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"Urbik/Orbik", m.e.s. Joris Mathieu - Le Monfort (jusqu'au 18 février)

Théâtre
Posté par gee wee le 2012-01-23



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Basée sur la vie de Philip K. Dick, Urbik/Orbik réussit tout à la fois le tour de force de nous plonger dans l'univers de l'auteur schizophrénique et de réaliser un programme théâtral ambitieux subvertissant le rapport "plat" que nous entretenons à la scène.
Parlant de l'auteur de Science-fiction qui aura placé le regard - déformé - sur le monde au coeur de son oeuvre, littérature et cinéma disposent chacun de potentialités propres permettant le déplacement à l'envi de ce regard ; aussi bien dans l'espace que dans le temps, que dans des dimensions que révèlent le pouvoir élastique des mots et la facilité de manipulation des images filmiques.
Dans ce sens, la représentation beaucoup plus concrète, incarnée, présente, que génère le théâtre, part avec un handicap - surtout si l'on se réfère aux pièces les plus classiques qui constituent généralement notre vision de cet art. En effet, comment rendre les élans métaphysiques d'une réalité fuyante, désincarnée, comme soumise à un monde beaucoup plus vaste et pourtant invisible. Comment penser l'altérité dans ce qui reste tout de même l'art de l'unicité de temps, d'action et de lieu !




C'est proprement dans la mise en scène que Joris Mathieu exprime les possibles dickiens. Ses dispositifs s'intègrent à l'histoire imaginée par Lorris Murail sur la vie de Philip K. Dick et sa relation à sa soeur jumelle Jane défunte quelques temps après leur naissance faute de nourriture suffisante pour deux. De cet évènement se déploie toute une cosmogonie où de la réalité naissent phénomènes éthérés, présence diffuse, fuite du réel, ... comme émergeant d'une réalité siamoise oubliée dans d'autres dimensions que la culpabilité de Philip vis à vis de Jane rend nécessaire de réaliser.
Dans un monde en surpopulation, Phil et Maury créent des micromondes, des extensions physiques de notre univers dont le contenu est issu de l'esprit de Phil. Mettant en cause l'équilibre thermique de l'univers, ils sont arrêtés ; Maury placé en vie végétative et Phil isolé chez lui. Soumis aux médicaments et à la solitude, la réalité de Phil se confond avec l'illusion. Cette tension travaille toute la pièce et organise différents niveaux de représentation.




Hologrammes, rotation de l'espace, ouverture de dimensions, dédoublement de soi, les effets recherchés par Joris Mathieu sont prenants et n'ont rien de gratuit. Le décor, par sa sobriété, accueille aussi bien le vide de la vie de Phil que, par sa modularité, la richesse de son esprit. A grands renforts de projections visuelles, Joris Mathieu parvient à rythmer et articuler la densité de son sujet dans une forme qui reste somme toute d'une belle cohérence et conserve son unité.
Entre le texte et l'image, Urbik/Orbik constitue une proposition théâtrale convaincante, s'insérant parfaitement dans la continuité de son metteur en scène qui a déjà travaillé ce rapport délicat entre la réalité et ses fantômes et explorant les possibles qu'une refonte de la frontière scène/salle (une réalité) laisse éclore.


Urbik/Orbik, mise en scène par Joris Mathieu
d'après le texte de Lorris Murail
Au Théâtre Silvia Monfort, du 31 janvier au 18 février





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