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Art

Doisneau, Bernard-Reymond, Adams - Musée Nicéphore Niepce, Châlon-sur-Saône

Expos
Posté par Elysia le 2010-07-31



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Pendant que certains tremperont leurs petons dans la grande Bleue, que d’autres feront du rafting dans les gorges du Verdon, gageons qu’il restera un quidam pour s’adonner au tourisme œnogastronomique. Et pour s’initier ou se parfaire dans cet art, quoi de mieux - ou presque - que la région Bourgogne. Proposition d’exposition pour combler les après-midis pluvieuses.
Dans l’objectif des desiderata culturels, fixons-nous sur la photographie noir et blanc dans un temple tout indiqué, le musée de la photographie Nicéphore Niepce de Châlon-sur-Saône, berceau du dit-inventeur. Ce musée tout aussi accueillant qu’instructif nous invite, sur les bords de Saône, à la découverte stimulante de trois corpus mis au point par trois grands photographes : Robert Doisneau, Mathieu-Bernard-Reymond et Mac Adams.

Commençons avec le yankee d’origine galloise, Mac Adams. Son goût non démenti pour la littérature et le cinéma l’amène à aborder son métier de photographe dans une perspective conceptuelle. Sa sympathie s’ancre de façon indélébile sur le Narrative Art des années 70. Comme il le souligne lui-même, conter des histoires est intrinsèque à l‘âme galloise. Les deux ne pouvaient donc que faire la paire. Cependant, contrairement à nombre de ses collègues, il n’accompagne pas l’image d’un texte, d’une légende dont l’effet sur l’interprétation serait réducteur. Appréhender l’art, c’est déjà en soi être confronté à une démarche voyeuriste au sens premier du terme. Observer, c’est chercher. Chercher à lire, à décrypter, à décoder. C’est pourquoi Mac Adams a choisi le terrain propice des séries noires pour asseoir son œil.
Et dans celui-ci, comme dans un jeu de pistes, il s’agit de répartir quelques indices sans toutefois révéler tous les morceaux de puzzle. Il plébiscite donc le flottement volontaire de la compréhension entre réalisme et fantastique, réel et irréel. Il ouvre les vannes de la perception individuelle qui mobiliseront tant la mémoire personnelle que les stéréotypes culturels pour nous en suggérer tout à la fois les mécanismes, les effets et les limites. Car c’est de l‘énigme, sève idéale pour l‘imaginaire et son développement, que naît l’impression sur le conscient ainsi que l’excitation intellectuelle de reconstruction d’un scénario. C’est sur cette approche plurielle que se fixe le propos d’Adams. Par le truchement des clichés, le spectateur observe un film dont il est le héros forcé. Mais quel est-il ce héros? Détective privé ou témoin gênant. Le désir de voir et l’inquiétude d’avoir vu, c’est cette ambivalence fondamentale au cœur de la notion de peur qui hypnotise. De détails en objets, le mental s'active à recomposer. Grâce à ce qu'Adams nomme ‘the narrative void’.
Je construis mes narrations en m’intéressant à l’économie de moyens. Comment peut-on écrire une histoire à partir de deux ou trois images ou d’une situation basée sur un nombre minimal d’objets ? C’est là que le vide narratif entre en jeu.
Le vide narratif trouve ses origines dans le cinéma ; il décrit l’espace qui existe entre les images animées successives. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe dans l’espace entre ces images, l’espace entre les formes, de façon générale, et les narrations multiples que ces espaces évoquent, en particulier dans le contexte très spécifique du mystère. C’est dans ce vide que la cognition apparaît
.” - Mac Adams -

             
 
Si dans Mysteries (1974), le spectateur était amené à jouer les fins limiers, les séries suivantes, Empty Spaces, Islands et Parallel Lives nous proposent une réflexion sur  la portée falsificatrice de l’image ainsi que sur sa force de manipulation. Par cette démonstration, Adams nous alerte sur l’inertie dangereuse des apparences comme il nous interroge sur la nature fascinante des projections et des réflexions. L’envers du miroir, les doubles-fonds entrent en lice dans le jeu de la perception. C’est d’ailleurs cette thématique qui régit l’angle de lecture du parcours proposé par le musée. L’exposition The narrative void présente près d’une quarantaine d’œuvres, de diptyques, triptyques, installations de Mac Adams conservées au Musée Niépce, Centre national des arts plastiques, Centre Pompidou, Frac Limousin et Ile de France. Elle intègre aussi les collections de l’artiste provenant de son galeriste GB Agency ainsi que de collections privées. 

