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Héros limite, m.e.s. de Laurent Vacher - Maison de la Poésie

Théâtre
Posté par Marion Oddon le 2010-05-08



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Le 6 mai dernier résonnait étrangement, journée de deuil d’un service public ravagé, journée de mobilisation des acteurs de la culture, Héros-limite(s)… Premier jeu de miroir de cette soirée proposée par la Maison de la Poésie, qui résistait par la monstration d’un texte utile et sa passation nécessaire par l’oral.
 
La musicalité des mots de Ghérasim Luca, poète roumain, analpha-bateleur surréaliste, s’inscrit en nous avec une douce persistance, grâce à l’accordéon de Johann Riche, qui colore avec tristesse ces facéties sérieuses, et PAR Alain Fromager, qui s’empare de ces mots dans un bouche à bouche époustouflant, où métamorphose du corps et des sons s’allient dans une ronde orchestrée avec brio par Laurent Vacher.
 
Ghérasim Luca s’est inscrit singulièrement dans le courant surréaliste, paradoxalement romantique, volontairement attaché à son indépendance. Adoptant le français comme langue d’accueil, il a travaillé celle-ci avec acharnement, arrachant les sens et les syllabes dans un rite quasi amoureux d’en ouvrir toutes les possibilités. Une langue de l’espoir pour le poète, surtout celle qui a su l’inspirer dans son allégorie d’un burlesque vagabond, celui de son peuple, en exil permanent.

 
 
Car ce français qu’il râpe et bégaye dans des psalmodies frénétiques, Ghérasim l’aime et le glorifie, mais s’en défie aussi comme visage écrit et crié d’une haine sourde où l’oubli des uns attaque la faiblesse des autres. Quand il chante la vie, il en rappelle la violence, le viol, la p(eine)étration qui en sont les noirs corollaires. La douleur du poète s’achoppe à la douceur des mots en feu. B(r)ouillonante euphorie qui progressivement s’emparera de la scène, qui voguera en un va et vient haletant, jusqu’à la jouissance des mots sortis enfin, et qui permettra une dernière histoire d’amour apaisée.
 
Ghérasim Luca, poète–polyglotte, revit dans le corps d’Alain Fromager, lui même acteur polymorphe, capable de faire le grand écart entre mauvaises productions cinématographiques et très belles interprétations théâtrales. Spectacle tout entier porté par un jeu de miroir entre corps à corps et mots en bouche, entre les pleins de vide et les virginales pénétrations… Le comédien devient double de lui-même, galopant avec les mots du désespoir, sa silhouette vieillissante se redressant soudain pour une dernière danse légère et emportée, femme en laquelle le peuple du voyage tout entier s’incarne en cet instant magique. Une performance impressionnante et amoureusement portée par la douce voix de Johann Riche et son accordéon.

 
 
La scénographie, rappelant quelques bars cubains désertés, avec pour tout décor des chaises usées, une table et un coffre en fer, est habillée d’une mise en lumière subtile, où les sonorités algébriques volantes et immersives viennent s’accrocher à ces zHéros limites, les embourbant dans un marais de lettres blanches, une noyade au fond d’un lac…où l’on ne sait pas si la vie l’emportera sur la mort…à la fin.
 
Une audace. Une réussite.
 
 
 
Extrait
 
« La mort, la mort folle, la morphologie de la méta, de la métamort, de la métamorphose ou la vie, la vie vit, la vie-vice, la vivisection de la vie" étonne, étonne et et et est un nom, un nombre de chaises, un nombre de 16 aubes et jets, de 16 objets contre, contre la, contre la mort ou, pour mieux dire, pour la mort de la mort ou pour contre, contre, contrôlez-là, oui c'est mon avis, contre la, out contre la vie sept, c'est à, c'est à dire pour, pour une vie dans vidant, vidant, dans le vidant vide et vidé, la vie dans, dans, pour une vie dans la vie. »


Maison de la Poésie
Passage Molière
157 rue Saint-Martin, Paris 3e

tél : 01 44 54 53 00


 




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