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Exposition Tim Burton à la Cinémathèque française
Expos
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De manière tout à fait inexplicable, il y a un grand absent dans la reprise de l’exposition Tim Burton du MoMA de 2009 à la Cinémathèque française (jusqu’au 5 août 2012) : Danny Elfman. Parler de présence/absence serait d’ailleurs plus précis parce que l’on peut entendre ses ritournelles si caractéristiques associées à plusieurs installations. Mais tout de même, aucun hommage ne lui est rendu, ni aucune mention spécifique n’apparaît de celui qui est pourtant à Burton ce que furent Herrmann à Hitchcock, Rota à Fellini, Mancini à Edwards ou Morricone à Leone. Soit un véritable partner in crime, sans qui les plus belles réussites du cinéaste n’auraient pas la même force, ni n’auraient eu le même succès (1). Peut-être plus choquant encore, Tim Burton n’eut pas un mot pour son vieux complice lors de la conférence de presse ayant suivi le vernissage de l’exposition, le 5 mars dernier. D’autant plus étrange que les deux hommes ne semble nullement brouillés, Elfman ayant encore composé les musiques des deux prochains films de Burton, Dark Shadows (sortie française le 9 mai prochain) et Frankenweenie (sortie le 31 octobre). Argutie de critique peine-à-jouir ? Si on veut… Mais cette absence est aussi le symbole de la sanctification de Tim Burton en Auteur avec un grand A (voire le triple A : Artiste Américain Atypique ?), en démiurge génial, dont le rôle des collaborateurs, fussent-ils fidèles et essentiels, ne mérite pas de grands développements. De fait, il est extrêmement rare que la Cinémathèque consacre une exposition à un cinéaste encore vivant (un précédent avec Almodóvar il y a quelques années... y'en a-t-il eu d'autres ?), et bien vivant, puisque Burton a certainement beaucoup de films devant lui, surtout au rythme où il les enchaîne ces derniers mois. Cette ultra-personnalisation du cinéaste en Auteur agace donc un peu (le cinéma étant quand même la discipline artistique la plus collective qui soit, surtout quand il s’agit de produire des films dont beaucoup relèvent de la catégorie des blockbusters), mais, en même temps, il faut reconnaître qu’elle n’est pas dénuée de pertinence. Impossible de nier la cohérence de l’œuvre de Burton, aussi bien dans ses thèmes (son goût pour les "marginaux", les outsiders, voire les monstres, reflet absolument évident de ce qu’il ressentait, jeune adolescent, à Burbank, Californie, dans les années 70) que dans son esthétique. On pourrait d’ailleurs dire que cette conscience d’être un Auteur est l’une des choses qui posent le plus problème dans es films depuis maintenant une quinzaine d’années et s’apparente trop souvent à une "marque de fabrique" (à laquelle les grimaces de Johnny Depp ne contribuent pas qu’un peu) dont ses fans (et beaucoup de critiques complaisants) se content un peu trop facilement. ![]() Mais la très grande qualité de cette exposition, assez passionnante malgré ses défauts, est aussi de nous rappeler à quel point cet univers burtonien vient de loin. Voudrait-il changer de style (ou de genres de films) qu’il en serait probablement incapable. Ce qui, au fil des années, a sans doute inévitablement asséché son inspiration, rendant la réussite de ses films plus dépendants d’autres facteurs (leur script, leur casting, leurs conditions de production…) (2). Remplie (et même un poil chargée) en dessins, tableaux et figurines couvrant surtout les années 70-90, la première salle de l’exposition nous dévoile le bestiaire qui peuple presque tous ses films. La dimension historique de cette collection est évidemment ce qui la rend la plus intéressante (souvent même assez émouvante), qui nous montre que certains de ses projets étaient déjà à l’état d’ébauche depuis longtemps, dans sa tête et sur papier, nous révèle aussi des projets qui n’ont pas abouti (ou pas encore ?), comme sa relecture de Superman (dont il aurait assurément tiré quelque chose de plus intéressant que Bryan Singer) ou un projet de film de pirates (que l’identification extrêmement forte de son comédien fétiche Johnny Depp à la franchise Pirates des Caraïbes rend sans doute aujourd’hui très compliquée, si tant est que l’envie d’un tel film soit toujours présente chez lui). ![]() La meilleure part de l’exposition est vraiment son côté "Burton avant Burton", ou la genèse/jeunesse d’un créateur. On y découvre ses premiers courts-métrages amateurs en super 8 des années 70 (dont l’un, retrouvé