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Julien Salaud, l'animal hybride
Expos
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Artiste étonnant, à la démarche foncièrement originale, Julien Salaud a mis l’animal au centre de son travail. Un animal qu’il pare, transforme, modifie, jusqu’à en faire un être hybride, à la fois fascinant et effrayant. Ce chantre du chamanisme, cet adepte des autres cultures, s‘est vu confier récemment une des salles du nouveau Palais de Tokyo et expose actuellement au Loft de la Galerie Suzanne Tarasiève.
Julien Salaud est un cas à part dans le panorama des jeunes artistes français d’aujourd’hui, une sorte d’OVNI, un garçon dont le travail ne se rattache à aucune tendance ni à aucune école établie. D’ailleurs, contrairement à la plupart de ses collègues, il n’a pas fait de grande école d’art comme les Beaux-Arts ou la Villa Arson de Nice, mais a suivi un parcours plus atypique : études scientifiques (biochimie), puis ethnologie, avant d’abandonner la fac pour aller travailler en Guyane auprès d’une association de protection de l’environnement, où, pendant plusieurs années, il est resté seul dans la forêt tropicale, à identifier les animaux qu’il rencontrait. Ce n’est qu’à son retour en France, après avoir commencé à sculpter et à illustrer des livres pour enfants, qu’il décide de reprendre ses études et de se lancer véritablement dans une carrière artistique. Après un Master en « arts plastiques et nouveaux médias » à l’Université de Saint Denis, il participe, en 2010, au 55e Salon de Montrouge, où il remporte le Prix du Conseil général des Hauts de Seine. Suivent plusieurs expositions dans des galeries et institutions parisiennes, la couverture du magazine « Beaux-Arts » avec une de ses œuvres pour illustrer un dossier consacré aux « stars de demain » et aujourd’hui, une exposition personnelle dans le Loft de la Galerie Susanne Tarasiève.
![]() A ce parcours professionnel en zigzags se greffe – mais bien sûr les deux sont intimement liés – un parcours personnel douloureux que l’artiste raconte en détail et avec beaucoup de franchise sur son blog (blog.julien-salaud.info). Dès l’enfance, Julien Salaud a été victime de violence et de discrimination de la part de ses petits camarades. Son nom, déjà, difficile à porter, lui a valu moqueries et brimades dans les cours de récréation. A cela s’est ajoutée la prise de conscience d’une homosexualité qui lui a donné encore plus un sentiment de marginalité. Enfin la mort tragique d’un frère dans un incendie est venue ébranler encore plus profondément la construction d’une identité fragile. A tel point qu’il y a quelques années, sur son blog, il écrivait : « Du coup et depuis longtemps, je n’arrivais pas à me sentir français, j’avais le sentiment profond de ne pas avoir d’avenir dans mon pays et qu’en plus il ne me donnerait pas les clefs pour me développer : des expériences de vie comme autant de réponses pour comprendre et assumer cette chose que j’étais, car alors je ne croyais en rien, je ne savais rien, je ne me sentais rien et ne voyais que ces différences qui me transformaient dans le miroir en un monstre honteux : j’étais un minuscule néant flasque, rayonnant d’une immense détresse ».
Quelle autre alternative à une telle crise existentielle que le repli sur soi, la vie intérieure, en somme, la création ? Cet exutoire est commun à de nombreux artistes, mais chez Julien Salaud, il semble vital, indispensable, organique. Aussi s’est-il lancé à corps perdu dans une œuvre multiple qui voit alterner peintures (au début de sa carrière), avec dessins, photographies, sculptures et installations (tous les médiums sont bons pour cet artiste à la production généreuse), mais avec toujours un point commun : l’animal, qu’il place au centre de son travail. Car il est celui qui ne juge pas, celui qui nous rattache à la nature, celui qui fait le lien entre nous et des forces plus terrestres de l’univers. Ce n’est pas un hasard si Julien Salaud a été choisi pour participer cette année à la très belle exposition organisée par Jean de Loisy au Musée du Quai Branly, qui avait pour titre « Les Maîtres du désordre » et qui réunissait arts premiers et artistes contemporains autour du thème du chamanisme et de la possession : son travail tout entier s’inscrit dans cette tradition de l’entre-deux, de la transformation des êtres et de leur passage d’un état à un autre. Il est empreint d’une forte puissance spirituelle. D’ailleurs sur son blog, Julien Salaud fait part d’une expérience initiatique qu’il a vécue alors qu’il travaillait pour l’association guyanaise et qui est fondatrice de sa démarche artistique : une nuit, alors qu’il était au fin fond de la forêt, après qu’il eût plu pendant plus de trois jours et qu’il soit resté pendant tout ce temps presque sans manger ni bouger, cerné par les insectes et l’humidité qui envahissait tout, il a eu le sentiment de faire partie de la forêt, d’être lessivé par la pluie comme les plantes qui l’environnaient. « J’étais fondu dans la forêt, écrit-il, et la forêt était fondue en moi ».
