festives, toujours très énergiques, prises dans le cours de la vie. Peuplées de personnages mis en scène différemment. Soit en petits groupes, soit en couple, soit les deux. Des scènes foisonnantes aux compositions volontairement capharnaüm, aux plans inattendus qui mêlent profusion des détails, intensité des chromatiques, diversité des humeurs et des attitudes, imbrication de situations individuelles et collectives. Ces interrelations fonctionnent sur deux procédés complémentaires. Un qui joue sur des sortes de sharp focus mentaux, où dans une grande majorité de toiles chacun semble agir hors-société. L’autre qui propose un théâtre du monde déréglé par l‘intrusion d‘éléments étrangers au sens camusien du terme. Parmi eux, des représentants de la faune, des palmipèdes (flamands roses, autruches) notamment qui remportent la palme de la représentativité.
 

Teresa actualise ainsi la fonction dionysiaque. Etudie les distorsions de la réalité, crée des ruptures entre action et émotion au coeur des comportements humains, s’amuse de la mimésis et des démesures. Animaux, objets et nourriture se voient personnifiés dans «une réalité bizarre [qui] devient normale, comme dans les rêves et la mémoire » (3), cette mémoire qui "transforme, gomme et se réarrange jusqu'à ce que nous soyions incapables de distinguer le fait de l'invention". Comme dans la vision de la vie et de la mort si perceptible dans le Dia de Muertos mexicain. Comme dans le choix qu’elle fait du réalisme magique cher là-encore à la culture latino-américaine. Dans ces processus, tout se brouille : repères, normes, classes, nomenclatures. La mécanique gestuelle s‘emballe. «Les hommes secrètent aussi de l’inhumain. Dans certaines heures de lucidité, l’aspect mécanique de leurs gestes, leur pantomime privé de sens rend stupide tout ce qui les entoure». (4) Le comportement à caractère intime fait chuter le masque social dans le paradoxe d’une conjointe distanciation et proximité spatiales. Le seuil entre sphère privée et publique s’étiole faisant place à une entité tridimensionnelle.
Si Dunn joue sur les notions de réel et de fictionnel, de normal et d‘anormal, de tangible et de fantasmatique, elle en propose en contrepartie une explication. «Je fais en sorte que les personnes de mes tableaux paraissent percevoir leur réalité étrange comme normale. C’est comme lorsque nous «rêvons» : il est rare que nous ne croyions pas à ce que nous vivons même lorsque des évènements étranges nous arrivent». C’est là me semble-t-il que son art dépasse ces ancrages entre illusion et réalité, rêve et mémoire comme les diverses interprétations que l’on pourrait en faire, car si la vie est un songe, ce que suggèrent ses toiles, elles se trouvent au final définitivement submergées par un réflexe premier : le rire. A mourir de rire. Car oui, malgré la richesse signifiante de la peinture de Dunn, c'est l'humour qui prédomine surtout dans le nonsense. «[Cet] humour qui abandonne toute tentative de justification intellectuelle […] mais l’extrait et l’apprécie pour le plaisir» (5). Kierkegaard s‘en serait peut-être offusqué. Nous, on en redemande.

(1), in biographie.
(2), in The return of the real, the Avant-garde at the end of the century.
(3), in biographie.
(4), in Le mythe de Sisyphe, Camus, Folio, 1973.
(5), in Le paradoxe ambulant, Chesterton, Actes Sud, 2004. (source : in article de Nicolas Cremona sur le nonsense)

[ source : Azart ]



 





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