           
 
La manipulation, l’interrelation entre le virtuel et le réel, l’émergence du vide dans le quotidien sont aussi au cœur des préoccupations de Mathieu Bernard-Reymond. Originaire de Gap, il inaugure avec Des mondes possibles sa première exposition muséale. Elle regroupe quatre séries de clichés,  quatre réflexions sur le monde contemporain. Toutes dénoncent l’emprise et les conséquences de l’économie sur le milieu naturel.
La première, Disparitions, évoque, au travers de scènes trafiquées, l’impact de la manipulation, aussi minime soit-elle. L’altération de certaines images illustre à cet effet toute l’ambiguetë des technologies nouvelles et des logiciels de retouche d‘images. La virtualité est à la base de la seconde série, Vous êtes ici, dont le titre fait avec humour référence au plan touristique municipal. Travail sur les mondes virtuels, il s’appuie sur les jeux vidéos et jeux de simulation sociale - interchangeables et « costumizables » à souhait. A l’aide d’un logiciel de traitement d’images en 3D, le spectateur est invité à se créer un paysage à partir de ses formes et couleurs de vêtements. Dans la mouvance du courant romantique, le but est de montrer l’influence du psychisme et des émotions sur le paysage.
TV, troisième série, rappelle un croquis d’anticipation mordant d’un illustrateur  anglo-saxon du début des années 90. La dénonciation on la saisit d’emblée et Bernard-Reymond au travers de sa troisième série s’en fait l’écho. La déformation du réel au travers du support virtuel alimente un brouillage discret mais croissant de la perception. L’ouverture sur le monde et ses symboliques sont déviées par l’entrelacement du réel et du virtuel. Monuments, ultime série de l’expo, est une réponse à la crise financière. S’appuyant sur des clichés personnels de paysages naturels, l’artiste y a incrusté de gigantesques sculptures, reproductions en 3D des courbes boursières de quelques grandes firmes mondiales. 

             
 
On finira par le plus célèbre d’entre eux, Robert Doisneau, tendre traducteur des turbulences écolières et des élans amoureux des années 50. L’exposition Les tatouages du milieu met en valeur une exploration visuelle inédite de Doisneau. A la base de ce travail inattendu, un ras-le-bol professionnel, source d’une fructueuse collaboration avec l’écrivain, journaliste et poète Robert Giraud. Au demeurant, spécialiste des bas-fonds de Paname : “Avec lui j’ai connu des marginaux. Un milieu de gens qui étaient tout à fait en rupture avec la loi. Bob jubilait en écoutant les prostituées, les souteneurs ; moi c’était un milieu qui me semblait assez bête. Les putains racontaient leurs histoires de fesses, ça n’était pas mon truc. Mais la pseudo distinction de Vogue ne l’était pas non plus, c’était un boulot qui avait fini par m’exaspérer. Tout compte fait, je soignais énergiquement avec l’ami Giraud ma dépression de photographe mondain !”.
Fort de 70 tirages argentiques dont quelques planches-contact, les tatouages du milieu est une immersion sensible et poétique dans les parallèles urbains interlopes. Doisneau nous plonge avec une grande puissance évocatrice dans un code propre à cette population attachante : le tatouage corporel. A partir de ces dessins, signes et symboles sur épiderme, qui n’ont pas grand-chose à voir avec leurs représentants actuels, Doisneau nous livre des scènes, portraits et instantanés de vie touchants. De quoi esbaudir les mirettes!
 

 
Musée Nicéphore Niepce
28, Quai des Messageries
71100 Chalon-sur -Saône
Juillet / Août : 10h00 – 18h00
Septembre à juin : 9h30 – 11h45 et 14h00 – 17h45.

 




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Commentaires
De : marine

"Proposition d’exposition pour combler les après-midis pluvieuses"
Une exposition ne mérite-t-elle pas mieux que ça ?

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