après l’exposition du MoMA), qui révèlent un goût déjà prononcé pour l’esthétique low budget (et pour cause) des films fantastiques et d’horreur des années 50 (celle qu’il recréera avec un authentique génie dans Ed Wood), mais aussi pour celle du cinéma muet (notamment le slapstick, veine moins exploitée dans ses longs-métrages, à part les tout premiers, Pee Wee’s Big Adventure et Beetlejuice) et surtout son amour de l’animation en stop-motion, notamment nourrie par son admiration sans borne pour Ray Harryhausen (3). Mais on y voit donc surtout beaucoup de dessins et on peut ainsi mesurer l’évolution de son style. Assez BD à l’adolescence (un peu à la Mad), traversant ensuite des influences picturales très marquées (une toile, Saucers and Aliens, des années 70, est ainsi une relecture assumée du Jardin des délices de Bosch), parfois pas si loin du style d’un Bill Plympton et proche d’une certaine forme de caricature, le style de Tim Burton s’est stabilisé à partir du début des années 80, plus ou moins au moment de son premier et douloureux passage chez Disney, comme dessinateur. On peut voir de nombreux dessins proposés alors pour la caractérisation des personnages de The Black Cauldron (Taram et le chaudron magique), dont aucun ne sera retenu. Plus passionnant encore, on y voit l’intégralité d’une très étrange adaptation télévisée d’Hansel et Gretel (très fidèle à l’histoire mais interprétée par des comédiens asiatiques ou d’origine asiatique), que Disney ne diffusa qu’une seule fois sur ses chaînes, probablement assez décontenancé par le résultat. D’une extrême stylisation (le jeu des comédiens, absolument non naturaliste et grotesque), ce court film est déjà l’ébauche de beaucoup d’autres à venir dans son esthétique et notamment, ce qui est assez surprenant, de Charlie et la chocolaterie. Le film donne ainsi une autre indication à la fois sur la psyche profonde de Tim Burton et sur un thème qui traverse bon nombre de ses films, mais de façon assez souterraine : une vision très noire du couple. La belle-mère d’Hansel et Gretel est une marâtre épouvantable (jouée d’ailleurs par un homme, aux grimaces outrées) et l’on songe en la voyant à un dessin en particulier, vu juste avant, Two People Enjoying Eachother, un couple se donnant du plaisir… en s’entredévorant. La peur et/ou l’incapacité du sexe, ou bien encore l’amour-monstre (à tous les sens du terme), on les retrouvera, sous une forme ou une autre, dans Pee Wee, Edward Scissorhands, La Planète des singes, Sweeney Todd, les deux Batman, Ed Wood, Mars Attacks !, Les Noces funèbres… Pour le coup, il faudra sans doute attendre la mort de Tim Burton pour qu’une exposition se permette de traiter spécifiquement ce sujet. ![]() "Ne jamais tirer sur un caniche constipé" : un exemple de l'humour très noir que l'on retrouve souvent dans les dessins de jeunesse de Tim Burton
Des films eux-mêmes de Burton, il est finalement étrangement moins question dans cette exposition, dont les commissaires américains semblent avoir moins agi en critiques de cinéma ou en cinéphiles qu’en archivistes ou en collectionneurs. Ça n’est pas forcément un reproche car les archives étaient riches et nous sont évidemment bien moins connues que les films. On peut simplement regretter qu’elle laisse un peu trop le visiteur établir seul les connexions entre les deux. Elle semble aussi valider ce que l’on ressent depuis longtemps en tant que spectateurs des films de Tim Burton. Ce sont surtout ses premiers films qui sont nourris de son imaginaire. Un, en particulier, revient constamment à l’esprit, et on comprend mieux qu’il soit son plus beau film, car certainement le plus fidèle à ses dessins et aux créatures qui peuplent son cerveau. C’est bien évidemment The Nightmare Before Christmas (L’Etrange Noël de M. Jack). Le grand paradoxe étant qu’il ne l’a pas réalisé lui-même. Avec Elfman, Henry Selick est d’ailleurs l’autre grand absent/présent de cette exposition et c’est une encore une grande forme d’injustice tant ce merveilleux film lui doit aussi. Dans la dernière partie de l’exposition, consacrée aux films (et plus ou moins riche suivant les archives disponibles : le pull angora de Johnny Depp, c’est par exemple vraiment peu pour un film aussi fondamental qu’Ed Wood dans l’œuvre de Burton), il y a un petit film qui n’a l’air de rien mais dont on veut croire qu’il explique tout. Tout, c’est-à-dire la rupture dans la filmographie de Burton, au milieu des années 90. Ce sont les essais que le cinéaste avait tournés pour Mars Attacks !, dans