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 "Travels in the Mediterranean" de Cai Guo-Qiang - MAMAC (jusqu’au 9 janvier 2011)

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"Travels in the Mediterranean" de Cai Guo-Qiang - MAMAC (jusqu’au 9 janvier 2011)

Expos
Posté par Marion Oddon le 2010-07-18



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Le thème de l’entraide est sans doute le fil conducteur du travail entamé depuis plus de 25 ans par l’artiste chinois Cai Guo Qiang. Issu d’une famille d’intellectuels, son père est historien et peintre, CQG s’imprègne de cette filiation et s’intéresse à la « trace », tentant d’en développer les ramifications à l’aide d’une technique tout à la fois millénaire et populaire : la pyrotechnie.
 
Étudiant l’art scénique, le jeune CQG nourrit dès les débuts son œuvre d’une profonde humanité qui l’amène à la rencontre de la culture japonaise, où il vécut pendant quinze ans, et qui devint comme un second souffle créateur, chacune de ses installations/performances recoupant la finesse et le raffinement de son pays d’adoption et l’esprit communautariste de son pays natal.

 
 
Développant des œuvres monumentales, CQG possède en effet ce talent fabuleux de savoir rassembler autour de ses projets des bénévoles, artistes, intellectuels, et de savoir convaincre, les autorités chinoises (et ce malgré certaines œuvres ouvertement subversives),  militaires et autres organes du pouvoir.
 
Généreux, méticuleux, cet homme prolifique fouille tel un archéologue les gisements de la conscience commune et la retranscrit dans des performances où l’éphémère côtoie l’éternel. Mais e paradoxe de l’ « empreinte » est plus à voir chez CQG comme une osmose universelle que comme un antagonisme. Il se plait en effet à lier les éléments entre eux, à croiser visible et invisible, histoire et vision du futur. Cette passion pour la rencontre des genres se traduit aussi par un art hybride, voguant aux confluents de plusieurs civilisations.
 
À la manière des membres de Fluxus, ou encore de l’artiste Christo, il crée un art participatif, les spectateurs participant souvent à l’installation qui deviendra pour eux performance, et développe en plus un art « utile », voir « utilisable », comme ce four déplacé à l’orée d’un village japonais pour que ses habitants puissent y cuire objets d’art et poteries une fois l’artiste parti.

 
 
Pour le MAMAC (Musée d’art moderne et d’art contemporain), CQG et le commissaire du musée de Nice ont pensé une exposition immersive et réflexive, plongeant dans les œuvres passées de l’artiste, et présentant également une installation-performance spécialement réalisée pour l’occasion dans les anciens abattoirs de Nice.
 
CQG peint avec le feu, et si la genèse de l’œuvre est impressionnante, et pourrait paraître violente, son exégèse elle est une trace à la fois fantomatique et déterminée, une retranscription parfaite du taoïsme dont CQG aura souvent recours dans son parcours d’artiste - chercheur.
 
Au MAMAC, le « spectateur - acteur » est plongé dès son arrivée dans un bain d’huile d’olive. Une mare ovale reflétant une fresque murale dont la teinte brune est encore renforcée par le jaune de cette étendue liquide. Une première immersion in situ qui happe le public à l’intérieur de ce tableau grandeur nature, et le fait nager au milieu d’êtres de fumée. Une réminiscence de bains grecs à l’atmosphère lourde et brumeuse.
 
La seconde immersion s’éloigne de la Méditerranée pour retourner sur les côtes du Japon, et ramène au Musée la grande vague de Kanagawa, faite de porcelaine cette fois-ci et sur laquelle est posée la carcasse d’une épave majestueuse, bois flotté où le travail de l’homme et du temps s’entremêle, allégorie de cette interaction entre nature et humanité, et véhiculant là encore les valeurs de solidarité et de découverte. Cette impressionnante installation est lumineuse, s’imposant à nous comme un brûlot apaisé contre un certain embrigadement des esprits, un oxymore encore, symbole parfait du feu qui anime notre artiste.

 
 
La troisième immersion peut apparaître plus simple et moins impressionnante, mais est tout à fait fondamentale pour appréhender les différentes facettes de l’homme qui nous accueille. Immersion à l’intérieur d’un dispositif de cinq rétroprojecteurs diffusant chacun une captation d’un de ses travaux. On y découvre son travail lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Beijing dont il fit l’intégralité de la pyrotechnie. On y découvre surtout son impressionnante série d’événements « Project for extraterrestrials », comportant une quinzaine de modules produits entre 1990 et 2002, où il défie les lois de la gravité par l’étude de la cosmogonie. Enfin on pourra assister fasciné à la réalisation de tableaux de poudre jetés en couche monochromatique sur le ciel de Hiroshima : un peintre du ciel et de l’histoire où le symbolisme est fort mais jamais grandiloquent.
 
Au final, CQG aura réussi à nous raconter avec finesse l’histoire de l’humanité en partant du matériel qui permit la survie de cette espèce à la fois fragile et barbare : le feu.
 
 
 
MAMAC
Promenade des Arts, Nice
Entrée libre.
 
 
 




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Commentaires
De : Elysia

Je n'ai pas encore eu la chance de visiter l'expo ( ton article argumenté donne envie, Marion) mais "Head on" était vraiment impressionnante. De technicité perfectionniste, d'intelligence didactique et d'esthétique sobre. Une mise en scène frappante mais non dénuée de propos critique. Cai Guo-Qiang a un sens inné de la poésie plastique, partagée avec celle de ses compagnons du Landart. La flambée de sa côte sur le marché de l'art est donc - et ce n'est pas toujours le cas bien sûr - justifiée. Long feu à lui, donc!

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