Jusqu'au 24 mai, le Grand Palais, à Paris, propose une exposition confrontant pour la première fois les oeuvres du grand peintre britannique Joseph Mallord William Turner (1775-1851) à celles des maîtres qui l'ont inspiré : Le Lorrain, Rembrandt, Poussin, Watteau... A cette occasion, la RMN (Réunion des Musées Nationaux) et Arte Video ont commandé un documentaire de 52 minutes à Alain Jaubert. Ceux qui connaissent notamment la série Palettes (réalisée dans les années 90) savent que ce dernier est probablement le meilleur pédagogue possible pour parler de la peinture à la télévision et passionner même ceux qui ne connaissent rien à cet art. Le principe en était simple mais l'exécution brillantissime : l'analyse d'un tableau pendant 26 minutes. On pourrait même dire la "lecture", tant, avec ses explications, tout devient limpide.
"Sunrise with Sea Monsters" (1845)
Etonnamment, aucune de ses 45 Palettes n'avait été consacré à Turner. Ce DVD ne vient pas réparer cette lacune, son propos étant différent, retraçant, de façon assez classique, la vie et surtout l'oeuvre de Turner. En moins d'une heure, c'est assez court et un peu frustrant, car celle-ci est riche de plus de 30 000 pièces (!), que Turner avait pris soin de léguer au Royaume à sa mort, ce qui nous vaut l'existence inestimable de la Tate Gallery londonienne (et de ses différentes annexes). Elle est surtout riche de sa diversité. Turner était à la base un dessinateur virtuose et extrêmement précoce, intégrant très jeune la très prestigieuse Royal Academy. Il était donc aussi à l'aise dans les esquisses que dans les gravures, dans les huiles que dans l'aquarelle, qu'il aura totalement révolutionnée à la fin du 18ème siècle. Son eouvre peinte va surtout du classicisme "néo-antique", très en vogue à la fin du 18ème et au début du 19ème, jusqu'à l'extrême limite de l'abstraction (ce qui lui vaudra l'incompréhension de la plupart de ses contemporains vis-à-vis de ses toiles les plus épurées, en dépit de son prestige immense).
On aurait aimé que, à la manière de Palettes, ce DVD rentre plus profondément qu'il ne peut le faire dans certaines oeuvres (mais lesquelles choisir ?), pour mieux nous faire comprendre son cheminement artistique (qui n'était d'ailleurs pas linéaire), son caractère très novateur et l'influence profonde qu'il a pu avoir, notamment, sur l'impressionnisme (qui n'apparut officiellement que près d'un quart de siècle après sa mort !).
En dépit de ces quelques frustrations s'expliquant par la stature assez exceptionnelle du peintre, ce documentaire s'avère tout à fait passionnant et surtout une idéale introduction à l'oeuvre de Turner. Il ne donne d'ailleurs qu'une envie : filer séance tenante au Grand Palais, ou, mieux, à Londres, pour se perdre dans les marines du peintre ou ses vaporeuses toiles vénitiennes (si loin de Canaletto). Pour se confronter, surtout, à la lumière de Turner, unique au monde et que seule la confrontation de visu à ses toiles permet de ressentir physiquement (au risque du vertige).
Commentaires
De : Le moineau
A signaler également autour de cette grande exposition, plusieurs hors-série de magazines consacrés au peintre dont celui de Télérama qui a le mérite de revenir longuement et de façon très pertinente sur la personnalité plus que complexe du peintre et sur l'influence de deux évenènements majeurs dans l'enfance et l'adolescence de celui-ci. Tout d'abord l'incendie de l'église qui contenait son registre de naissance (personne ne sait encore aujourd'hui la date de naissance précise du peintre) ainsi que la tombe de sa soeur decedée à l'âge de 8 ans puis ensuite l'internement forcée de sa mère, devenue folle, dans l'un des asiles le plus sinistrement connu du Londres du 19ème siècle : Bedlam.