lesquels, comme il le souhaitait initialement, les Martiens sont animés en stop-motion. Trop coûteux (les scènes avec les Martiens sont extrêmement nombreuses et complexes dans le film), le procédé dût être abandonné et, pour la première fois, Burton dût recourir massivement aux CGI. Il ne fait aucun doute que le plaisant Mars Attacks ! y perdit alors considérablement en poésie et s’éloigna tragiquement de l’esprit d’un cinéma "artisanal" glorifié quelques mois auparavant dans Ed Wood. On serait prêt à jurer qu’une part de Tim Burton cinéaste est morte le jour de ce renoncement forcé. Le grand mérite de cette exposition est de la faire revivre pour quelques mois. ![]() PS : L’exposition s’accompagne bien évidemment d’une rétrospective complète des films de Tim Burton. Mais aussi d’une carte blanche laissée au cinéaste, qui nous laisse un peu perplexe, car tellement prévisible. Si elle a le mérite de montrer des films de genre peu connus (ceux de Nathan Juran ou William Cameron Menzies) aux côtés des incontournables classiques (Dracula, Frankenstein… quelques Ed Wood aussi, bien sûr (4)), il n’y a guère que le Huit et demi de Fellini dont la présence peut (un peu) étonner (et encore, on voit assez bien pourquoi Burton aime ce film plongeant à ce point dans les fantasmes d’un cinéaste). On finit par se demander si la cinéphilie de Burton n’est pas un peu "étroite" ou s’il s’agit pour lui de se conformer à l’image que tout le monde se fait de ce qu’il est supposé aimer… (1) Bien sûr, Burton a fait quelques infidélités à Elfman, mais extrêmement rares : pour Sweeney Todd, par la force des choses (puisqu’il s’agit de l’adaptation d’un musical signé Stephen Sondheim), et pour Ed Wood, en choisissant l’excellent Howard Shore (lui-même presque indissociablement lié à Cronenberg). (2) Sa décision d’offrir à l’un de ses premiers courts-métrages professionnels, le merveilleux Frankenweenie, un prolongement en long-métrage à beaucoup plus gros budget cette année en dit probablement assez long sur cette difficulté de Tim Burton à vraiment se renouveler. (3) Qu’il a encore rappelée lors de sa conférence de presse, regrettant que le cinéma ne fasse plus appel à son génie depuis longtemps (à vrai dire, depuis trente ans et la première version du Choc des Titans…). Ce à quoi on aurait envie de lui rétorquer : "Mais qu’attendez-vous pour le refaire travailler ?... ". (4) A ce propos, on ne saurait trop conseiller la vision de Glen or Glenda, dont le tournage est largement documenté dans le biopic de Burton sur le cinéaste. Non pas qu’il s’agisse d’un "bon" film (ce qu’il est objectivement assez difficile de soutenir) mais sa maladresse, sa naïveté et sa sincérité absolue en font vraiment l’un des films les plus troublants qui soient. Exposition Tim Burton à la Cinémathèque... par lacinematheque Tim Burton rendit un hommage très explicite à Ray Harryhausen et à sa célèbre armée de squelettes de Jason et les Argonautes (mais aussi à Kubrick via Lolita, ce qui est plus inattendu) dans le seul clip musical qu'il ait a priori jamais réalisé (le seul montré dans l'exposition, en tout cas), pour la chanson Bones de The Killers : Il a aussi tourné quelques rares pubs, dont celle-ci, pour Timex, avec sa compagne de l’époque, Lisa Marie (désolé, la copie est de mauvaise qualité) : Le premier épisode de sa websérie d’animation The World of Stainboy de 2000 :
Commentaires
De : Michel Bonjour, Je suis étudiante en Master 1 Stratégie du développement culturel et j'écris un article sur l'exposition de Tim Burton à la Cinémathèque, qui sera destiné à être publié sur le site du Forum de la Culture d'Avignon. Je suis à la recherche d'une photographie sans droits, je souhaitais savoir si vous pouvez me donner l'autorisation d'utiliser une de vos photographies (la première de votre article) ? Par avance, merci. Michel. De : Cyril C. Bonjour Michel (ou Michèle ou Michelle ? ;-) C'est une très bonne question que vous nous posez là et nous n'en avons pas la réponse... Nous ne sommes pas les auteurs de cette photo, prise en fait sur le site du Monde, pour être tout à fait franc, où son auteur n'est pas mentionné. De : Michel Si je m'en sers pour illustrer mon article qui sera posté sur le site du Forum de la Culture d'Avignon, ça pourrait poser problème au journal le Monde ? De : Cyril C. Sincèrement, aucune idée... Je ne sais même pas si cette photo a été spécifiquement prise pour Le Monde. Pas sûr... Mais c'est vraiment tout à votre honneur de vous poser ces questions :-) Insérer un commentaire : |