![]() Vue de l'exposition de Julien Salaud "Armée de l'air, armée de terre, tout le monde dehors ! "
Galerie Suzanne Tarasieve Paris / Loft 19, 2012 Courtesy Suzanne Tarasieve Paris © Rebecca Fanuele
Cet animal, donc, il le dessine, le pare, le magnifie. A la manière d’un entomologiste, il épingle des insectes dans des boîtes ou sous des globes et les habille de pierres précieuses, en faisant des personnages de troisième type, monstres hybrides à la fascinante beauté. Ou il dessine sur des radiographies de squelettes d’oiseaux une nouvelle forme et un nouveau plumage, leur donnant l’apparence de chimères ou de figures mythologiques. Ou alors il revêt de fils ou de bijoux des biches et des chevreuils empaillés, revendiquant l’usage très féminin de la couture et de l’apprêt et s’inscrivant ainsi dans le sillage d’une forme d’art chère à Annette Messager. Ou plus récemment encore il les assemble, faisant se rencontrer des têtes de chevreuil ou de sanglier avec des fragments de faisan pour donner naissance à des créature improbables qu’il nomme « Guerrier traversière » ou « Faisanglier »… Chaque pièce de Julien Salaud subjugue par son étrangeté, sa force poétique, son imagination. On peut certes y voir de nombreuses influences, dont celles de Jan Fabre, de Kiki Smith ou même de Jean Cocteau pour certaines pièces qui reprennent le motif du faune, mais l’artiste les revendique et l’œuvre possède sa propre identité et sa propre authenticité.
![]() Julien Salaud, Constellation du combat (cerfs), 2012
Récemment, Julien Salaud a été invité, avec quelques autres artistes, à intervenir dans les locaux fraîchement réouverts du Palais de Tokyo (l’installation est encore visible pendant plusieurs mois). Et il a hérité de la Salle Alice Guy, une salle de projection qu’utilisait l’ancienne Femis pour ses étudiants. Il en a investi le plafond pour concevoir, à l’aide de fils et de clous, une « Grotte stellaire », sorte de réplique rêvée de la grotte de Lascaux qui surgit dans la nuit et qui reprend les théories de l’ethno-astronome Chantal Jègues-Wolkiewiez selon lesquelles les troupeaux peints sur certains murs de la grotte reprendraient les dispositions d’étoiles dans le ciel. Il a ainsi donné une nouvelle dimension à son travail en reproduisant l’animal et les étoiles non plus dans une forme réelle, matérielle, mais en les évoquant simplement par des moyens textiles.Taxidermie, clous, fils de coton, colle ![]() Julien Salaud, Scène érotique (cerf), 2012
Panneau en contreplaqué marine, peinture écologique noire satinée, clous, fil de coton, colle
On retrouve d’ailleurs cette technique dans l’exposition qu’il montre actuellement dans le Loft de la Galerie Suzanne Tarasiève et qu’il a intitulée, non sans bravade : « Armée de l’air, armée de terre, tout le monde dehors ! ». Là ce sont des danseurs aux formes animales (ou des animaux danseurs) qui côtoient une scène de chasse ou même une scène ouvertement érotique. Mais l’exposition a aussi valeur de mini rétrospective et on y voit ainsi tous ces animaux transfigurés, parés et ornementés qui sont la marque de l’artiste, avec des moulages de son propre corps, tantôt agrémentés de perles et d’ailes en tous genre (« Chemin de larmes »), tantôt tenant dans sa main gauche une sorte de lance au bout de laquelle surgissent les aile pacifiques d’un oiseau (« Papa poule »). ![]() Julien Salaud, Constellation de la biche 2, détail, 2012 Taxidermie, clous, fils de coton, perles de rocaille, colle
Courtesy Suzanne Tarasieve Paris © Rebecca Fanuele
Ainsi va l’art de Julien Salaud, entre barbarie et délicatesse, violence et douceur, beauté et mauvais goût. On y frôle parfois le kitch, l’outrance, l’exhibitionnisme, mais l’œuvre, toujours étonnante, ne peut jamais être prise en défaut de mensonge ou de tricherie.
Exposition "Armée de terre, armée de l'air, tout le monde dehors !"
A voir jusqu’au 10 novembre au Loft19 de la Galerie Suzanne Tarasiève Passage de l’Atlas, 5 Villa Marcel Lods 75019 Paris Installation "Grotte stellaire" A voir jusqu'au 31 mars 2012 au Palais de Tokyo
Commentaires
De : aec LUTTE CONTRE L'HIPPOPHAGIE NON ! UN CHEVAL CA NE SE MANGE PAS ! Obtenez un autocollant gratuit en écrivant à : AEC Résidence La Pléiade 98, rue de Canteleu 59000 LILLE Joindre une enveloppe timbrée pour le retour du courrier. Merci aussi de visiter les sites : http://aec89.site.voila.fr http://www.feracheval.com/petitions.php http://www.lapetition.be/en-ligne/parlons-enfin-des-quids-2589.html Rejoignez la groupe sur : http://www.facebook.com:80/group.php?gid=63542203218 Faites passer le message à vos amis. Amitiés. AEC. De : Culturopoing Il n'y a pas de cheval parmi les oeuvres de Julien Salaud, qui d'ailleurs ne mange pas ses outils de travail... Votre message est donc inadapté au contexte, assimilé à du spam et sera donc prochainement supprimé. Insérer un commentaire : |
